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3851U.25.5
Gymnaeïum n»t zesjarigen cureue
te Leiden.
WIDENER
HN NRCF V
HARVARD
COLLEGE
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SPECIMEN
d’un
ESSAI CRITIQUE SUR LES OEUVRES DE
FRANÇOIS VILLON.
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O
SPECIMEN
d’un
ESSAI CRITIQUE SUR LES OEUVRES
DE
FRANÇOIS VILLON
PAR
'U.-,, V- ■-'^■.,.4
W. G. C. BIJVANCK
DOCTEUR-ÈS-LETTRES.
LS PETIT TESTAMENT.
o
y, LETDE.
DE BREUK & SMITS.
1882 .
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Ce n'est rien que foi blesse particulière, qui
nous faict contenter de ce que d’aultres, ou
que nous mesmes avons trouvé en ceste chasse
de cognoissance ; un plus habile ne s’en con¬
tentera pas : il y a tousiours place pour un
suyvant, ouy et pour nous mesmes, et route
par ailleurs. Montaigne.
Imprimerie de De Breuk & Smits.
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INTRODUCTION.
» Villon,” disait, il y a quinze ans, M. Gaston Paris
dans une critique de l’édition La Monnoie-Jannet,
»est un de nos grands poètes, et ses ouvrages mé¬
ritent d’être traités avec toute la rigueur et tous les
soins de la critique, à laquelle il offre un champ
circonscrit, mais épineux.” >) Depuis ce temps deux
nouvelles éditions du poète ont paru, celle du bibli¬
ophile Jacob, 1877, et de M. Moland, 1879; mais
je crois bien ne pas trop me hasarder en disant que
ces publications ne répondent pas aux conditions
posées par le savant romaniste pour une véritable
édition des oeuvres de Villon.
Et cependant l’intérêt qui s’attache à l’oeuvre du
poète va toujours croissant. Les savantes recherches
de M. Vitu, mais surtout celles de M. Lognon ont
jeté une lumière vive'sur quelques points de la vie
de Villon, et en nous représentant le cadre de la
société où il se mouvait, elles ont éveillé le désir
*) Revue Critique. 1867. n°. 16.
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de percer plus avant le mystère qui entoure son
existence vagabonde.
D’autre part, celui que Marot nommait le meil¬
leur poète parisien qui se trouve n’a pas
laissé d’exercer son influence jusque sur notre temps.
Que de fois n’entend-on pas l’écho de ses ballades
dans les poésies de M. Théodore de Banville et de
son école: et quant à la forme et quant à cette ma¬
nière mi-piteuse, mi-enjouée d’envisager les choses
humaines, on ne dédaigne pas de l’imiter. J’en atteste
le témoignage d’un autre vrai poète de nos jours
M. Jean Richepin et sa Chanson des Gueux si
poignante et si légère, si émue et si féroce, où je
trouve ces vers adressés à Villon :
Et tant pis pour qui te renie,
Roi des poètes sans billon ,
Escroc, truand, marlou , génie.
Ballade Villon.
Plus encore. Grâce à l’influence incontestable que
l’école française moderne a exercée sur la littérature
contemporaine de l’Angleterre, le poète Villon a
trouvé un autre chez soi dans un pays qu’il a dû
maudire bien souvent et pour bien des raisons pen¬
dant sa vie. M. Rossetti, l’initiateur, M. Swinbume,
le chef de la jeune école anglaise, ont traduit quelques-
unes de ses ballades, et M. John Payne a publié
une traduction fort méritoire de l’oeuvre entière de
Villon. Et voilà le pauvre écolier François
passé maître et modèle dans la grave Albion. Certes
ce n’est pas un de ses moindres tours.
Il serait puéril de soutenir au milieu de l’enthou¬
siasme soulevé par le nom de Villon que, jusqu’ici,
on ait mal compris ses poésies. L’éclat de beaucoup
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de passages illustres a couvert l’obscurité des autres,
et l’on juge généralement les poètes comme le soleil
par la lumière qu’il communique, non pas par les
taches qui interceptent une partie de sa splendeur.
Cependant on ne saurait nier que, étudiée et pour
ainsi dire, serrée de près, la ligure du poète doit
gagner en relief et en précision, et depuis longtemps
en présence des textes discordants, des commentaires
toujours vagues et souvent inexacts, ») je m’étais
promis de diriger un jour mes études sur tous les
points spéciaux qui concernent le texte des oeuvres
de Villon et leur interprétation.
En recueillant par-ci par-là des matériaux pour
une histoire des langues et des littératures romanes
au quinzième et au seizième siècle, je fus ramené
de force à notre poète, mais avec quelques notions
critiques de plus acquises par le maniement et la
comparaison assidues d’un grand nombre de manus¬
crits et d’anciennes éditions. J’avais compris que ce
que disait Clément Marot des oeuvres de Villon
(entre tous les bons livres imprimez ne
s’en veoit ung si incorrect ne si lourde¬
ment corrompu que celluy de Villon), il
l’aurait tout aussi bien pu dire de quantité d’autres
üvres, — j’avais compris que cette superfétation rapide
de mauvaises leçons, de corrections maladroites et
de gloses, qui obscurcit le sens de ges poésies, est
un fait général qui se retrouve chez presque tous les
auteurs populaires du temps, et que cette substitu¬
tion d’un texte incorrect à l’oeuvre de l’écrivain suit
quelques règles fixes qui nous permettent d’affirmer
*) J’excepte naturellement de ce jugement l’admirable travail de M.
Lognon, mais il s’est plutôt occupé de l’homme que du poète.
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sûrement en présence de deux leçons diverses laquelle
des deux est l’expression originale de l’auteur.
Ainsi ces questions fastidieuses et arides de vari¬
antes, de métrique et d’orthographe deviennent des
problèmes généraux qui se rattachent au développe¬
ment de la langue et de la pensée, souvent aussi à
l’avènement d’une nouvelle classe sociale dans la
seconde moitié du XV e siècle.
Partant de ce principe, j’ai tâché en remontant
la route que le texte des oeuvres de Yillon avait
parcourue , de retrouver autant que possible l’expres¬
sion originale de la pensée de l’écrivain. Ensuite
j’ai essayé d’élucider ce texte en compulsant les di¬
verses productions de la littérature contemporaine et
postérieure : mystères, farces, poèmes didactiques,
sermons, traités de morale, chroniques, romans,
chansons, ballades etc. Je n’ai pas négligé non plus
les écrivains antérieurs, en me procurant, si cela
était en mon pouvoir, les éditions qui avaient cours
au temps de Villon. Le fruit de ce travail est un
commentaire fort incomplet sans doute, mais assez
exact, je l’espère, qui vise surtout à préciser le sens
„ des mots et à expliquer la langue comique de Villon.
Deux essais compléteront cette étude, l’un sur les
ballades et rondeaux du quinzième siècle qu’on a
l’habitude d’ajouter aux ouvrages de Villon comme
son oeuvre ou celle de son école, et que, sur la route
ouverte par Lenglet-Dufresnoy, M. A. Campaux a
glanés dans le Jardin de Plaisance et publiés
le premier dans son étude remarquable sur Villon
(1859. François Villon. Sa vie et ses oeuvres) ; l’autre
essai traitera des ballades en jargon de Villon et
à ce propos des différentes langues secrètes chez les
peuples romans au quinzième siècle, sujet dont la
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difficulté a rebuté jusqu’ici les érudits. ') Ces deux
essais apporteront, croyons-nous, quelques faits nou¬
veaux pour l’histoire de la langue et de la littérature
au XV siècle.
Nous publions aujourd’hui un spécimen de ce travail
contenant le texte du Petit Testament de Villon
avec commentaire, et de deux ballades authentiques qui
n’ont pas été recueillies jusqu’ici dans les éditions de
ses poésies, précédé d’une introduction sur les ma¬
nuscrits et les principes qui nous ont guidé pour
la constitution du texte. Nous donnerons l’essai en
entier aussitôt que nous aurons acquis la certitude
par le jugement des critiques compétents de n’avoir
pas fait fausse route, mais de pouvoir être utile en
quelque sorte à l’étude de la langue et de la litté¬
rature françaises. Tout renseignement, tout conseil
qui nous pourra guider, nous sera particulièrement
agréable.
Faut-il ajouter que nous n’avançons pas la préten¬
tion ridicule de combler la lacune signalée, par M. G.
Paris dans les paroles citées au commencement de
cette préface. Deux choses surtout nous en empêchent :
d abord nous avons conçu et exécuté notre travail
loin des grands centres littéraires sur des notes prises
en différents temps pendant nos voyages, que nous ne
pouvons contrôler à présent. L’exactitude complète
fera donc forcément défaut. En second lieu, nous avons
travaillé isolément et l’on ne tardera pas à s’aperce¬
voir de l’absence de quelques qualités qu’on n’apprend
qu a l’école. En revanche nous aimons beaucoup notre
) Voir P. Michel. Etudes de philologie comparée sur l’Argot. Intro*
action p. ym. Scheler dans l’édition de Froissart, Kervyn de Letten-
ho ™> XIX p. 246. etc.
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sujet. Combien de fois en perdant un temps précieux
à la chasse des conjectures et des passages douteux,
nous nous sommes rappelé une anecdote de Confucius
— et il sera bien permis à un Hollandais de citer le
philosophe Chinois. Un de ses disciples lui demanda
un jour des renseignements sur deux philosophes
rivaux. »La doctrine de l’unlui répondit le sage
»est basse comme la muraille de sa maison, en pas¬
sant on peut voir par dessus le mur, ce qu’il y a
dedans ; mais chez l’autre, si l’on veut savoir ce que
la cour de la maison cache, il faut entrer par la porte”.
Villon aussi est un de ces hommes, chez lesquels
on ne voit qu’en entrant par la porte ; c’est à dire
par une étude minutieuse, souvent renouvelée. Après
beaucoup d’autres, nous avons payé notre prix d’en¬
trée , et nous croyons avoir aperçu quelques détails,
qui avaient échappé à l’oeil des autres.
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11
I.
Montrons d’abord par un exemple le genre de dif¬
ficultés que soulève le texte de Villon, et les diffé¬
rents problèmes qu’il faut résoudre.
Je prendrai les premiers vers qui s’offrent aux
yeux de quiconque ouvre les oeuvres du poète. C’est
le fameux huitain du Grand Testament que Marot
cite dans son prologue aux lecteurs et se pique d’avoir
corrigé. Les /bons frères du temps se permettant sou¬
vent de bpuffonner en chaire, Villon, le bouffon,
prend le. ton . du prêcheur et commence à moraliser
de la façon suivante :
j
/ Or est vray qu’ apres plainctz et pleurs
/ Et angoisseux gemissemens ,
/ Apres tristesses et douleurs
y Labeurs et griefz cheminemens
j Travaille mes lubres sentomens
Aguisez rons comme pelote
) Monstrent plus que les commens
En sens moral que Aristote.
C’est la leçon de la plus ancienne étition datée,
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lî
celle de 1489'). Voici ce que Marot substitue aux
quatre derniers vers ; le sens de sa version est suffi¬
samment clair à condition toujours qu’on veuille bien
interpréter lubres sentemens, par senti¬
ments instables et non par lugubres pensées
comme les commentateurs ont proposé *) :
Travail mes lubres sentements
Aguisa (ronds comme pelote)
Me monstrant plus que les comments
Sur le sens moral d’Aristote.
c-à-d. ma volonté vacillante fut aiguisée par la souf¬
france qui m’apprit plus que tous les commentaires
sur les Ethiques d’Aristote.
Villon réaliste par dessus tout et aimant à passer
sans transition aucune du grave au vulgaire et igno¬
ble , ajoute pour bien préciser l’instabilité de ses
*) Le texte que Marot cite offre quelques variantes insignifiantes.
*) La fante en est à le Duchat (ed. 1742), ^ui y a vu une syncope
de lugubre, tandis qu’en réalité 1 u b r e n’est W’un doublet de 1 u-
brique, comme hérite de hérétique. Dans leVpassage de Yillon
1 u b r e a gardé sa signification primitive de g 1 i s s aV t, comme 1 u-
brique l’a encore chez Ambr. Paré (voir Littré), o-ptgrave donne
seulement : lubrick, filthie. Tous les autres dictionnaires, que je
connais, l’omettent, et en effet le mot est très rare ; nouà ne l’avons
rencontré qu’une seule fois (Ane. Poés. franç. éd, Montaiglon et Rothschild,
XIII. 390. lubre matrone. André de la Vigne). L’usage de l’adVerbe lu-
brement est plus fréquent, on le trouve dans Froissart, où MSScheler
ne l’explique pas d’une façon tout à fait correcte (éd. Kervyn T. XIX. p.
280, de là cet article a passé dans l’édition du dictionn. de Lacurne de
Ste Palaye), dans la moralité de Mundus, Demonia, Caro (copie ae la
Valière ms. fr. de la Bibl. Nat. 25-469 fo. 41.
Le diable: Il me fait faillir la parolle
En respondant si Librement.
c-à-d. sans donner aucune prise, glissant entre mes
mains, ce qui rentre très bien dans le sens attaché par Villon à lubre.
|Co
Hcil
U
N pîssi
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Hfle 1
**fit
1 »uivi
\
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13
sentiments, ronds comme pelote*); l’expres¬
sion : a iguiserles sentiments est une image
çoçvüafcre, dont on retrouve les analogies dans le
langage de la chaire, p. e. sicut faber limât
argentum ut clarius sit sic deus suos
affligit ut puriores sint. (Dictionarius pau-
perum etc. ed. Jean Petit Paris. 1499 f°. 105), seu¬
lement le poète a sauté le tertium compara-
t i o n i s.
Oïl pourrait donc croire que Marot nous a rendu
le vrai texte de Villon; mais voici une grande diffi¬
culté qui surgit: les manuscrits et se basant sur
leu.ï autorité, les éditeurs modernes donnent une
"version tout à fait différente des quatre vers du
huitain.
Nous lisons dans l’édition de Prompsault J ) :
Travail, mes lubres sentemens
Aguisez rondz comme pelote,
*) Comp. Recueil de farces éd. Jacob, p. 60. On disait aussi : „p 1 u s
vacillant que pomme ronde” (Ane. Poés. franç. XII. 310).
2 ) Nous suivons l’édition de Prompsault. 1835, parce qu’elle donne pour
ce passage le texte du ms. fr. de la Bibliothèque Nat. no. 20 041 avec une
seule exception, et qu’elle ne diffère presque pas des édd. La Monnoije Jannet
1867 et Moland 1879 au moins pour ce huitain. Quant à l’interprétation
essayée par les éditeurs, elle ne diffère pas davantage. Le bibliophile Jacob
a suivi dans son éd. 1877 le manuscrit de l’Arsenal des deux Testaments
de Villon, qu’il a découvert. Si l’on veut bien se référer à ce que nous
dirons plus loin des excentricités de ce manuscrit, on comprendra que
nous n’avons pas à discuter sérieusement le texte qu’il offre. On lit du
reste dans ce manuscrit (d’après le bibliophile Jacob) :
Trouve mes lubres sentemens
Esguisés comme une pelote
Mou vair plus que tous les commens
D’Averroys sur Aristote.
texte Tefait par le.scribe, qui avait mal lu le mot travail et ne com¬
prenait pas le reste.
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M’ouvrist plus que tous les commens,
Et (1. D’) Averroys sur Aristote.
L’interprétation de l’abbé Prompsault qui rapporte
le verbe ouvrir à sentiments, et qui considère
aiguisés ronds comme pelote, comme un jeu
d’esprit digne de Villon, — cette interprétation nous
semble absolument fausse.
Est-ce que la version de Prompsault comporte donc
un autre sens ? En aucune façon, le passage n’offrant
aucun sens plausible. Il faut donc retourner à la cor¬
rection de Cl. Marot ? Je ne le crois pas. Une étude
attentive de l’édition de Marot nous apprend que
l’on y trouve deux espèces d’émendations du texte,
celles qui découlent d’un ancien manuscrit et qui
sont excellentes ; et celles qu’il a trouvées lui-même
pour rétablir la mesure etc. et qui ne valent rien.
Si nous ne nous trompons pas totalement, le con¬
texte du prologue de Marot indique suffisamment
que la correction du huitain XII est de sa main;
donc, il nous est impossible de lire avec Marot
aguisa contre la concordance des anciennes impres¬
sions et des deux manuscrits qui donnent aguisez
ou esguises, d’autant plus qu’en le lisant: esgui-
sens (= esguisans) — ce qu’on peut faire sans la
moindre difficulté en supposant qu’un copiste a
négligé le trait au-dessus de l’é ») — on peut rétablir
le texte d’une façon certaine.
*) On peut rétablir de la même façon le sens d’un passage tout à fait
inintelligible de la 91e des cent Nouvelles nouvelles. Dans les édd. cal¬
quées sur celle de Wright, publiée d’après le ms. de Glasgow, on lit:
Telles menasses m’espantent pou, je ne vous crain. Touchez
cela: si j’en démarché etc. Les édd. de Verard 1486, et de Lenoir
1500 donnent : je ne vous crain de ce faire. Ces trois mots
ajoutés sont une glose ; il faut lire simplement : je ne vous crain
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15
En effet le verbe ouvrir qui alors ne se rapporte
plus à sentiments, a un sens très spécial, qu’en
général on n’a pas remarqué et dont entre autres
le livre de Matheolus >) nous fournit un
exemple :
I. 352 ss. Cil qui fist ce decret, songa,
Point n’a d’escu pour soy couvrir
Ne le droit ne savoit ouvrir
c-à-d. expliquer, interpréter.») Montrer que
donnent les éditions anciennes rend donc assez bien
la signification d’ouvrir dans ce passage et paraît
être une ancienne glose qui se trouvait déjà dans le
manuscrit que le premier imprimeur avait sous les
yeux.
Est-il possible de retrouver aussi pour le dernier
vers du huitain la rédaction originale du poète. Du¬
quel choisir de :
plus que les commens
En sens moral de Aristote.
touchens (touchant) cela. Si j’en d. etc. S’il faut apporter
une preuve de ce que nous avançons, nous rappelons le sens spécial
que cela, faire cela a au XVe siècle, et ce passage de la 92e nou¬
velle: qui estoit sa seur d’armes touchant le mestier et usance
de la houlette.
*) Je cite l’édition de Bruxelles 1846 , revue sur quatre manuscrits de la
Bibliothèque Nationale et les édd. gothiques : édition qui cependant est
loin de satisfaire aux exigences de la critique moderne.
*) Comp. aussi le glossaire de troissard de M. Scheler XIX. 326.
ouvrir=expliquer, l’historique de Littré et Martin Le Franc, L’estrit de
Fortune et de Yertu :
Quant fortune comme plaine de rage ,
Ainsi ouvrit les causes de son dueil.
J’ai corrigé l’édition de Lenoir terriblement défigurée, à l’aide d’un ms. du
British Muséum Harl. 4474. Les vers cités se trouvent au fo. 4. v®.
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16
(que Marot a corrigé
Sur le sens moral d’Aristotè)
ou du vers donné par les deux manuscrits :
plus que tous les commens
D’Averroys sur Aristote.
Remarquons d’abord que la correction de Marot
est inadmissible ; on peut rajuster le vers d’une façon
bien plus simple en lisant :
En sens moral de l’Aristote
car on disait tout aussi bien l’Aristote que Aris¬
tote *); et — le Grand Testament étant de 1461 —
je ne doute nullement que ce ne soit là le vers ori¬
ginal , parce que ce n’est qu’en 1473 que Louis XI
défendit par un édit royal l’enseignement selon les
doctrines des philosophes nominalistes (Buridan
entre autres) et enjoignit expressément l’étude d’Aris¬
tote suivant les commentaires d’Averroys et des autres
docteurs réalistes. *) Peut-être cette argumentation
*) Dans le Curial ou l’Espérance d’Alain Chartier, où les im¬
primés font parler l’auteur de la doctrine de Aristote (éd.Galliot
du Pré f°. 3.), un excellent manuscrit de la Bibliothèque Royale de la
Haye (n°. 707. f°. 2) lit : la doctrine de l’A r i s t o t e.
2 ) Ordonnances des rois de France, XYII. p. 610. Du Boulay. Y. 708.
comparez aussi l’Addition à l’histoire de Louis XI par Gabriel Naudé,
réimprimée au 4e vol. du Commines de Lenglet Dufresnoy. p. 309 et
Rénan, Averroës et l’Averroïsme. II. éd. p. 316. La défense de Louis XI
fut levée plus tard. Le sentiment de Yillon trouve un commentaire curieux
dans le passage suivant des Quaestiones Buridani morales
super X libros Aristotelis ad Nicomachum. 1489. f°.
XIX. v° : bene dicit Aristoteles quod in Olimpiadibus non optimi coro-
nantur et fortissimi sed agonizantes , unde concludendo videtur verum esse
quod in predicto libro Seneca dicit auctoritate Democriti : nihil mihi vide¬
tur infelicius eo cui nihil unquam evenit adversi, non licuit enim ilium
se ipsum experiri ergo etc. Hec autem opinio Senece videtur satis catholice
fidei sonare quoniam in hoc dei confessores et martyres et q. s.
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17
pourtaixX ne paraîtra pas encore assez rigoureuse ni
assez concluante; mais d’autres passages de Villon
nous apprenant d’une façon évidente que des noms
propres ajoutés en marge ou dans les interlignes par
un copiste se sont glissés dans le texte et ont pris
la place des mots écrits par le poète, il n’est que
raisonnable d’écarter aussi dans ce passage la leçon
des manuscrits et de lire les quatre vers de la ma¬
nière suivante:
Travail, mes lubres sentemens
Aguisens, rondz comme pelote,
monstre
M’o u v r i t plus que tous les commens
Averroys
En sens moral de l’Aristote.
c ~~à-d. : La' douleur, aiguisant mes sentiments insta¬
bles , m’éclaira plus que les commentaires sur la
morale d’Aristote.
Pour élever cette émendation probable à la certi¬
tude, il nous faudrait prouver encore deux choses;
d’abord, que le manuscrit original avait la terminai¬
son -en s pour le nominatif singulier du participe pré¬
sent ; et en second lieu que tout un système de glo¬
ses a envahi le texte du poète.
Est-ce qu’il est possible de reconstruire dans ses
traits principaux le manuscrit des poésies de Villon,
d’où notre texte dérive, et de suivre les différentes
défigurations que ce texte a subies par les mains des
copistes? Nous essaierons d’apporter dans les cha¬
pitres suivants quelques éléments pour résoudre ces
questions.
2
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18
»
II.
Quatre manuscrits, deux séries d’imprimés s’offrent
à nous comme les sources d’où il faut tirer la recon¬
stitution du texte du Petit Testament. Nous parlerons
bi’ièvement de chacune séparément, pour considérer
ensuite les rapports qui les unissent.
Le manuscrit que l’on met habituellement en tête
des sources du Petit Testament, et que l’abbé Promp-
sault a nommé ms. T., est un grand in 4° sur papier
inscrit au n". 1661 des manuscrits français de la Bi¬
bliothèque Nationale. C’est un recueil de poésies
diverses du XVe siècle formé de pièces de toute pro¬
venance , (le Petit Testament en est le n°. 18 et der¬
nier) comme on en trouve dans toutes les biblio¬
thèques. Quelques-unes sont bien connues : les nos. 14
et 17. Le bréviaire des nobles et l’Ospital
d’amours d’Alain Chartier, le n°. 16 l’Amant
rendu cordelier en l’observance d’amours
de Martial d’Auvergne, les n os . 1, 9 et 10, Le
débat de la damoiselle et la bourgeoise, Le
nouveau marié et Le débat du viel et du
jeune, ce dernier par Blosseville'), le n°. 11 Les
épitaphes du r o y Charles par Simon Gre-
ban*), les n os 5 et 13, Le songe de la pucelle
et Le serviteur sans guerdon; d’autres
sont moins connues comme les n os 3 et 6, Le ser¬
mon de la choppinerie et La bule du
pardon d’amours; mais toutes rentrent bien
1 ) Le débat de la damoiselle et de la bourgoise »
été publié par M. de Montaiglon au Ve tome des Anciennes Poés. FranÇ*»
les deux autres débats ont été publiés par lui d’après le ms. 1661 a®
tome IXe de la même collection p. 148—163 et 216—237.
*) cfr. Sorel. Notice sur A. et Simon Greban. Corapiègne. 1876. p. 16*
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19
dans le genre poétique qui a eu cours pendant le
règne de Charles VII et le commencement du règne
de Louis XI. Il est possible de déterminer pour cinq
ou six de ces poésies la date exacte de leur appari¬
tion , mais il ne s’agit ici que de mettre la date à
la dernière pour pouvoir préciser le temps où le
manuscrit a dû être écrit. Or le n°. 2 Le martir
d’a m o u r s ') finit de cette manière :
Ce fat en l’an mil cccc
Soixante et quatre que en telz plains
Me trouve pensif et douions
En ung lieu de gens moult loingtains. 2 )
Voilà la date extrême (1464) que nous trouvons
et en supposant même que le scribe a ouvert son
recueil par les poésies les plus récentes dont il avait
pu trouver une copie (le n°. 1 le Débat de la Damoi-
selle et de la Bourgoise rappelant la manière de Henri
Baude ou de Coquillart doit être à peu près de cette
même date 1460—1470), nous ne pouvons faire re¬
monter le manuscrit au-delà du dernier tiers du XVe
siècle. En’ vérité nous inclinerions à le placer vers
1480 et à ne le pas-croire de beaucoup antérieur aux
premières éditions imprimées de Villon, en remar¬
quant que vers la fin du XVe siècle le goût se por¬
tait justement vers ces recueils manuscrits compilés
*) L'auteur de cette pièce se nomme dans le vers suivant :
Fanlx riz actrait en cueur joieux
il faut.prendre comme il dit d'un chascun mot la lectre
première mais du quart mot la deusime lectre pour
la première.
5 ) Cette date de 1464 fait absolument tomber la supposition de Promp-
saalt p. 51 et de Campaux p. 367 que le manuscrit remonte jusqu'au
temps de Villon, même jusqu'à une date où le Grand Testament n'était
pas encore connu, par conséquent avant 1461.
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20
de divers auteurs favoris, faisant concurrence aux
premières plaquettes et feuilles volantes imprimées,
jusqu’à ce que la grande compilation publiée par
Vérard environ 1500 sous le titre de Le Jardin
de plaisance et fleur de Rethoricque
les écarta lentement du- marché des livres.
Quoi qu’il en soit de la date exacte du manuscrit
(et nous le répétons, elle ne peut pas remonter
beaucoup plus haut que l’année 1470), la copie du
texte du Petit Testament nous semble être l’œuvre
d’un scribe fort médiocre, mais qui était heureuse¬
ment assez consciencieux pour transcrire bêtement
ce qu’il ne comprenait pas, et pour ne pas mêler
des corrections trop hardies au texte. De cette façon
on peut retrouver chez lui, avec un peu de peine,
il est vrai, les traces du manuscrit original dans les
cas où elles sont tout à fait effacées chez les autres
copistes et éditeurs.
Voici deux exemples :
Au huitain XXVII (je citerai toujours l’édition
Jannet-La Monnoye) Villon dit qu’il laisse la
nomination qu’il a de l’Université
Pour forclorre d’adversité
Paouvres clercs de ceste cité, etc.
Un manuscrit donne : s e c 1 u r r e d’a dversité,
un autre : exclurre les anciennes éditions for¬
clorre; le ms. franç. 1661 lit : pour esclan¬
dre d’aversité, qui ne peut être autre chose
qu’une faute d’un homme ayant lu, ou entendu lire
esclanre 1 ) pour esclaure; et esclore avec
*) Dans la première moitié du siècle on omettait encore souvent 1® ^
entre le n et le r qu’on n'a commencé & ajouter régulièrement que dans
la dernière moitié du siècle.
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sot* ot 'thographe capricieuse de e s c 1 a u r e est bien
ici ^ 6 Seu l mot comique et pittoresque qui convienne ').
surplus la faute n’ayant pu être produite que
manière inusitée d’écrire esclore, elle nous
une indication précieuse sur l’orthographe du
vos. original d’où notre ms. 4661 dérive.
Dans le huitain XX, qui a subi beaucoup de re¬
maniements, notre ms. que nous appellerons doré¬
navant A, a conservé les deux vers suivants :
Le trou de la Pomme de pin,
Le dos aux rains, au f eu la plante,
comme legs à maistre Jaques Raguier, où les autres
znanus cr it s e t éditions lisent:
Le trou etc.
Cloz et couvert, au feu la plante.
Apparemment Villon a voulu donner à son ami uné
position comfortable dans ce recoin d’auberge qu’il
lui lègue, une position comparable à. celle que Rabe¬
lais décrit: le dos au feu, le ventre à ta¬
ble, et si le ms. A n’offrait pas une variante, on
pourrait se contenter du vers que les autres éditions
offrent. Maintenant au contraire, eu régard à la
leçon d’A ,ce cloz et couverta tout à fait le
caractère d’un pis aller pour combler une lacune, ou
d’une glose qui a pris la place du texte.
Mais que signifie:1e dos aux rains? Promp-
sault l’a expliqué par : se tenir accroupi, les
pied s dans le foyer; qu’on se réprésente un
peu Za belle position ! L’explication doit être fausse,
parce que, étant accroupi, on ne peut pas exposer
la pl^m nte de ses pieds au feu.
') Cot __grave, esclore — to hatch, to disclose.
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22
Aussi le bibliophile Jacob dans son édition de 1854
(le 1 er volume de la Bibliothèque Elzevirienne de
Jannet) a-t-il essayé une autre interprétation : pour
lui r a i n s, qui ne peut être la même chose que le
mot moderne reins »), signifie rameaux, fagots;
et il fait reposer le dos de maistre Jacques contre
les fagots empilés des deux côtés de la cheminée. Je
me demande comment de cette façon on peut avoir
au feu la plante; en outre le mot rain (ramus)
pour rameau (et il y a encore quelque distance
de rameau à fagot) n’est plus usité au XVe
siècle ; on le voit disparaître des versions modernisées
du Roman de la Rose 1 ), tout au plus pourrait-on
alléguer quelque exemple très rare du commencement
du siècle»).
*) Au contraire: reins est presque toujours écrit rains au XVe
siècle; on le trouve dans Villon, dans* les Regrets de la belle
Heaulm ière
Et m’eust il faict les rains trayner
où les commentateurs ont gâté toute la force du passage, en éludant le
sens pourtant si clair, pour traduire: traîner les fagots (cfr. la
68e des cent Nouv. Nouvelles : que nous ne puissions les
rains traisner, et la 72e: estoit tant las qu’il ne povoit
les rains trayner. L'éd. Yérard donne: les rains tourner;
l’éd. Lenoir: ses reins tourner).
*) J’ai comparé une grande partie du texte de Méon et de Fr. Michel
avec deux manuscrits du commencement et du milieu du XVe siècle, n 9 *.
699 et 700 de la Biblioth. Roy. de la Haye, avec la version en prose de
Molinet dont cette bibliothèque possède un ms. excellent le n°. 698 et
avec le texte poétique revu par Marot, Paris 1629, Galiot du Pré.
*) Je n’en crois pas avoir rencontré plus de deux : Alain Chartier, Livre
des quatre dames, ed. Galiot du Pré. 1629. f°. 234 r°.
Comme deux raims en une tige.
Jubinal. Mystères inédits du XVme siècle. Paris 1838 I. 277.
Que je leur eschaufe lez rains ;
Lors me prendront branches et rains
De boni, d’osières et d’orties.
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23
La correction du passage est évidente ; il faut, je
crois, lire :1e dos aux rais, c-à-d. le dos tourné
contre la lumière du soleil, soit pour se faire chauf¬
fer agréablement l’épiderme un jour d’hiver, (c’est
sur le Noël, morte saison, que le Petit
Testament a été écrit), soit, ce que je regarde comme
plus probable, pour pouvoir se vouer exclusivement
au culte de la dive Bouteille.
La faute du scribe est due peut-être à ce que le
mot rai pour rayon n’était plus dans l’usage courant
de la langue ordinaire à la fin du XV e siècle ■). Heu¬
reusement , manquant d’une imagination audacieuse,
le copiste ne s’est pas laissé aller à une paraphrase
hardie comme les autres, mais s’est contenté de cor¬
riger es claure et rais, qu’il ne comprenait pas,
en esclandre et rains, qu’il comprenait encore,
mais avec lesquels le contexte devient incompréhen¬
sible i).
A son inintelligence le scribe du ms. A, — ou la
copie qu’il transcrit, — ajoute une négligence remar¬
quable , qui, dans un très court espace, lui fait com¬
mettre à lui tout seul à peu près toutes les fautes
qu’on trouve ordinairement dispersées chez les autres
scribes. Il a surtout une vraie manie de bouleverser
Palsgrave, dont la grammaire réprésente l’état dn langage vers 1500
l’a encore: p. 272. ed. Génin.. sonne beame— ray de soleil;
Cotgrave aussi le donne; dans la Xlle des Cent Nouv. Nouv. l’éd. Lenoir
1500 a changé raiz en rayes et surtout au commencement du livre,
on remarque fort bien la tendance de l’éditeur à rajeunir le langage un
peu vieilli des Nouvelles. Au sens figuré, on rencontre encore rai chez
Cl. Marot etc., et Léon Cladel en fait encore usage au sens propre dans
fion roman: le Bouscassié; c’est peut-être un mot de patois. Dans
le Grand Testament le mot rais a donné aussi lieu à une grande con¬
fusion dans un passage que nous traiterons plus tard.
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24
le sens des huitains en écrivant deux fois le même mot
et d’omettre l’expression que le mot répété remplace.
Etant données ces circonstances, on ne saurait
s’étonner de l’abracadabra désespérant que les éditions
modernes apportaient dans les huitains où A était
la seule autorité, avant que la découverte du ms. de
l’Arsenal et sa publication par le bibliophile Jacob
eût mis d’autres matériaux à la disposition des cu¬
rieux. Et pourtant A se distingue par quelques particu¬
larités qui lui assurent une place en tête des sources
que nous possédons pour le Petit Testament de Villon.
Le 4 e huitain (que seuls A, le ms. de l’Arsenal
et celui de Stockholm contiennent) commence en A
de la façon suivante :
Et se je puis ‘) à ma faveur,
Ces doulx regrets et beaulx semblans
De très decepvante saveur
Me trespercent jusques aux flancs
Bien ilz ont vers moi les piez blancs, etc.
Il est impossible d’attacher aucun sens à ces vers.
Au contraire la leçon du ms. de l’Arsenal est
parfaitement claire, à condition qu’on veuille inter¬
préter, comme il convient de le faire : avoir les piez
blancs par: avoir l’apparence trompeuse,
laisser dans l’embarras. »)
*) Prompsault et la Monnoye-Jannet lisent pense. Une fois pour tontes,
je fais observer que la collation des mss. et éditions est extrêmement dé¬
fectueuse chez Prompsault.
*) VoirCotgr. v°: blanc — c’est le cheval aux quatre pieds
blancs — sucb a one as fails bis friend at a pinch. Les commentateurs
se sont laissé prendre à la façon du poète de mêler le familier au grave.
Prompsault l’explique par : Ils sont toujours bien reçus chez
moi, le bibliophile Jacob par revenir de loin (comme équivalent de
l’expression du Roman de la Rose vs. 13 097: Moult avons pou-
dreus les talons?)
\
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25
Et se j’ay prins à raa faveur
Ses doulx regars et beaulx semblans
De très decepvante saveur,
Me tresparsans jusques aux flans
Bien s’ils (1. si) ont vers moy les piés blancs.
Cependant à l’exception de regretz, sans ancun
doute une fausse leçon pour r e g a r s, le texte d’A
doit se rapprocher bien plus du manuscrit original
que le ms. de l’Arsenal.
Et d’abord nous remarquerons l’habitude d’A de
rendre la terminaison ai par e (Petit. T. XVIII. 6.
pourré = pourrai; XXII. 7. jeauré = je aurai;
XXXVI. 1.3. oublié, lié = oubliai, liai; XXXIX.
3. cuidé = cuidai); et cette orthographe, fort usitée
d’ailleurs au milieu du XVe siècle '), était certaine¬
ment celle de l’original d’où nos manuscrits et nos
éditions dérivent. On en retrouve les traces chez le
copiste du ms. de l’Arsenal dans les passages où il
a oublié de moderniser l’orthographe, p. e. Grand
Test. XX. 3. mueré — muerai; chez le scribe du
ms. Coislin. G. T. XXV. 1. je ayme=j’ai aimé,
et qui plus est beaucoup de discordances entre les
manuscrits et les éditions ne s’expliquent que par la
supposition que dans le ms. original e fût = ai p. e.
Grand Test. X. 6. 7. J’a y ce Testament très estable
F a i c t de dernière voulenté
le ms. de l’Arsenal lit :
Je ce Testament . . .
Faiz etc.
l ) 11 en est résulté un gr ind nombre d’erreurs ; nous n’en signalerons
qu’une. Dans l’édition de Vérard, du Jardin de Plaisance f°. CXYI.
r®.b. on lit:
ÂS 80 uvy suis, mais sans cesser desire,
Je me sousbetz et ne me peut suffire,
lisez : J’é mes sonshetz.
«
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26
l’original doit avoir eu je —j’ai
Bien plus concluante encore est la preuve qu’on
peut tirer du huitain CXXXI. du G. T. vs. 1.
L’édition J a n n e t lit avec la première édition datée :
Si aille veoir en Taillevent,
le ms. Coislin :
Si alez voir etc.
le ms. de l’Ars:
Sy m’en allé en Taillevent.
Le contexte ne laissant aucun doute qu’il faut lire:
Si allai veoir en T.
il est clair que l’étrange faute de la première édition
ne doit son origine qu’à l’orthographe aile (allé =
allai) de l’original. »)
Ainsi donc — pr s’écrivant par un simple trait
sous le p et puis n’étant qu’un lapsus pour p rins —
on peut reconstituer d’après le ms. A. la forme ori¬
ginale du 1 er vs. huitain IV. P. T.
Et se je (j’é) prins à ma faveur. .
La même chose peut se dire du deuxième vers :
Ces doulx regrets et beaulx semblans,
qu’il faudrait évidemment lire avec le ms. de l’Arsenal :
Ses doulx regars et beaulx semblans,
s’il n’était pas sûr que notre tradition du texte de
Villon dérive d’un original où l’on suivait presque
régulièrement la capricieuse habitude d’écrire le pro¬
nom possessif ses et le pronom réfléchi se par ces,
et ce, tandis que d’autre part le pronom démonstratif
ce et ces devint se et ses. »)
') La terminaison aille s’écrivait par aile an milieu dnXVesiècle.
A. donne P. T, XXXIV. 3. escal(l)e où le reste lit: escaille.Bn
traitant du jargon de Villon nous reparlerons de cette orthographe.
2 ) On trouve autre part une grande quantité d’exemples de cetle ma*
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27
Le Petit Testament n’en offre malheureusement
que fort peu d’exemples évidents, je n’en ai trouvé
que deux.
A lit XXI. 8. ses gellées = ces g., XXXY. 3.
seslaiz — ces 1. ; cependant le ms. d’où il dérive,
doit avoir eu XVI.- Ç. ses Pasques pour ces P. où
A. donne les Pasques, A confondant toujours l et
s; d’ailleurs le ms. Coislin a ses Pas qù es.
Au contraire, les autres parties de l’oeuvre de
Villon en offrent des exemples en abondance, si con¬
cluants même, qu’il me sera permis de ne traiter
ici qu’un seul passage qui donne lieu à une correc¬
tion fort probable.
L’éd. Jannet p. 55 dans la Ballade que Villon fit
à la requeste de sa mère, pour prier
Nostre Dame, lit:
Theophilus,
Lequel par vous fqt quitte et absoluz,
Combien qu’il enst au diable fait promesse,
Préservez-moy, que je ne face cesse ;
niere d’ écrire, qui semble avoir été une particularité des scribes parisiens. Du
moins je l*ai rencontrée surtout chez eux ; La Résolution d’A m o u r s :
Venu s en ces menus esbas, pour ses menus e.; en ces
roitz pour.se s roitz. Les éditeurs de cette pièce MM. de Montaiglon
et Rothschild, Ane. Poés. Franç. XII. 309. ont changé ces en ses. Le
scribe parisien du ms. bien connu de Froissart, cod. Voss. 9. de la Biblioth.
de Leyde (première moitié du XVe siècle) écrit quelquefois se pour ce
f°. CCLXIX. quant il se vit en s e party.
Dans le Journal d’un Bourgeois de Paris, on trouve aussi
partout des traces de cette orthographe surtout aux passages où les co¬
pistes postérieurs (et nous ne possédons que ces copies) ne comprenaient
plus le texte de l’original, p. e. tuer cesgens, p. ses gens, c-à-d.
les gens du comte d’Armignac, ed. Tuetey. p. 10 et passim. Dans cette
excellente édition le savant éditeur n’a peut-être pas toujours assez tenu
compte des singularités de l’orthographe.
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28
Le dernier vers n’a aucun sens plausible.
Le ras. Coislin donne :
Que ne face jamais cesse.
L’édition de 1489 :
Que je ne face ce.
Marot corrige :
Que point je ne face ce. *)
Il est impossible de réconcilier ces différentes leçons
qu’en supposant que le ms. original portait face se,
qu’on a lu face cesse, et en suivant la règle que
j’ai posée plus haut pour les corrections du texte
faites par Marot, on admettra la probabilité que le
ms. original portait :
Préservez moy, que jamais ne face se. (pour ce)
Donc il est certain que le texte, d’où notre tradi¬
tion dérive et qui a été corrigée de fort bonne heure
par les scribes, a préconisé les formes ses et se
pour ces et ce, et ces et ce pour ses et se.
Le quatrième vers du huitain cité se lit dans le ms. A :
Me trespercent jusques aux flancs;
le ms. de l’Arsenal lit tresparsans,et évidem¬
ment trespercent ne peut être qu’une ortho¬
graphe singulière du participe»). On pourra prouver
l ) Le ms. de l’Arsenal, comme toujours, tourne la difficulté en écrivant :
que n’accomplisse ce.
*) Cette orthographe apparaît occasionnellement non régulièrement dans
des manuscrits datés du commencement du XVe siècle, p. e. de Christine
de Pi8an, rarement dans le cod. Voss. 9 de Froissart, dans le Journal
d’un bourgeois de Paris, (p. 13 ed. Tuetey) etc. La plupart du temps,
les copistes ont régularisé l’orthographe, et comme pour Villon, on ne
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29
de deux manières que cette dernière leçon est bien
celle du ms. original, soit en recueillant dans les
manuscrits les vers où cette façon d’écrire a été con¬
servée'), comme dans le ms. Coislin où le 7 e vers
du huitain XXIII du G. Testament se lit:
Oublient naturel devoir
tandis que le reste a oublians; soit en notant les
fautes qui se sont glissées dans le texte par le fait
de copistes employant à tort et à travers leur trans¬
cription habituelle -ans et -ant pour -ent, p. e.
G. Test. huit. XXXIX. 5—8. Dames-
De quelconque condicion,
P o r t a i\t attours et bourreletz, *)
Mort saisit sans exception.
Il est clair que le 3 e vers cité doit être une expli¬
cation de quelconque condicion, et le ms.
de l’Arsenal donnant ou bourrelet, on
rendra à la phrase tout son relief en corrigeant:
Portent atours ou bourreletz
c’est-à-dire : qu’elles soyent nobles (demoi¬
selles) ou bourgeoises. En effet comme le
peut reconnaître leur immixtion que là où il y a erreur, entre cent nous
donnerons un exemple: Ane. Poés. Franç. IY p. 166. emplovent (3e
ps. pluriel) du texte original a été corrigé par erreur employant etc.
*) Ce n’est que dans un seul passage de Villon, que toutes les éditions
ont conservé la forme en-e n t ; le 4* vers du huitain CLXVIII du Grand
Testament, où selon la transcription ordinaire il faudrait lire :
Et contentans bien leurs debteurs.
La raison en est que la construction de la phrase n’est pas trop claire
au premier coup d’oeil, et que l’on a cru qu’il s’agissait de la 3e pers.
du pluriel.
*) La première impression de Levet 1489 :
Portons atours et bourrelet?.
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30
remarque Formey dans une note de l’édition de 1742,
p. 46. bourre 1 etz est dit ici pour chaperon,
et pour quiconque a quelques notions de la littéra¬
ture du XV e siècle, les débats entre les atours
et le chaperon, entre la Damoiselle et la
Bourgoise sont si connus, qu’un long commen¬
taire de ce vers devient superflu ').
Et voilà une preuve manifestq, comment les par¬
ticipes en-an t sont dus au travail des copistes.
Mais il existe encore une preuve directe de ce que
nous avançons dans le texte de la Ballade Vil¬
lon qui nous est parvenue par une tradition tout
à fait indépendante, dans le manuscrit des œuvres
de Charles d’Orléans; là tous les participes finissent
par-ent: perdent, prétendent, bourdent,
entendent (voir l’édition de Prompsault p. 330
334, et ms. franç. de la Biblioth. Nat. n°. 4104 P.
28 v°).
*) Voir le Débat de la Damoiselle et la bourgoise,
pièce qui ouvre le Ve volume des Ane. Poés. Franç. de Montaiglon ; nous
avons pu reconstituer entièrement le texte de ce tableau de moeurs extrê¬
mement intéressant, grâce à l’aide de deux mss., n°. 1661 franç. de la
Biblioth. Nat. et le ms. T. 328 de la Biblioth. Boy. de la Haye. Lés vers
sur les atours etc. se trouvent ed. Moutaiglon V. 9. Cfr. aussi le même
recueil XII. 10. et la note ; Quicherat. Histoire du Costume,
pp. 242, 244 etc. Un fort intéressant passage sur la mode des chaperons
et bourrelets au milieu du XVe siècle se trouve dans un poème inédit
d’Alain Chartier, Le mirouer des dames (cfr. P. Paris. Manuscrits franç.
de la Bibliothèque Royale VII 251.)
Car supposé que aucunes portent
Chapperons en Heu de drappeaulx
Toutesfois pas ne se depportent
De fourrer dessoubz les bourreaux
Pour leurs chapperons monstrer haulx.
ms. fr. 924 de la Biblioth. Nat. f°. 207. Comp. Journal d’un bourgeois
de Paris, ed. Tuetey p. 235 n°. 600, Coquillart ed. d’Héricault I. p. 84;
Moytié chapperons et atours..
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31
Remarquons, en passant qu’il se trouve des traces
certaines, que le ms. original donnait la terminaison
s au nominatif singulier du participe présent:
P. Test. XXVII. 8. les voyans nudz.
Ceci posé, la forme esguisens, que nous avons
rétablie plus haut au huit. XII du G. Test, n’a plus
rien qui doive nous étonner; évidemment, c’était
bien là l’orthographe régulière du ms. original.
Deux formes de mots qu’on rencontre dans le ms.
A. appellent encore notre attention spéciale et des
recherches détaillées.
D’abord l’orthographe du pronom lui, (luy).
A lit:
P. T. III vs. 4. Sans ce quil y en eust mieulx;
l’expression habituelle étant être de mieux et
la confusion entre eust et tust se rencontrant
souvent '), je crois qu’à l’aide des autres manuscrits,
on peut rétablir le .vers de la façon suivante :
Sans ce que ly en fust de mieulx
La faute est due en partie à la forme ly ou li
que le scribe ne connaissait plus.
Cette orthographe a donné beaucoup de fil à re¬
tordre aux copistes, il semble qu’ils ont été incapa¬
bles de distinguer l’article li (le, les), le pronom
li (lui) et la combinaison l’i (l’y). Du moins quand
ils veulent moderniser ces formes, ils confondent
presque régulièrement l’article et le pronom, sans
parler de toutes sortes d’autres combinaisons qui
surgissent dans leur têtes.
*) p. e. Ane. Poés. Franç. XII. 312. eurent pour furent.
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Nous donnerons en note ') quelques exemples de
cette aberration de l’esprit humain, ici nous avons
à prouver seulement que dans tout une classe de
manuscrits du milieu du XVe siècle la forme li (ly)
pour lui, a été régulièrement modernisée parles
scribes du dernier tiers du siècle.
Consultons l’édition Tuetey du Journal d’un Bour¬
geois de Paris. On lit p. 21 : »car on ne trouvoit
rien au plain p^'is qui ne lui portoit.” Evidemment,
le scribe accoutumé à changer li en lui, a suivi
son habitude dans ce passage où il aurait dû séparer
li en l’i (=l’y). La même erreur se trouve p. 172:
»la fist mener tout battant à son ourme et lui fist
acoller, et la fist lier,” etc., où il faut lire : l’i (= l’y)
fist acoller, et effacer: la fist lier, qui est une
glose manifeste. *)
Même chose à peu près dans les éditions de Villon.
Tout le monde connaît les trois ou quatre couplets
du Grand Testament où il raconte l’histoire de l’es-
cumeur de mer Diomedès, qui fut amené devant
le tribunal d’Alexandre le Grand ;
2 ) L i ho ms forme encore assez usitée devient luy ho ms. Ane.
Poés. Franç. IV 33 ; 1 i on devient la ville de Lyon, dans Le débat
des deux seurs, Ane. Poés. fr. IX. 113 (les différents mss. qui existent du
Débat nous permettent de changer le vers mutilé des imprimés: 8a
belle seur devers Lyon en Véez là, ma seur, donc
lion. Pourtant il est extrêmement curieux qu’ aucun des nombreux mss.
de cette pièce, que nous avons pu consulter, ne donne le vers sans faute)
1 y homs devient 1 y on s (lion) dans l’édition Ph. Lenoir de la Sa¬
lade d’Anth. de la Sale f°. LX (cfr. le ms. de la Salade n°.
18120 de la Bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles f°. CCLXI) ; 1 i = lui
devient Pu n g = 1*1, dans les anc. edd. d’A 1. Chartier: Lungde-
mande lors qu’il lui fault. Hospital d* Amours éd. G. du Pré
f°. 289 r°, oh avec les mss. il faut lire : Lors li demande, etc. etc.
*) Nous reparlerons de ce passage, quand nous traiterons du Jargon
de Villon,
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33
Si fut mys devant le cades, .
Pour estre jugé à mourir,
* G. T. XVII. vs. 7. 8.
Une note de Le Duchat dans l’édition Formey de
1742 nous apprend que par une licence archi-poétique,
cades est mis pour la rime au lieu de cadi, et
cette interprétation est suivie par tous les commen¬
tateurs. Cependant elle est de pure fantaisie; le mot
cadet») ou capdet signifie capitaine, chef; on
rencontre le mot dans cette acception au » J o u v e n-
cel” de de Breuil, dans les chroniques de Chastel-
lain et ailleurs »); il se rapporte évidemment au cor¬
saire . prisonnier. Dès lors la correction est certaine.
Les manuscrits donnent ce cades ou cicades; les
anciens imprimés: les cades; en combinant ces
deux leçons, on obtient les ce cades où les est
une transcription pour li (comme on trouve les
lions pour li on s). Donc, le vers doit avoir été:
Si fut devant li (Alexandre) ce cades.
En effet, on remarque généralement que l’usage
elliptique d’être ne plaisait plus vers le dernier tiers
du XVe siècle, de là beaucoup de remaniements,
ainsi au lieu de seront vers le vent (Ane. Poés.
Fr. V. 10) et se jamais sont dessoubz vos
esles (ibid. V. 264), certains manuscrits (B. N. 1661.
fr. et ms. Pichon) lisent': iront vers le v. et se
jamais tombent soubz vos e. Par conséquent la «
périphrase de fut mis et la mauvaise transcription de
’) C® mot est mal expliqué dans le dictionnaire de Lacurne de Ste Pa-
laye et incomplètement dans celui de Ducange snb voce capdet s.
) Le Jouvencel est cité dans Lacnrne, Ducange cite la chronique
de Louis XI. g. c a p d e t s. Chastellain. ed. Kervyn. IL 193. : „ils espias-
sent Guy Guillebault ou autre grant cadet” etc.
3
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34
li ont gâté totalement le vers. Les deux exemple
cités suffiront, nous l’espérons, pour prouver que le
ms. original portait habituellement li pour luy; au
surplus on retrouve cette forme dans toutes les édi¬
tions, quand la rime l’exige p. e. G. Testament
LXXII. 8. ')
Beaucoup plus propre à nous étonner est la forme
que le ms. A offre dans le 3e vers du huitain VII:
Comme mon paouvre sens tant dur,
Prompsault et la plupart des éditeurs modernes
ont changé tant en est; correction qui est inad¬
missible , e s t ne pouvant jamais se métamorphoser
en tant et le problème n’étant pas de donner un
sens quelconque à un vers obscur, mais de cher¬
cher l’expression même du poète.
Heureusement, on rencontre encore deux fois ce
tant mystérieux: P. Testam. XIV. 3, (l’édition de
1489):
Qui ne tend mont ne vallée;
(les mss. et Marot donnent: n'entend),
et (i. Test. CXXIX 6. (éd. 1489).
Que tant régna roy de Cécille,
où le ms. Coislin donne la seule variante utile :
Que tint Regnier, roy de Cécille.
1 ) R me serait facile de trouver d’autres ^preuves, mais pour etre con¬
cluante l’argumentation demande trop d’espace. Le cas du Journal d un
Bourg, de Paris se répète dans un passage du G. Testament. LXXXIH*
3 ; les édd. donnent :
Qui la portera,
le ms. Coislin:
Qui luy portera
le contexte réclame nécessairement : Qui l’i p o r t e r a.
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35
L orthographe de tint, en usage à Paris au
milieu du XV e siècle, était bien certainement teint
(v. le Journal Parisien de Jean Maupoint. Mémoires
de la Société de l’Histoire de Paris T. IV. p. 95: »le
roy teint sa» grant conseil”); et de cette façon la
confusion entre teint et tant s’explique aisément,
le scribe ayant pris le i pour un jambage de la lettre
w, (m Sc n sont toujours pris l’un pour l’autre).
Quant aux deux autres passages, on voit par le
vers 3 du huitain XIV que de fort bonne heure les
copistes n’ont plus compris le mot tent qui, évi¬
demment , n’est qu’une forme populaire de tient');
donc, je crois que le changement en tant du VII«
huitain est dû au copiste, qui avait tent devant
les yeux dans le ms. original, la forme tent étant
garantie par le huitain XIV *); de même, il me pa¬
rait plus probable que l’orthographe du ms. ori ginal
au huit.. CXXIX du Grand Testament a été teint
que t a i n t, les copistes, comme nous l’avons vu,
ayant la manie de changer la terminaison -ent en
-ant.
Les autres traits qui composent ensemble le carac¬
tère orthographique du ms. A ne nous arrêteront
pas si longtemps.
) ▼. Oh . Nisard. Etude sur le langage populaire de Paris, p. 236 se
fsan sur les A & réa kles conférences de deux païsans. 1649
e * 1 * 324 346. voir: Bartsch. Chrestomathie* 4e ed. p. 609 et
poésies de Deschamps, éd. Saint-Hilaire, I. p. 308 : j e t a i n.
n trouve tant pour tend (de tendre) Ane. Poés. franç. VII. 241:
Sensualité au contraire
Tant qui se tourbe en son affaire.
1. Tend qu’i se t.
ant est écrit tent dans le Journal de Maupoint. 1. c. p. 65 e t à tent
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36
-an pour -en: m and i en s. P. T. XXXII. 1. (Ane.
Poés. franç. XI. 106. m a n d i e n s),
dans (dents) P. T. 1.4. (Ane. Poés.
fr. IV. 16. ès dans),
a n c r e P. T. XXXIX» 4. (Ms. Coislin
du G. T. LXIX. 5. ancre),
-an pour -on: dangon (donjon) P. T. XIX. 4.
(Ch. Nisard. Etude s. le patois de
Paris, p. 159).
-ai pour -e : mais (mes, pron. poss.)^. T. XIV. 6.
(Ms. Coislin. G. T. XII. 5 : mais
(mes), Ballade des dames du temps
j. vs. 27. r e m a i n e (ramène) >).
-ai pour -ei: fr ai n..P. T. I. 4. (orthographe dont
on retrouve partout les traces
dans le texte de Villon).
a y pour et: je me plains ay dueil P. T. III.
5. (éd. de 1489 et autres G. Test.
LXXIV. 7. a y part amère
pour et perte amère)*).
- a u pour o: clergeault (ms. de l’Ars. clergot).
P. T. XIV. 2.
*) Au contraire A donne mènent P. T. XXII. 8. où le ms. Coislin
m a i n e n t. Dans les poésies de Charles d’Orléans, on trouve régu¬
lièrement maine = mène. p. e. éd. d’Héricault. I. p. 79).
*) Ce changement de e t en a y se retrouve en d’autres auteurs p. e.
Alain Chartier, Hospital d’Amours éd. Galliot du Pré f°. 274:
Ayant grant pitié de mon vueil
me mena jusque à l’enfermière
où les mss. lisent:
Et en grant pitié etc.
L’orthographe singulière du vers de Villon peut donc fort bien être le
fait du copiste. Pourtant il est à remarquer que Marot dans son édition
de Villon lit le vers de la façon suivante;
j’ay dueil et me plains.
il n’est donc pas impossible que le ms. original portât a y dueil.
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37
esclaure (esclore) P. T. XXVII. 4.
(cfr. Ch. Nisard. Etude sur le pa¬
tois de Paris p. 160. auxis'é. ;
Ct. Nouv. Nouy., la 48 e Nou¬
velle d’après le ms. de Glasgow,
aubstinée).
-au pour -ou: mautonnier (moutonnier) P. T.
XIX. 6. (On remarque cette or¬
thographe surtout dans les mss.
d’Ant. de la Salle, a u y r = ouyr,
v a u 1t = voult, p au = pou cfr.
le ms. inédit de la Salle d’Ant. de
la Sale. n # . 10959 de la Biblioth. de
Bourgogne à Bruxelles f°. L, LI).
-e pour ai: j’e (j’ai) etc. v. plus haut.
mes (mais) P. T. XXII. 7. ,
fesseau P. T.XXVI.5>) (ontrouve
partout dans le texte de Villon
des traces de cette orthographe),
-en pour -an: percent, voir plus haut.
mengeront, mengue,P.T.XXVI.
7. XL. 3.
-e pour -o: Serbonne. P. T. XXXV. 4. (cfr.
Ch. Nisard. Et. s. le patois de
Paris, p. 159. S a r b o n n e.)
-ouer pour -oir: abreuvouer P. T. XX. 2.
mirouer*) P. T. XXIX. 7. (la
*) Au contraire le ms. A. donne toujours laisse, jamais 1 e s s e.
*) Dans Coquillart la terminaison -oir est d’une syllabe,
C’est ung droit abruvoir Popin. «
ed. d’Héric. I. 105*
Bans la 22e des cent Nouv. Nouv. l’édit. Lenoir 1500écrit miroers,
oti le ms. donne miroirs. Mirouer est de trois syllabes. Ch. d’Or¬
léans , I. p. 50. Voici encore quelques exemples de la prononciation ouer
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38
terminaison -ouer est dissylla¬
bique ; la tradition du texte dans
• les autres mss. et anciennes édi¬
tions est d’accord sur ce point;
escriptouoire est l’ortho¬
graphe du ms. Coislin pour es-
criptoire G. Test. CLXIV. 4).
-ouir pour -uir: fo u i r. P. T. V. 6. (de deux syllabes
comme dans Coquillart. I. 424.
etc. Ch. d’Orléans, ed. d’Heric. I.
134. a fuyr de deux syllabes.')
ou pour eu: soulet (seulet) P. T. XXXV. 2.
(cfr. Ch. Nisard. Et. s. 1. pat. d.
Paris, p. 172. et les formes pou
(peu), plourer, demourer
. etc. qu’on rencontre partout au
XV e siècle).
a ou pour au (ou), paouvre. P. T. passim. (ceci
me semble une orthographe par¬
ticulière du copiste d’A., on la
retrouve dans toutes les pièces
du ms. 1661 fr.).
en eux syllabes: (Farce île la Pipée) ras. fr. de la Bibliotb. nat. 25.467.
La Valière 166. f°. 176. v 0 .:
Ung menton fourchu tant frigant
Qu’oncques (fut) rasouer de guinguant
Ne fat plus affilié qu'elle est.
Le fut du deuxième vers doit être omis.
Mystère de la Yie de St. Vincent. Biblioth. Nat. ms. fr. 12538. :
Mais qu’il fut mis au sechouer
Je te feray ennuyt muer.
Comp. aussi Thurot. Prononciation franç. 1.288 pour l’usage du XVI» siècle.
*) Dans la poésie populaire tous les verbes en -ouir peuvent être
monosyllabiques, même jouir, cfr. G. Paris. Chansons du XVe siècle,
p. 80, liS t 115 etc.
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39
u pour ou: esturgon (escourgon) P. T. XIX.
7. Ainsi lisent les anciennes édd.
goth. Le ms. Coislin lit escu-
v o e 11 e s, dans la Double Bal¬
lade du G. Test. vs. 44. ; Ch. Ni-
sard. 1. 1. p. 198 ; je crois que de
cette transition d’o u en u résulte
la confusion de sur et sous,
comme dans A. Petit. Test. XXX.
3. où il faut lire sous. 1 )
-ail-pour-aill- enmalloté. P. T. XX. 7.
es cal le. P. T. XXXIV. 3. (v. plus
haut p. 23).
aige pour -âge: saige. P. T-. I. 7.
g a i g e. P. T. XI. 5. Cette forme
qu’on nomme bourguignonne, (Ch.
Nisard. 1. 1. p. 130) se rencontre
partout dans le langage littéraire
du XV e siècle. *)
-îer de l’infinitif: brisier, desbrisier, cou-
chier, espargnier. P. T.
II. 6. 8. XIX. 8. XXI. 4. (ortho¬
graphe régulière au XVe siècle ;
dans les poésies de Ch. d’Orléans,
on trouve : laissier, souhai-
dier, prisier etc. s )
voir observation peut se faire pour les poésies d’E. Deschamps.
p « " ^ ^ ^° C ' ^ es anc ' * ex ^ es fr' d’après le ms. de la Biblioth. Nat.
critique ' 80u b 1 l a terre. 1. sus la t. Bon nombre des règles de
a PPlia • ^ Ue nous aTOns posées ponr le texte de Villon pourraient être
*) > 8U mS " œuTres ^e Deschamps.
Lenoir ' ^Orléans a presque régulièrement -aige, de même l’édition
l’édit r -v? ar * S des Cent Nouv. Nouv. tandis que dans le ms. et
tion f erar d (1486) l’usage varie ; comp. aussi Thurot. De la prononcia-
“ tr anç. i. 3(3
o\ n
0ln P* H. Stephanus. Hypomneses de ïrallica Lingua 1582. p. 31
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40
s. Rarement le nominatif singulier garde
l’s, comme francs P. T. 1.4,
voyans P. T. XXVII. 8. (on
trouve des traces de cette habi¬
tude dans tous les mss.de Villon,
comme nous l’avons montré plus
haut p. 14).
Le première personne du pré¬
térit défini omet l’s : j ’o u y, j e s u s-
pendy, senty, m’endormy,
P. T. XXXV. 4, XXXVI. 4, XXXIX
7. Pour la le personne du pré¬
sent l’usage varie : croy, esta-
b 1 i z, c o m p r e n s. P. T. VI. 2,
VIII. 8, XVIII. 5; je m’en vois
a toujours l’s. P.* T. VI. 3, VIII.
7, selon la règle observée de tout
temps. (Boehmer. Romanische Stu-
dien. XVIII. p. 710.) Sur ce point
aussi l’orthographe du ms. A est
conforme à l’habitude du milieu
du XV® siècle. (Ch. d’Orléans, je
dy, je fais, je hé [= hais] etc.),
ou et au: sont usités tous les deux : francs a u
collier. P. T. I. 4. Ou nom du
Père; ouquel. P. T. IX. 1, XI.
2. Même observation que pour le
précédent paragraphe. ')
JLtque hanc pronuntiatioaem nonnulli el Picardis, seu iis quos Wallones
appellamus hodieque retinent. Comp. aussi Livet. Grammaire firanç. au
XYIe siècle, p. 348.
*) Dans le vers 5 du huit c. du Grand Test, le copiste du ms. Coislin
a transcrit couchant, qu’au champ, preuve évidente que les
pistes se permettaient de changer ou en au; et l’inverse se faisait proba¬
blement aussi. 4
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41
tieulx pour tels: P. T. XXXI. 5. XXXIV.8.Dans
le premier de ces deux vers la
forme tieulx a été protégée
par la rime, au second les autres
mss. et les imprimés ont moder¬
nisé l’orthographe. On en trouve
cependant des traces jusqu’à la
fin du XV siècle. >) Remarquons
à ce propos le changement occa-
- sionnel qu’on rencontre chez Vil¬
lon et ses contemporains de -ers
et -els en -eulx. Au huitain
LXXVII1. vs. 5 le ms. Coislin
donne pour cayprs, cayeulx.
Dans sa version du Roman de la
Rose, Molinet- qui avait étudié à
Paris sous Charles VII, parle de
menestreux (ménestrels), ms.
de la Biblioth. R. de la Haye
n -. 698. Il nous paraît d’autant
plus étrange qu’ A porte: Lou-
viers et vielz au huit. XXXIV
vs. 2, 4 du P. Test, où la leçon
traditionnelle est Louvieulx
et vieulx comme la rime l’exige.
Notons encore que le ms. A. aime à redoubler les
consonnes : escollier, robbe, oppinative,
Arristote, Rommain, principallement,
assier, Vegesse. Si cela valait la peine, on
*) p. e. Débat de la damoiselle et de la Bourgoise:
Mais voz vassaulx ne sont pas tieulx.
Dans un acte de 1464 on trouve encore qui eulx (quels), Mém. de la
soc. d’hist. de Paris. 1Y. 19. Palsgrave p. 366. condamne la forme tieulx
etitieulx. *
*
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42
pourrait citer des exemples d’autres auteurs du milieu
du XV e siècle pour prouver que c’était là une ortho¬
graphe fort usitée.
Au contraire, nous n’avons pas rencontré dans
d’autres auteurs l’orthographe frappier (fripier)
P. T. XXXI. 5. et sommelées (semellées) P. T.
XXI. 6. '). Ces formes sont-elles dues à l’inadvertance
du scribe? On le croirait presque, du moins pour le
dernier mot, surtout puisqu’on voit le copiste ad¬
mettre ailleurs des formes qui semblent bien de son
propre crû, comice nous l’avons observé pour tant,
mènent, vielz etc. Aussi ne faut-il nullement
croire que le ms. A offre une image fidèle de l’or¬
thographe du jns. original ; ainsi nous sommes per¬
suadé que la mutation de ai en ey était plus ré¬
gulière qu’en A, que -er suivant la prononciation
y était écrite souvent -ar, que l’infinitif en -er s’y
terminait quelquefois en -é») etc.
Seulement le copiste d’A. ou le scribe qu’il copiait,
nous a conservé par son manque d’intelligence un
grand nombre de* formes qui doivent rappeler celles
de l’original, comme nous l’avons prouvé par les tra¬
ces constantes de la même orthographe relevées par
nous dans les autres mss. et imprimés.
’) On trouve s u m e 11 e pour semelle, Palsgrave. 272, eomp. Ch.
Nisard. 1. 1. p. 148, Thurot. 1. 1. I. p. 273.
*) Je crois voir une preuve de e = ai au huit. 3. vs. 1 du P. T. oà A
donne : Je le fis; il faut lire, ce me semble , je 1 e f a i s, ce qui est
possible seulement dans la supposition que le ms. orig. portait f e s, la
confusion entre i et e étant très fréquente.
ar = er: comp. e. a. la leçon du ms. de P Arsenal, h. IY. vs. 4. très
parsans À. tTes percent. Enfin les diverses leçons du 1" vers
huit. XYI. P. T. se concilient seulement en supposant que l’infinitif as¬
signer était écrit sans r final dans le ms. orig. comme on le trouve
souvent en d’autres mss. %u temps.
4
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43
Bien hardi serait celui qui voudrait, par le moyen
de cette orthographe divergente, déterminer exacte¬
ment l’influence du parler populaire de Paris sur
la langue de Villon.
En général, ni l’orthographe, ni la grammaire du
poète ne diffèrent du langage de la grande école litté¬
raire de son siècle. ') Quand nous considérerons les
règles métriques qu’il suit, le même fait nous sera
confirmé de nouveau : Villon peut être nommé un
poète populaire quant à l’expression familière, bru¬
talement pittoresque de ses idées, il ne l’est nulle¬
ment par la forme que cette expression revêt.
Nous voilà loin du ms. A. et cependant nous n’avons
pas encore fini avec lui. Il y a encore un point sur
lequel il faut l’interroger, et à notre avis le degré
d’authenticité qu’on doit attribuer à un manuscrit
dépend surtout de la réponse que l’on donnera à
cette question, que je poserai en ces termes : Quelle
trace le manuscrit nous offre-t-il de gloses, annota¬
tions marginales, corrections éditoriales substituées
au texte original ?
Pour A la réponse est très simple : Sauf un seul
vers qui semble avoir été fait pour combler une la¬
cune existant déjà dans une des premières copies du
manuscrit de l’auteur *), et la glose de chez pour
sur, p. t. XXI. 7, peut-être aussi celle de plus pour
* q. T°* r . anss i le travail consciencieux sur la grammaire de Villon de
^ imming, Herrig’s Archiv. f. das Stud. der neaeren Sprachen, XLIII.
. P» 266 293. Nous aurions à faire nos réserves sur grand nombre de
^° m V ^ relève ; cela s’explique aisément par le fait, qu’il a pris
pour ase de son travail l’édition La Monnoie-Jannet, qui trop souvent ne
0 *v De -r? U Une or ^°& ra pbe et des formes de pure fantaisie.
f > T. XXV. 5.
l’édition de Marot.
Nous traiterons de ce vers quand nous parlerons de
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U
mais, P. T. XL. 7, le texte du manuscrit, abstrac¬
tion faite des fautes nombreuses du copiste, nous
semble bien être conforme à l’original, tel qu’il est
sorti des mains du poète.
Nous avons gardé pour la dernière une de ces
fautes de copiste, parce qu’elle rentre dans la catégorie
dont nous traitons à présent et aussi parce qu’elle nous
permet de reconstituer la filière qu’a parcourue le
ms. original pour venir échouer dans la copie A.
Dans un des huitains qui manquent aux anciennes
éditions, le XXXVI e , on trouve le vers suivant :
Oppinative faulce et voire,
la leçon est sûre , et d’ailleurs garantie par deux mss.
'celui de l’Arsenal et celui de Stockholm; au lieu de
ce vers A lit :
Oppinative faulce et en boisme. *)
Qu’est-ce que en boisme? Le mystère peut
être éclairci d’une façon fort simple. Dans tous les
manuscrits de Villon, on trouve constamment la con¬
fusion de e et i, de sorte qu’on peut lire tout aussi bien :
en boesme; et ceci apparemment n’est autre chose
qu’une note marginale, tronquée peut-être, qui citait
comme exemple d’une fausse opinion l’hérésie
des Hussites en Bohème. *) Cet exemple était de mise
*) Prompsault a lu: boisvie; il ajoute la note curieuse : Ce mot
n’est pas celui qu’il faudroit; on s’en aperçoit à
la rime. Du reste c’est le même que boisdie et boise."
Tromperie ou brouillerie. Cette explication d’un mot qui n’existe
pas, et qui même s’il existait, n’est pas celui qu’il faudrait, peint
bien la naïveté de l’érudition de l’époque.
*) Quoique Behaigne soit l’orthographe ordinaire de Bohème,
on trouve aussi dans des manuscrits parisiens du second tiers du XVe
siècle la forme Boesme, p. e. dans le Journal Parisien de Jean Maupoint,
1. 1. p. 37: Lancelot de Boesme.
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45
depuis qu’Alain Chartier >) et Martin Franc ») l’a¬
vaient introduit dans la littérature, Villon lui même
en use dans sa Ballade des Menus Propos:
I
Je congnois la faulte des Boesmes ;
après eux et après tant d’autres un copiste quelcon¬
que pour bien montrer qu’il était au fait du courant
intellectuel de son siècle aura ajouté, en regard du
passage cité, à la marge de son manuscrit des poésies
de Villon le commentaire: en boesme, qui plus
tard a induit en erreur notre scribe d’A, simple co¬
piste à gages d’un libraire par état, et pauvre d’esprit
par vocation.
Ce qui nous fait affirmer si hardiment l’existence
d’un manuscrit de Villon commenté doctement, c’est
qu’on retrouve autre part les traces de cette main
érudite.
Au Grand Test. XXXII. 3. 4. l’édition de 1489 lit:
Selon les antiques dictz
Son lieu ne congnoistra(s) jamais.
) Il faudrait peut-être commencer par citer Jeanne d’Arc et sa lettre
bien connue aux Hussites sur leur vana et obscena superstitio,
Bibl. de l’Ecole des Chartes, série Y. T. 2. p. 81. Les passages le mieux
connus d’Alain Chartier se trouvent dans l’Espérance, où il parle plusieurs
fois de la secte périlleuse de Behaigne. Selon Delaunay, Etude
sur A. Ch. p. 98 le livre de l’Espérance a été écrit en 1438 ; voir aussi
les pp. 243—251.
2 ) P*,e. Le Champion des Dames, (nous citons l’édition orig. de
Vérard sans pagination)
Vous qui valés pis que boesme.
Une bien curieuse figure que celle de ce Martin Franc et encore fort
peu connue. Il a assisté de bien près à quelques-uns des grands évène¬
ments du siècle et a été l’ami d’Aeneas Sylvius, voir le Libellas
Dialogorum de celui-ci publié par Kollar. Analecta Yin-
d o b o n e n s i a. T. II. fo. 685—790 et une lettre fort intéressante adressée
à Jasper Novariensis dans le liber Epistolàrum secularium
d’Aeneas Sylvius.
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46
C’est la version de Villon d’un passage bien connu
du psaume de David: et non est inventus lo¬
cus ejus.
Marot dans son édition donne la correctioif certaine :
»
Selon les auctentiques dictz. *)
Le ms. Coislin lit ce vers de la façon suivante :
Celon ce que David en dist,
le ms. de l’Arsenal donne:
Selon les Davitiques dis.
L’adjectif insolite Davitique prouve bien claire¬
ment que ces leçons discordantes se reportent toutes à
un manuscrit qui au-dessus du mot autique (pour
autentique) possédait une annotation interlinéaire :
David. *)
Les mêmes considérations nous prouvent que le
nom d’Averroys, G. T. XII. 8., est une glose
ancienne. *)
Une autre espèce de notes marginales, qui ser¬
vaient seulement pour signaler un passage quelconque
à l’attention des lecteurs, a aussi trouvé sa place
dans le texte; comme G. T. XX. 7. beau dit, qui
s’est glissé dans le vers que donne le ms. de l’Arsenal :
*) La confusion entre antique et authentique est un fait fré¬
quent; comp. p. e. Coquillart. Oeuvres éd. d’Héricault. I. p. 55; contusion
de mots causée en partie peut-être par la confusion des idées, voir une
note détaillée sur le sens du mot authentique dans Ch. Thurot. Histoire
des doctrines grammaticales du moyen âge. Notices et Extraits des ma*
nuscrits de la Biblioth. Nationale. T. XXII. 2. p. 103.
*) La preuve sans réplique possible de ce que nous avançons se trouve
dans le ms. de Stockholm. La leçon originale et l’annotation y apparais¬
sent toutes les deux.
*) cfr. p. 16. de cette brochure.
47
Vallère pour vray la. bauldit ;
comme G. T. LXXIII. 8. bourde, où le ms. Coislin
seul a conservé la bonne leçon :
Dieu nous garde de la main mise
tandis que le reste a :
Dieu nous en gard’ bourde jus mise. *)
Cex exemples prouvent abondamment que le en
■boesme du ms. A. n’est pas un fait isolé, ils nous
donnent en même temps une indication précieuse que
le texte d’A découle probablement d’un manuscrit an¬
noté de la même façon que les manuscrits contenant
les deux Testaments, ou plutôt, que l’original d’où
le scribe d’A a tiré directement ou indirectement
le texte du Petit Testament, était un manuscrit don¬
nant les deux Testaments.
L étude des autres manuscrits m’a fortifié dans cette
opinion ; ce sont eux qui nous appellent à présent.
III.
M. A. Longnon, dans son Etude biographique
sur François V i 11 onp. 7. le premier, a lait mention
dun manuscrit des deux Testaments qui autre¬
fois a appartenu à Claude Fauchet et à présent se
trouve dans la Bibliothèque Royale de Stockholm.
Sans se prononcer sur la valeur qu’il faut attribuer
a ce manuscrit, ni sur les données qui permettent
de lui assigner une date quelconque, le savant fran-
; jus doit so ü existence aux deux dernières lettres de main.
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48
çais a seulement annoncé qu’il en utiliserait les va¬
riantes dans son édition des œuvres de Villon. Cette
édition se faisant attendre depuis cinq années, nous
nous croyons justifiés d’examiner nous-même le ma¬
nuscrit signalé par M. Longnon en reconnaissant
hautement l’obligation que nous devons au savant
biographe de Villon pour nous avoir indiqué la route.
Joignons-y ici-même nos profonds remercîments à la
direction de la Bibliothèque Royale de Stockholm,^
qui par sa libéralité exquise et son extrême obligeance*
envers les curieux et les chercheurs nous a épargné
un voyage à Stockholm et nous a mis à même de
consulter dans notre pays le précieux manuscrit de
Villon confié à sa garde.
Le ms. de Stockholm, que nous appellerons doré¬
navant B, est un in-4°, papier, de 272 f 08 coté sous
le n°. LUI des manuscrits français et intitulé: Bal¬
lades et Poèmes divers. C’est un recueil de poésies
formé de différents autres recueils écrits par des
mains différentes et probablement à des temps diffé¬
rents. Nous n’avons affaire ici qu’à la première
partie de la collection qui renferme les deux Testa¬
ments de Villon et qui va jusqu’au f 6 . 73 du volume.
Cette partie se compose de 68 ballades ou poèmes
analogues ') dont cinq en jargon, de sept .rondeaux
*) La plupart de ces ballades nous étaient inconnues jusqu'à présent
Nous donnerons ci-dessous la liste de celles que nous nous rappelons avoir
lues autre part. D’abord celles de Villon : La Ballade des femmes de Paris
(Jannet. p. 80.), de la Grosse Margot ( Jann. p. 83.), des langues envieuses
(Jann. p. 76.), des Proverbes (Jann. p. 116), avec un huitain de plus que
n'en donnent les éditions de Villon; cependant ce huitain était déjà publié
dans le Jardin de Plaisance éd. Vérard f°. CVIII; le Débat du
cueur et du corps de Villon (Jann. p. 113), l’Epitaphe (Jann. p. 101),
la Requeste de Villon (Jann. p. 103), la Ballade de l’Appel (Jann. 104)
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49
dont un en gascon, d’un poème plus étendu, Le
tournoy amoureux, et des deux Testaments de
Villon, appelés ici le premier Testament (c.-à-d.
le Petit) et le second aux f»s 29—33 et 37—62.
et des Menas propos (Jann. p. 117) ; en outre une ballade édite de Villon
ça on trouvera à la fin de ce travail : Il n’est soingque quant
ona fain; cest une imitation d’une ballade extrêmement populaire au XV*
siècle. II n’est dangier que devillain etc., et qu’on rencontre
un peu partout, aussi dans le ms. de Stockholm au f°. 3. M. Campaux p. 358
la attribuée à \ illon lui-même, et depuis ce temps elle est recueillie
parmi les oeuvres douteuses du poète. Il faut la restituer à Alain Chartier
que e ms. Lausdowne 380 du British Muséum f°, 220 nomme comme
son auteur.
Une annotation manuscrite de Fauchet attribue la ballade : Que n’ayeS
har ement et sens etc. à Jaques Coeur; il faut la rendre à Vaillant
6 f 0Il ^ S * b * en connu du cercle de Charles d’Orléans ; comp. le
m8 * ^ ^* bb 2230, qui contient ses poésies, f°. 248.
es a lades. Entre vous qui à court servez et Je v o y
e emp s d’Octouyen aux f>\ 9 et 11 du ms. de Stockh. sont
ffibd T ï com P- ms. Bibl. Nat. 840 f°. 38 et 390; éd. St.
M t r6 f. * ^uitains au f°» 12 sont pris au Temple de Mars de
lT 0 ^ FaiCtS Ct I)ictsdeMoliliet * Paris, Jeh. Petit 1537. fo.XCIXvo.
, i t a< ^ 8 * Cn debors de celles de Villon et d’Alain Chartier, se retrouvent
/,, v , n de ^aisance : J* a y demouré entre les sarrasins
(éd Vérard* *°* »Ma chière dame à vous dire vérité
s o ** * ^°* Madame pour vous dire vérité), Qui ses b e-
forTpo 6 i . Veult bien faire ( éd - Véraid, f°. CIII, la ballade était
P u aire i G ^ e re P araî t d ans beaucoup de recueils manuscrits Bibl.
burnham 1? ° 7 f °* 63 ’ n °’ 2201 f °‘ 92 ’ c ’ est le n °* 37 du ms ‘ Asb "
j non C1 , ^ ar de ^ a mt Hilaire dans son introduction au vol. II.
lova ^f S f ^ escbam P s ) » J e ne puis plus ainsi que je sou-
h/nu£ f °’ CC1, aussi ‘ BibL Nat - ms - fr - D ° 2376 ft) * 54 )» ün6
Poés. Pr U VTTT t0Ut U d ° ré fiain (éd * Vér * f °* 0X111 » aussL Anc *
Vér. f°. CYttt I> ’ 335 ^ ,1>lus n ’ a y 1 e vit tel que souloye (éd.
20 du m a * aUSS * ^ nc * P°cs* Fr. V. 117). Une ballade obscène au f°.
beaucoup de tr» P ° Ur abbatre une S ou S e fine > offre
To c vrans communs avec celle du Jardin de Plaisance f° CXIII:
« fan*! V ® Ulx d ’ ft mer (comp. ms. fr. de la Bibl. Nat. n°. 2375
est évidemme aBade 13; Hembourreux d’enffumez cabas
en du m ^me entourage que la poesie obscène qui commence:
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50
Deux des pièces précisent, à notre opinion, assez
bien la date à laquelle il faut faire remonter la com¬
position de ce recueil. L’une est uii rondeau inspiré
par le scandale que causait en 1468 à Paris l’en¬
lèvement d’Estiennette de Besançon par le comte de
Foix •) ; l’autre est une ballade se rapportant aux
dissensions entre Louis XI et son frère, Charles de
Normandie, et à leur réconciliation temporaire en
1469 *). Il est assez probable que ces poésies ont
Je souloie estre un g ramboreux de bas, ms. fr. de lt
Bibl. Nat. n°. 2375 f®. 123.
. La double ballade : Dame de beaulté positive f°. 14 du ms.
de Stockh. se rencontre sous forme de deux ballades distinctes entre autres
au ms. fr. de la Bibl. Nat. n°. 2264 f°. 61 ; il est extrêmement probable
qu’elles sont d’Alain Chartier (comp. ms. fr. Bibl. Nat. n*. 833 f°. 189).
La ballade : Tost est deceu cuider d’homme oultrageui
f». 9 du ms. de Stockh. se retrouve ms. fr. Bibl. Nat. n°. 2206 f®. 118
et n°. 24315, sans pagination. La ballade: Qui n’a joué à la
paulme et au dé, f°. 6 du ms. de Stockh. fait aussi partie du
recueil Bibl. Nat. n°. 2375 f°. 51; tandisque les deux ballades, f®. 11 On
voit le monde bestourner et f®. 70 Ung viel prebstre
dessus ung viel cheval, se retrouvent dans le ms. Ashburnham
cité par M. de Saint Hilaire aux n°\35 et 78. La ballade: Se je porte
en ma devise coac au f°. 29 du ms. de Stockh. est une imitation
de la Ballade de la Grosse Margot qui rappelle la manière de Meschinot
ou d’André de la Vigne.
*) Le rondeau se trouve au f°. 28 et commence par :
Ung très grant bruyt à Paris a eu cours.
Une note manuscrite de Fauchet ajoutée en marge du ms. nous apprend
de quoi il s’agit. Comp. la Chronique Scandaleuse s u b. 1468, éd. Petitot
XIII. 384, 385.
*) On la trouve au f°. 72 avec le refrain suivant:
Puisque L et C sont telz qu’ils doivent estre.
L’emprisonnement récent du cardinal Balue, le rouge B, comme
il est appelé, y est mentionné aussi. Une réponse où l’auteur ou les
auteurs ont quitté la forme stricte de la ballade, rehausse l’intérêt de ce
document historique. Pour le sujet de la ballade comp. Barante Hist. des
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été recueillies peu de temps après leur publication ;
de sorte qu’on est amené à croire que la collection
de poésies, qui forme le contenu de la première
partie du ms. de Stockholm, a été faite vers 1470,
sans que la possibilité soit exclue que ce manuscrit
lui-même est une copie, du recueil original, d’une
date un peu postérieure. %
Quant au texte des deux Testaments de Villon,
il a été bien certainement non pas transcrit, mais
écrit sous la dictée d’un quidam qui ne comprenait
pas trop bien ce qu’il lisait *). On ne saurait donc
s attendre à trouver en B les traces de l’orthographe
dun. manuscrit original que nous avons remarquées
en A et aussi dans les autres manuscrits *) ; pour¬
tant des indices sûrs nous permettent d’affirmer que
B doit dériver d’une même source qu’A.
Et dabord, quelques fautes de copistes assez sin¬
gulières sont communes aux deux manuscrits. P. T.
^* d . e B * Bruxe Hes 1839. VII 234 ss. Au f*. 71 du ms. de Stockholm
une autre ballade avec le refrain:
Ce qu’eust rongé sans mâcher desmenga.
est dirigée contre l’Angleterre et se rapporte & la dernière période de la
guerre de cent ans.
un^tedfrf 068 ^ istori( l ue8 comprises dans les autres parties du recueil sont:
1472 fo SUr 16 8iège de Beauvais contre le duc Charles de Bourgogne,
Charte Vît ^ ^ fra & ment d une P^ce a 7 ant trait aux dissensions entre
nii . S * e dau phin Louis, f°. 184; une ballade sur le sacro de
Charles vu à 238; ^
•c. P.T.V.7. soudure devient sans dure; O.T.L.7. Qu’en
LXXXI ft 8 « t<Mlte j ° Ur Uen devient: Q* aa t parolles; O. T.
j -y..,, \ a | nt ® a tur devient S a i n t S a n t o u r ; dans la Ballade
selon 8am y e vs * *>. Cherme félon devient: Chiere née
Ce* \ ^ ^ » deS ^ aU ^ es de ^ ec * ttre d d’audition réunies.
; 8 traces ^apparaissent en B que fort rarement: O. T. LXVII. 5.
B ses, O. T. CLIX. 7. Se dit pour ce dit etc.
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XXXV. 7. A donne un vers grotesque, que l’abbé
Prompsault a gardé dans son édition :
Pour prier que le curé dit.
Evidemment, le curé n’a rien à faire ici, et il
faut lire avec deux des mss. et les imprimés :
Pour prieur comme le c u e r dit ;
cependant B suit l’erreur d’A et non content d’in¬
troduire le grave personnage ecclésiastique dans le
vers cité, il répète la confusion entre cuer et curé
au Grand Test. XXXVI. 2, où il écrit d’abord :
De pour été me garmentant,
Souventesfoys me dit le curé,
puis se ravise et par une correction interlinéaire remet
le cuer dans ses droits.
L’origine de la faute commise par les deux scribes
ou par le scribe du ms. qu’ils ont copié, est très
facile à reconnaître; apparemment le ms. original
écrivait er et re par le signe d’abréviation bien connu,
mais dont les copistes n’ont pas trouvé la bonne so¬
lution. Ajoutons ici deux exemples, qui donnent la
preuve certaine que ce compendium pour er et re
se trouvait régulièrement dans le ms. original ou du
moins dans un des mss. originaux. P. T. XX. 3. est
un vers défiguré de telle façon qu’il semble presque
impossible de reconnaître ce que l’auteur a voulu
dire; A donne:
Par ses paouvres seurs gras signier
dont les éditeurs depuis Prompsault ont fait:
Pour ses paouvres seurs grafignier
en imaginant toutes sortes de traitements que Jacques •
Raguyer, dont il est question dans ce liuitain,
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53
aurait bien pu infliger à ses pauvres sœurs. Nous
sommes heureux de pouvoir laver Raguyer de ce
blâme en observant que dernière moitié de ce vers
doit être lu :
sus (sous) Grans Figuier.
Le Grand "Figuier était probablement une en¬
seigne de cabaret, et les soeurs mystérieuses ne se
sont glissées dans le vers que par une bévue de co¬
piste qui a cru remarquer le compendium de er au-
dessus de sus.
Une faute analogue se rencontre dans un vers fameux
(G. T. LXXI1I. 3.) que les éditeurs modernes se sont
obstinés à ne pas vouloir comprendre, quoique déjà
Clément Marot eût restitué à peu près la bonne leçon :
N’eaue au bout de ses doiz aherdre
Si l’on consulte l’édition de Levet de 1489, on y trou¬
vera ce vers sous la forme :
Ne autre au bout etc.
et pour quiconque a quelque habitude des manuscrits
du XV e , cette confusion d’autre et ea ue s’explique
aisément par le fait d’un scribe qui a vu dans le trait
de l’e le compendium re auquel il était accoutumé.
Revenons aux traces de conformité entre A et B.
P. T. XXI. 3. suivant A, Villon laisse à Mautaint
et son compagnon: »
Le gré du sergent qui actaint
Troubles, fors faiz , sans espargnier ;
Il est clair par un passage du Grand Test. (C XXVIII.
8.) qu’il faut lire avec les autres mss. et éditions
seigneur au lieu de sergent. En revanche B lit
(G. T. XCV. 2.) seigneur où il faut de toute né-
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54
cessité lire sergent, de sorte que l’on peut présumer
que les deux mss. proviennent d’un autre ms. oùles
mots sergent et seigneur s’écrivaient d’une
façon identique.
On peut se figurer que le hasard a occasionné en
deux cerveaux différents cette confusion entre cuer
et curé, sergent et seigneur; aussi possède-
t-’on des preuves ptus strictes que B relève de la
même famille qu’A : ce sont des fautes de lecture, des
omissions, des bévues communes aux deux mss.,
qui dénotent péremptoirement une même source.
P. T. II. 8. A lit :
Me vint ung vouloir de brisier
La très-amoureuse prison
Qui soûl oit mon cueur debrisier.
B de même donne souloit, qui est hors de cause
ici; un ms. et l’éd. de 1489 ont fai s oit, qui est
juste ce qu’il faut, (comp. les expressions dans Charles
d’Orléans, éd. d’Héricault, I. 31, cela me fai soit
enrichir, pour enrichissoit; I. 101, qui fist
anéantir, pour anéantit). Paléographiquement
souloit ne diffère pas beaucoup de faisoit, sur¬
tout si l’on considère que s et 1 étaient très difficiles
à distinguer dans le ms. principal ou original de
Villon; ') et la bévue d’un premier copiste s’est pro¬
pagée dans une famille des mss.
P. T. VII. 1. A fait unjvers, qui est trop long
d’une syllabe :
Combien que le départ m e soit dur,
évidemment me est de trop; B dérivant d’une source
J ) Voir p. 27 de cette brochure.
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55
j
identique à celle d’A, pour sauver le mesure, découpe
le vers d’une autre façon :
Combien que le départ me soit
Dur, etc.
P. T. XII ‘2. A de nouveau dérange la mesure en
lisant:
Item je laisse à SainUAmand
Le Cheval Blanc ou la Mule.
Un ms. et l’éd. de 1489 donnent avec la Mulle,
ce qui est la vraie leçon, comme il appert si l’on
compare G. T. LXXXVII. 8. B de son côté, a gardé o u
(faute d’un scribe qui a mal lu l’abréviation d’avec),
mais pour remettre le vers sur pied a ajouté un
adjectif:
Le bel Cheval blanc ou la Mule *).
Ces exemples, avec ceux qui sont cités en note,
suffiront je l’espère pour indiquer la ressemblance
fondamentale d’A et B, résultat d’une provenance
commune. J’ai voulu bien marquer les traits de fa¬
mille qui les relient avant de parler des divergences
qui séparent les deux mss. parce que dans cette re¬
cherche infiniment délicate et compliquée de la phy¬
sionomie des mss. de Villon et de leur filiation, il
*) Je ne multiplierai pas les exemples, seulement j’indiquerai rapidement
dans cette note les autres passages qui d’une façon concluante prouvent
les rapports intimes entre À et B : P. T. XVI 1 pour assigner
(recouvrer), preuve évidente, que tout en n’ayant rien de commun
avec A lui-même, B dérive du ms. original d’A ; P. T. XIX 8. en beaulx
ceps (sez) ; P. T. XX 1. Tt e m ; P. T. XXII 6. lanterne de la
Pierre au L; P. T. XXV 5. desvestuz; P. T. XXVI 7. les
bons moreaux; P. E. XXXI 7. c o u s t e n t ; P. T, XXXV 7. m i s
e n b o n n e. En d’autres passages B à l’encontre des autres mss. et édd. se
rapproche le plus d’A, comme P. T. XX 3, XXXII 4, XXXIV 7, etc.
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convient avant tout de bien tenir le fil conducteur,
dès qu’on l’a trouvé, et ce fil d’Ariadne, qui nous
guidera dans les ténèbres, est la séparation des sour¬
ces du texte de Villon en deux, ou plutôt trois
groupes distincts.
Il y a tout une série de leçons variantes, qui sem¬
blent contredire le fait de la parenté entre B et A.
Bien entendu, nous ne parlons pas de simples inad¬
vertances de scribe-qui ne sauraient prouver que le
manque d’attention du copiste et son incapacité éton¬
nante , ') — mais de leçons fort plausibles données
par B , et qui pourtant ont fort peu de chose de com¬
mun avec A.
Remarquons avant de traiter de ces divergences
que le ms. de Stockholm est évidemment une copie
d’un manuscrit corrigé et glosé, sinon comment
s’expliquer la présence de quelques corrections dans
le corps de notre ms. faites de la même main que
celle qui a écrit le texte. Nous avons cité déjà *) la glose
Davitiques ajoutée au dessus du mot aucten-
tiques (B. T. XXXVII. 3.); en toute probabilité le
scribe s’est hâté d’ajouter la correction qu’il n’avait
pas vue d’abord. Le fait se répète dans la Double
Ballade du Grand Test. Le copiste avait d’abord écrit
J’en suis (fuz) batu, comme arutelles
puis ne comprenant pas cette dernière combinaison
de mots (à ru telles), il l’a raturée et remplacée
par en ru toilles, qu’il avait trouvé certainement
en marge de son ms. 3 )
») Voir P. V. rv. 5, T. 7, VI. 3, VI. 6, IX. 7, etc., etc.
*) p. 46.
s ) De même on trouve dans B, G. T. LXXIII. 3, ne effitcé et rem¬
placé par et.
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I
Pour retourner à notre sujet, faisons observer que
là même où l’on ne trouve plus de traces de ratures
et d’additions, on peut être sûr que le plus grand
nombre des déviations sérieuses de B du texte d’A
doivent leur origine à des corrections arbitraires d’un
glosateur qui ne comprenait plus la langue de Villon
déjà démodée au dernier tiers du XV e siècle.
Ainsi B donne, au premier huitain du P. T:
Considérant ....
Qu’on doit ses amis conseiller
où les autres mss. donnent ses oeuvres conseil-
lier •), et cette dernière expression qui sent son
Froissart et Deschamps *) convient bien à l’entrée
en matière gravement comique du poète qui, comme
Tin chevalier de vieille roche, pour affermir son dire
cite Végèce. La glose dans B est si évidente que
nous ne prendrons pas la peine de la réfuter.
A propos d’une deuxième glose, on nous permettra
bien d’entrer dans quelques détails, parce que la
discussion se rapporte à l’histoire des mots au XVe
siècle, époque d’un intérêt prépondérant pour la for¬
mation de la langue moderne, et qui néanmoins a
été extrêmement négligée par les lexicographes.
*) L’éd. de 1489 donne ses oeuvres employer, autre glose de
conseiller, employer ayant à la fin du XVe siècle un sens plus
large qu’ à présent, comp. : la farce des femmes qui font
refondre leurs maris (Jannet, Ane. Théâtre Fr. I. p. 67):
Mais vous savez que je ne puis
Rien employer si je ne suis
Secouru de vous.
*) Conseillerszdélibérer cfr. Froissart. éd. Luce I. p. 92 et le cod. Voss.
f°. XXX: „nous avons oui vos paroules et leues vos lettres et bien
^examinées à nostre povoir et conseillée s.’ 1 E. Deschamps, éd. St. Hi¬
laire II. p. 55. «Trop longuement sa guerre conseillier” etc.
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P. T. VI 3- 5 le ms. A fait dire à Villon :
Adieu je m’en vois à Angiers
Puis qu’elle (sa dame) ne me veult impartir
Sa grâce, ne la me départir.
Le troisième vers ayant une syllabe de'trop,
Prompsault et Jannet-la Monnoye lisent:
Sa grâce, ne me départir,
et l’interprètent »ni se séparer de moi” (Prompsault).
L’interprétation mot pour mot serait : ni me laisser
partir hors de sa présence. Certes, le vers
reconstitué de cette façon marque assez exactement
la coquetterie de celle que Villon aimait ou préten¬
dait aimer, mais nous doutons fort que le poète sût
écrit une phrase à membres si mal balancés que celle
dont les éditeurs lui veulent donner la paternité. Ce
doute en soi ne vaut rien; mais les règles élémen¬
taires de la critique nous défendent d’ôter du vers
un mot comme la, dont on ne conçoit pas comment
il y serait entré par hasard, et d’y laisser m e, qui
soit comme dittographie de n e, soit par quelque autre
distraction du scribe s’y pourrait fort bien être faufilé.
Il faut donc lire certainement:
Puisqu’el (le) ne me veult impartir
Sa grâce, ne la départir.
Mais alors le dernier vers cité feroit double emploi
« avec le précédent, parce que jusqu’au dix septième
siècle départir sa grâce a signifié: faire part
de, donner sa grâce, ce qui est absolument la
même chose qu’impartir sa grâce')? Nullement,
') Impartir la grâce est fort peu usité dans le'langage poétique
du XVe siècle ; c’est plutôt un terme de droit, du moins on le rencontre
habituellement dans les lettres de rémission, p. e. „se notre grâce et misé¬
ricorde ne lui estoit sus ce impartieLongnon, Paris pendant la domi-
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59
car départir est un de ces mots à face de caméléon,
si communs au XV e siècle, qui peuvent prendre toute
sorte de significations et semblent avoir fait le déses¬
poir des commentateurs et des copistes. Nous mon¬
trerons en note le rôle divers et souvent mal com¬
pris que ce mot peut jouer chez un seul et même
écrivain *), ici, nous nous contenterons de prouver
que dans le langage littéraire du XV e siècle dépar¬
tir peut signifier aussi: ôter, enlever, retirer
entièrement; p.e. Ch.d’Orléans,éd.d’Heric.1124.
La mort départ ce qu’on tient à largessse.
nation anglaise; p. 5 et ailleurs. Observons en passant que souvent dans
les imprimés imparti et mi-parti sont confondus, p. e. Ane. Poés.
IFr. IX 158. „S a n s que P amour soit imparti e.” Alain Char¬
tier éd. G. du Prè. 1529 f°. 196 a. „Si tost qu*amours est im¬
partie” (où quelques mss. donnent m y - p a r t i e), id. Complainte
envoyée aux dames, ms. de la Haye T. 328 f°. 76. „D e bleu et de
■blanc impart y” où partout il faut lire m i - p a r t i. Nous relevons
ce détail pour montrer le soin minutieux qu’il faut y mettre avant de se
prononcer sur la signification exacte d’un mot quelconque.
*) p. e. dans Commines. En dehors de la signification ordinaire de
distribuer, on trouve au. 1er livre (éd. Lengl. Dufresnoy I. 28): *et
les départit” c-à-d. les sépara (comp. Chansons du XVe siècle éd.
Gaston de Paris, p. 125. Q, u i noz amours si toustdesparty
a.); au livre II. ch. 4: „quant le duc vit qu’il ne les pouvait dépar-
t i r.” c-à-d. faire partir; 1. III c. 9 : „la mort qui d e s p a r t toutes
choses et change toutes conclusions” ; enfin un passage fort intéressant,
1. VI. c, 2: „il monstroit vouloir prendre le tout, sans rien laisser à ceste
maison (la maison de Bourgogne) : et croy bien que s’il eust peu tout
despartir et donner à son ayse , et de touspointzladestruire,qu’il
l’eust faict.” Il est clair que le copiste n’a nullement compris ici le sens
de despartir qui ne peut être autre chose qu’arracher, puis
(ju’il a ajouté donner, le sens ordinaire, comme glose. Il est très cu¬
rieux que dans les édd. modernes, celle de Mlle Dupont II. 186 et de
Ohantelauze, p. 432, on ait gardé la glose donner, qui détruit en-
^renient le sens du passage. L’édit, de Chantelauze de Commines, sous
rapport du texte ne nous semble pas marquer un progrès sur celle de
AÆJle Dupont; comp. p. e. Chant, p. 428 et Dupont II. 181 etc.
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60
Garencières, dans une ballade inédite (ms. de la
Bibl. Nat. 19. 139 fr.).
Viengne la mort qui me départira
Les maulx amours que me faictes sentir.
Et voilà comment le vers de Villon garde toute
sa force et son harmonie pour exprimer les manèges
de la coquette. Il y a plus; ces deux expressions:
impartir la grâce et la départir ne sont pas
les premières venues, c’est une vraie trouvaille de
poète, qui veut élever sa maîtresse au rang de déesse,
impartant sa grâce et miséricorde comme un roi,
pouvant la départir aussi, hélas, comme la mort
qui départ toute chose sans laisses d'espoir.
Et l’image du poète se dessine devant nous avec son
adoration excessive d’amoureux et son fonds brutal
de dédain féroce pour la femme, qu’il laisse percer
dans les vers précédents et suivants >).
Il ne faut pas demander le sentiment de ces finesses
du langage poétique aux copistes et aux glosateurs;
le scribe du ms. que B avait devant les yeux ne com¬
prenant pas le sens de départir, a corrigé le vers
de Villon de la façon suivante :
Sa grâce, il me convient partir.
C’est ce qu’on appelle du bathos.
De même, il a eu maille à partir avec le 3 e vers
du huitain VII :
Comme mon pouvre sens tent (tient) dur !
Ce vers si énergique, mais difficile à comprendre
par la forme insolite de tient, et qui devait en
*) E. Zola en parlant d’un jeune homme de vingt-trois ans dit quelque
part: „le dédain féroce qu’il avait de la femme, sous son air d’adoration
amoureuse.”
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61
outre rimer sur le premier vers du huitain, mal
divisé par B *), a été corrigé en :
Gomment mon poure sens conçoit,
un vers bien superflu et bien inepte.
Comme on le voit, partout où la langue du poète
offre quelque difficulté des déviations du texte sur¬
gissent, auxquelles il ne faut pas en vérité faire
l’honneur de les considérer comme des leçons varian¬
tes , mais qu’il faut écarter simplement comme un
remaniement arbitraire d’un texte plus ou moins
correct que le scribe trouvait obscur»).
On nous fera peut-être l’objection s ) que l’évidence
absolue du fait de ces corrections intercalées dans
le texte nous fait défaut, quand même on ne vou¬
drait pas nier, ce qui serait difficile, l’envahissement
du texte par de petites gloses comme davitiques
pour autentique etc. Nous croyons que tous les
doutes se dissiperont par l’inspection du ms. de l’Arsenal
l ) Comp. p. 65.
*) Les autres gloses de B sont : P. T. XIII 6. ung larron pour
le villain glose interprétative, qui a pris la place du texte, et qui
nous indique comment de bonne heure, on cherchait déjà le sens de ce
huitain assez obscur; P. T. XXVII. 4 secourir pour esclaure,
remède arbitraire apporté au texte ; P. T. XXXVI. 6 reprendre pour
respondre, mot archaïque, qui pourtant était encore en usage au
milieu du XVe siècle, (Chroniques de Chastellain éd. Kervyn IV. p. 28.
„Sans maison pour nous responre”, Froissart cod. Voss. 9. f°. 22 repus,
parte, de repondre, f°. 84 reponné); XXXIX. 6. trouver pour
finer. On peut prouver par d’autres exemples que vers la fin du XVe
siècle finer=trouver tombait hors d’usage, ainsi dans la 61e desCt.
£ïouv. Nouv. où le ms. de Glasgow et l’éd. de Vérard emploient f i n e r
1 ’éd. Lenoir de 1600 lit. : trouver, etc.
8 ) On me permettra de bien appuyer sur ce point cardinal pour la cri-
£î<jue du texte de Villon, puisque le bibliophile Jacob, dans son édition
définitive du poète (1877) a recueilli presque toutes ces corrections arbi-
tx“sûres d’après le ms. de l’Arsenal.
62
où l’on verra les glosateurs prendre toutes leurs aises,
mais en dehors de cela nous possédons la preuve
objective de la présence de ces corrections anciennes
dans le ms. Coislin où, dans un passage bien connu,
les mots obscurs remplacés et ceux qui les rempla¬
cent , par un heureux hasard sont restés tous les deux.
Le passage se trouve dans la célèbre ballade et
oraison pour l’âme du bon feu maistre Jehan
C otard. Le 3e huitain commence dans les éditions
modernes :
Comme ung viellart qui chancelle et trépigne
L’ay veu souvent, quand il s’alloit coucher;
Et une foys il se feit une bigne,
Bien m’en souvient, à Testai d’ung boucher.
Il manque quelque chose à ces vers ; ce n’est pas
par faiblesse d’âge, que le bon maistre Cotard, digne
émule de Noé et de Loth chancelle, mais bien pour
avoir trop tâté du piot. Aussi Marot a-t-il changé le
premier vers en :
Comme homme embeu qui chancelle etc. ;
mais un peu de réflexion nous apprend qu’il serait
étrange de prendre comme degré de comparaison pour
peindre l’état de l’ivrogne l’ivrognerie elle-même;
donc il faut garder de toute nécessité le: comme
homme vieil ou comme homme bon des mss.
et édd. •) La faute est autre part; dans le ms. Coislin
le 4« vers se lit:
Bien m’en souvient, pour la pie juchier.
*) La leçon de Jannet-la Monnoye ne repose sur aucune autorité, celle
du ms. de TÂrsenal homme bon est la plus probable ; on sait que
bon homme écait usité pour vieillard.
Mon père et ma mère sy m’ont jpariée
A un vieillart bon homme etc.
dit la chanson du XVe siècle, Gaston Paris, p. 5.
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63
Cette expression juchier la pie ne se rencontre
pas souvent ; aucun lexicographe, que je sache, ne
l’a recueillie, on la retrouve pourtant quelquefois au
XV e siècle, p. e., dans le mystère de Ste Barbe; >)
les mendiants ayant reçu de l’argent de Ste Barbe
disent entre eux:
Allons deviser sur le coude
Tout à coup et croquer la pie,
Et quand sera juchée la pie
Le demeurant aura conseil.
c-à-d.: allons d’abord boire et quand nous avons vidé
nos pots, nous pourrons délibérer sur ce qui reste
à faire.
Qui ne s’aperçoit pas que, dans la ballade, pour
la pie juchier a étrangement perdu la place qui
lui convenait et qu’il faut lire les vers de Villon de
la manière suivante :
Comme homme bon qui chancelle et trépigne
L’ay veu souvent, pour la pie jouchier s ) ,
Et une foys il se feit une bigne
Bien m’en souvient, à l’estai d’un bouchier. *)
*) J’ai pris mes extraits de ce mystère inédit de la copie que La Ya-
lière a fait faire an XVIIIe siècle Bibl. Nat. ms. fr. 24. 335—24.339.
(comp. Petit de Julleville, Les Mystères Lvp. 479.) Les vers cités se
trouvent 24.337. f°. 528.
*) Cotgrave; joncher as jucher.
8 )A l’estai d’un bouchier ne pent pas être une correction de
pour la pie juchier; il manquerait à ce tableau de l’ivrogne titu¬
bant par la nuit dans les rues obscures du vieux Paris un trait caractéristi¬
que , s’il n’était pas fait mention des étaux qui garnissaient la voie publi¬
que; comp. dans l’Amant rendu cordelier en l’observance
d’amours les vers suivants (cités d’après le ms. de la Haye T. 328. f°. 482) :
Quant on va de nuyt par les rues
Et l’en n’ose clarté porter
Il se fault guider par les nues
Qu’on voit au ciel courre et trocter
Et les est aulx qu’on doit taster
En tenant la main à l’esguet (à l’aguet).
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64
Pour la pie juchier c-à-d. pour avoir juché
la pie comme dans la chanson du XV« siècle. Gaston
Paris, p. 86:
Entrée je suis en grant torment
Mon amy pour vous regarder. *)
C’est ainsi que, presque dès l’apparition de ses
poésies, on a tâché de corriger Villon et d’émonder
ses locutions originales et pittoresques. Ici il reste
encore des traces d’un manuscrit qui contenait à la
fois le texte original et la glose, c’est une exception;
mais cet exemple nous justifie amplement de recon¬
naître dans beaucoup de divergences des deux ma¬
nuscrits rien que des changements arbitraires d’un
scribe, apportés dans son manuscrit à lui, sans que
nous admettions pour cela une tradition différente du
texte original qui s’y serait manifestée.
Cependant il est impossible d’expliquer par cette
supposition toutes les déviations de B du texte d’A.
Il reste toujours quelques leçons variantes de B qui
portent en soi plus d’autorité que celle que leur
pourrait donner l’ignorance arbitraire d’un copiste
quelconque. Ainsi P. T. XXII 5. Villon suivant A
lègue au chevalier du guet et à ses sergents deux
beaux rubiz; la leçon nous paraît parfaitement
authentique, le contexte réclamant un legs ironique-
Pour avec l’infinitif dn présent est une combinaison fort usitée an
XVe siècle et essentiellement elliptique; voir une note de M, G. Paris
dans scs Chansons du XVe s.p.69, «pour desployer unebource
de s o v e” signifie, dans ce passage : si seulement il aurait
fallu desployer une bource. On trouve les exemples de cette locu¬
tion dans les oeuvres littéraires non moins que dans les chansons popu¬
laires, ainsi Ct. Nouv. Nuuv. n°. 34: je neme pourroye lever
pour mourir;” c-à-d. dusséje subir la peine de mort; id.
n°. 79: „pour y mettre;” c-à-d. même en y mettant.
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65
ment charitable qui les éclaire par la nuit noire,
(»le ruby reluit en ténèbres comme ung
charbon ardant”») pourtant B parle de leur
beau riblis qu’il leur laisse et le ms. Coislin,qui
nous offre une tradition distincte du texte, est d’accord
avec lui sur ce point :
Je leur laisse ung beau riblis.
c-à-d. je leur donnerai d’après leur souhait une bonne
échauffourrée, car, comme dit un poème du temps:
Prévost, sergens souhaident noise ’).
On pourrait alléguer encore un ou deux exemples *),
douteux il est vrai, mais la preuve la plus concluante
que B (ou le ms. dont il dérive) a été l’objet d’une
révision ou d’une comparaison partielle d’après un
ms. qui n’appartient pas à la famille d’A., c’est la
présence d’un huitain, le XXIII e des éditions moder¬
nes, que l’on ne retrouve que dans le ms. Coislin.
A. la rigueur on pourrait avancer que ce passage a
été omis en A par l’inattention d’un copiste, comme
l’on trouve des omissions dans tous les mss. ; mais
alors il semble bien étrange que ni le ms. de l’Ar¬
senal , ni l’édition de 1489 nous l’ont conservé ; le plus
sûr, croyons nous, c’est de tenir et la variante
riblis et le huitain XXIII pour transportés d’un
x ) Commentaire sur les esches d’amours. Bibl. de la Haye. ms. franç.
u*. 741. f». 364.
*) Ms. de Stockholm n°. 53 franç. f°. 143,
*) P. T. XVIII. 8, À lit: Ne son amy trop surquerir, B avec
le ms. de l’Arsenal donne reqerir au lieu de surquerir. Cette
concordance ne signifie rien, les deux mss. appartenant à la même famille ;
mAàs les éditions du commencement du XVIe siècle, celle de Nyverd et de
ÛAXiot du Pré, où l’on trouve quelquefois des corrections d’après les mss.
0flkr«nt la même variante, ce qui donne une valeur relativement plus
considérable au changement apporté dans le texte par B.
• 5
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06
autre ms., le fait de telles corrections et de tels
suppléments importés n’ayant rien d’insolite, comme
nous le prouverons plus tard.
Ce serait ici le lieu de parler du différent ordre
de succession des huitains du P. T. en B. et de
l’omission d’un seul, le XXIX e .
Mais la discussion du problème s’il serait possible
d’inventer quelque combinaison qui rapprochât les
deux mss. A. et B. sous ce rapport, nous semble
souverainement stérile. Aussi nous contenterons-nous
de donner un tableau exact de la succession des
huitains dans A, B et le ms. de l’Arsenal en regard
de l’ordre suivi dans les éditions modernes d’après
les anciens imprimés. Les quelques observations utiles
ressortant de cette comparaison trouveront leur place
dans le dernier chapitre de cette introduction où
nous traiterons l’histoire du texte de Villon.
Ici nous exprimerons seulement notre conviction
que le manque de concordance entre les séries des
huitains dans les différents manuscrits n’est nullement
le résultat d’une tradition orale qui aurait exercé son
influence sur le texte '), mais qu’il provient de l’état
des manuscrits copiés l’un sur l’autre, en bien plus
grand nombre que l’on ne soupçonne ordinairement.
En résumé, Le ms. B, sans avoir gardé les
traces de l’orthographe du ms. original, appartient
pourtant à la famille d’A, qui nous représente le
mieux l’état du ms. principal de Villon ; le texte
que B donne a subi des remaniements de deux
sortes, l’une par les corrections individuelles d’un
J ) Comme on l’a admis ponr des poésies analogues à celles de Villon,
p. e. les Congés de Jean Bodel, comp, M. G. Baynaud , Romania , 1880,
IX. p. 225.
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67
scribe, l’autre (en bien moindre partie) par la com¬
paraison et les additions d’un ms. d’une famille
distincte.
IV.
En 1866, le bibliophile Jacob, M. Paul Lacroix,
publia un nouveau texte des deux Testaments de Vil--
Ion '), d’après un manuscrit de la Bibliothèque de l’Ar¬
senal, porté sous le titre d’Anciennes Poésies du .
XV e siècle, n°. 316, Belles Lettres Françoises. De
la description que le bibliophile donne de ce manus¬
crit, il ressort que c’est un recueil de poésies analogue
à celui qui comprend le texte du Petit Testament A.
En effet parmi les trente-deux pièces qui le compo¬
sent, on trouve quelques-unes des oeuvres d’Alain
Chartier, l’Amant rendu cordelier de l’Ob¬
servance d’Amour s de Martial d’Auvergne,
l’Epitaphe de Charles VII de Simon Greban
etc. Quant au texte des deux Testaments le biblio¬
phile dans la notice critique précédant la publica¬
tion , le proclame à diverses reprises le «véritable
texte de Villon quoique défiguré par des erreurs de
scribe”*); ce texte se rapproche, selon lui, sou¬
vent de celui que Clément Marot a fait
l ) Les deux Testaments de Villon, suivis du Bancquet du Boys. Nou¬
veaux textes publiés d’après un manuscrit inconnu jusqu’à ce jour et
précédés d’une notice critique par Paul L. (acroix) Jacob, bibliophile.
Paris Académie des Bibliophiles, Décembre 1866.
*) „Un texte”, dit le bibliophile ailleurs dans sa préface, „qui ne
laisserait peut-être rien à désirer, si quelques mots n’avaient été comme
étouffés sous les abréviations de l’écriture, et ce texte, répétous-le, doit
être à peu près conforme à l’original.”
#
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*
imprimer; tandis que le manuscrit entier est
incontestablement antérieur aux premi¬
ères éditions gothiques').
Examinons rapidement ces trois assertions, qui,
si elles se trouvaient fondées, mettraient le ms. de
l’Arsenal en tête des autres.
La conformité de C, — c’est ainsi que nous appel¬
lerons dorénavant le ms. de l’Arsenal — avec le ms.
dont Marot se serait servi pour corriger les anciennes
éditions de Villon, est une simple question de sta¬
tistique. Or, ayant fait un tableau aussi complet
que possible où toutes les variantes des mss. et
éditions anciennes de Villon sont groupées et distri¬
buées , nous pouvons affirmer, sans craindre aucune
contradiction, que pour le Petit Testament il n’y a
pas de passage où l’on trouve sans équivoque le texte
de C seul d’accord avec celui de Marot, à l’exclusion
des autres mss. et édd.
Pour le Grand-Testament la proportion semble bien
plus favorable *) ; on pourrait alléguer une quarantaine
d’exemples où il y a concordance exclusive entre C
*) MM. de Montaiglon et de Rothschild en réimprimant dans le Xe
volume des Anciennes Poésies Franç. pp. 193—222 le Banquet du
Boys se sont élévés contre cette dernière assertion et ont tâché de
prouver, qu’au moins pour la pièce intitulée le Banquet du Boys,
le texte que le ms. d’Arsenal offre, n’est que la copie d’une édition im¬
primée. Quoique nous croyions également que le ms. ne peut dater que de
la fin du siècle, l’argumentation des deux savants ne nous parait nulle¬
ment concluante, et à notre avis, ils auraient bien fait de ne pas négliger
les leçons du ms. de l’Arsenal. De cette manière ils auraient évité des
erreurs manifestes, qui à présent défigurent leur texte.
*) Nous avons laissé hors de ce compte les variantes données par
le ms. de Stockholm, d’abord parce qu’il n'était pas connu du temps que
le bibliophile écrivait sa notice, et en second lieu parce qu’il nous semble
dériver d’une même source que C.
•
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69
et Marot; cependant ce chiffre perd toute sa valeur,
quand on le compare au nombre des passages où
Marot est d’accord avec le ms. Coislin, mais surtout
quand on voit qu’il le faut décupler pour atteindre
le nombre des vers où C et Marot diffèrent. Pour
ces raisons, nous croyons pouvoir affirmer que c’est
un fait solidement établi qu’il n’existe nulle relation
intime entre C et le ms. que Marot aurait utilisé.
Les autres suppositions émises par le bibliophile
tombent' 1 de même.
Loin d’être le premier en date des manuscrits de
Villon, non seulement C vient en toute certitude
après les mss. A et B, mais probablement est le
contemporain des premières éditions. Nous pouvons
en apporter la preuve rigoureuse.
G. T. CXVI. vs. 1, 2. Villon dit:
Item vueil que le jeune Merle
Désormais gouverne mon change.
M. Longnon, dans son Etude Biographique sur
Villon p. 117, a identifié le jeune Merle avec
»sire Jehan de Merle, changeur, bourgeois de Paris”;
nous avons rencontré ce même nom dans les comptes
de Charles d’Orléans '), et la pointe du huitain nous
semble consister en ceci, que tout en instituant
Jehan de Merle, le banquier des grands seigneurs
pour son changeur à lui, le bohème sans le sou,
le poète le taquine sur ses dispositions amoureuses
qui ne conviennent plus à son âge.
Dans quelques éditions du XVI e siècle (Nyverd,
l ) Ms. de la Bibl. Nat. 2159. Pièces originales, Orléans, pièce 663
Avril 1456 : „ Jehan de Marie et Jehan Damian bourgeois et changeurs
de Paris.”
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70
Galiot du Pré) le jeune Merle a été changé en
»le comte Merle”, grand seigneur bien connu de la
fin du XV e siècle qui n’a rien à voir ici ; C de son
côté le nomme Germain de Merle. M. Longnon
a aussi retrouvé ce personnage dans des actes de
1461 et 1470, mais seulement avec la qualification de
«marchant, bourgeois de Paris” ; nous croyons avoir
été plus heureux en découvrant la raison pourquoi
dans le passage cité on a spécialement fait men¬
tion de Germain de Merle; en effet bous ap¬
prenons d’après une notice de la Chronique dite
Scandaleuse qu’au 23 décembre 1475 le roi Louis
XI mit et établit quatre nouveaux généraux-maîtres
des monnaies, entre lesquels Sire Germain de Merle <),
et il nous semble hors de doute que la leçon va¬
riante de C fait allusion à la nouvelle qualifica¬
tion de ce personnage, qui, auparavant, n’aurait
su trouver sa place dans des vers de Villon où
il est question de monnaies*). De cette façon la
copie n’aurait pu être écrite que vers la fin du règne
de Louis, mais nous inclinons à la croire encore
plus jeune, parce que le nom du jeune Merle
n’est pas le seul qui a été remplacé. Au G. T. VII.
l ) Collect. de Mémoires ed. Petitot XIV. 29.
*j Le remplacement de noms de personnes inconnues ou vieillis par des
noms plus connus ou plus populaires est un fait ordinaire dans les mss.
et les anciennes édd. Le plus célèbre exemple certes est celui de Louis
XI qui, grâce à la supercherie d’un libraire, a eu les honneurs de la
paternité des Cent Nouvelles Nouvelles. Wright dans son édition d’après
le ms. de Glasgow l’a déjà amplement prouvé, mais il n’a pas réussi à
déraciner une opinion et un préjugé populaires. Nons espérons bientôt
pouvoir publier un travail, dans lequel nous montrerons quel est le véri¬
table auteur des Cent Nouvelles et dans quel milieu, ou plutôt dans quels
milieux, ce recueil de contes est né.
(
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71
8. le poète commence son remercîment au roi en
ccs termes :
Loué soit il (le filz de Dieu), et Nostre Dame,
Et Loys, le bon roy de France.
i Le scribe du ms. C ayant écrit le nom du roi,
1 a effacé plus tard et mis à sa place celui de C h a r-
les. L e bibliophile Jacob, dans cette substitution
duri roi à un autre, voit un précieux indice de
1 existence d’une tradition reconnaissant le roi Char¬
les vil
dure
comme celui qui avait délivré Villon de la
prison de Meung. Mais, tout bien considéré,
la Se ule conséquence qu’on puisse tirer de la substi-
tution de noms c’est que le copiste vivait sous le
re gne de Charles VIII.
Le ms. C. est donc probablement de dix ans ou
Plus postérieur à B, mais néanmoins il a mieux
gardé, comme nous l’avons montré plus haut, les
toaces de l’orthographe du ms. original. D’un autre
Coté il indique un pas grave en avant sur la route
de la détérioration du texte par les gloses arbitraires
et les vers nouveaux ajoutés.
Cependant même sous cette couche alluviale on
peut reconnaître la parenté qui unit C à B et leur
commune provenance d’un ms. qui a servi aussi
d’original à A. ')
Ce ms. original dont A est une copie pleine de
fautes, mais pourtant assez fidèle a donné lieu , sem-
l ) Nous avons prouvé par P. T. XVI. 1. que B. ne peut pas dériver
de la copie A. C., tout aussi bien que B en est indépendant, comme on
\e voit par P. T. II. 3 où A porte :
Que les loups vivent de vent
tandis que B et C donnent la vraie leçon.
Que les loups se vivent (du) de vent.
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72
ble-t-il, à de nombreux descendants ; c’est d’un de
ceux-ci qui possédait déjà un commencement de
gloses et de corrections que dérivent, indépendam¬
ment l’un de l’autre, B et C. >)
Tous les dèux donnent: P. T. VI. 5. il me con¬
vient partir, P. T. VII. 1, 3. Combien que
le départ me soit et Comme(nt) mon poure
sens conçoit, vers refaits dont nous avons parlé
précédemment. C cependant ne se contente pas de
cette escapade, mais offre une version originale des
vers suivants. A et B portent (je laisse de côté
quelques variantes insignifiantes) :
Autre que moi est en queloingne,
Dont oncques soret de Bouloingne
Ne fut plus altéré d’umeur.
Les éditeurs modernes depuis l’abbé Prompsault
jusqu’à M. Moland n’ont pas compris toute la gamme
de sentiments ni leur expression violemment heurtée
que Villon a mises dans ce huitain*); disons le mot,
ils n’ont nullement compris le génie du poète, qui
aime à dérouter ses auditeurs (et qui y a singulière¬
ment réussi) en soulignant ses vers pathétiques d’un
sarcasme grossier, — que l’on croit en route pour les
régions de l’idéal ou du sentimentalisme chevaleres¬
que et qui brusquement se retourne, lance un mot
*) Un ou deux huitaine du P. T. qui offraient de grandes obscurités
ont été déjà corrigés dans ce ms. mère de B et C d’après une tradition
commune aussi au ms. Coislin et aux anc. édd. ; comp. les var. de P. T.
XX. 6 et S. Dans ce huitain pourtant qni a de fort bonne heure subi les
corrections des glosateurs, l’origine distincte d’A, B et C apparaît encore
clairement sons les défigurations qu’a reçues le vers 3 de ce huitain. Plus
loin nous essayerons d’expliquer ces divers feits.
*) Comp. Longnon, p. 69. note.
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73
obscène ou burlesque et part en riant. Dans le pas¬
sage cité plus haut il a voulu marquer la sensa¬
tion de soif qui l’a prise après s’être vu trahi. Il
aime à se nommer sec et noir comme esco-
villon (P. T. XL. 4.) et ce n’est pas à nous de
détailler tous les sentiments et toutes les idées qui
se rapportent à cette soif que le poète ressent; il
nous suffit pour éclairer le passage d’indiquer la façon
identique dont Rabelais s’exprime : «Mais le paouvre
Panurge en beut vaillamment, car il estoyt eximé
comme ung haran soret”. (Livre II. C. XIV.) ')
Que nous offre C en échange de cet amant desséché
de chagrin et de jalousie, assoiffé de vengeance, qui
se sent les tempes battre et la gorge brûler et qui
vrai gamin de Paris se blague lui-même en se com¬
parant à un hareng-saur de Boulogne? C lit:
Autre que moy est en quelongne ,
Qui plus billon et plus or songne,
Plus jeune 2 ) et mieulx garny (Tumeur.
Comme nous voilà loin de Villon ! Mais m’objectera-
t-on ces vers comme les autres vers refaits dont C
abonde peuvent appartenir à une seconde rédaction
du poète. Examinons donc cette question systémati¬
quement et sans parti pris.
D’abord, un groupe de variantes de C sont de
simples gloses d’expressions vieillies que te scribe ne
comprenait plus et qu’il a souvent fort maladroite¬
ment remplacées. Dans cette catégorie rentrent: P. T.
4 où A et B lisent :
) Ane. Poés. Franç. II. 3î8 il est parlé de Saint Harenc: „raaU
ien souvent vouloit il boire”; ibid. Y. 113. oir parle du „bon h&ren sor
• Boulongne.”
) La qualification de „plu8 jeune” est au moins étrange ; à cette épo¬
que là YiUon avait environ 25 ans.
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n
.... On nom du Père
... Et de la glorieuse mère
Par qui grâce riens ne périt ;
c-à-d. »par la grâce de laquelle rien n.p.”');
C ne comprenant plus cette locution démodée donne :
Par qui grâce point ne périt.
P. T. XVI. 1: pour assigner la vie, ce qui
est le vrai terme *) , C donne : pour asseurer
la vie; P. T. XXXVI. 5, où C. de même que B
lit reprendre pour respondre*); etc.
On trouve ensuite une autre espèce de changements
introduits dans le texte de C et qu’il a de commun
avec beaucoup d’éditions revues et corrigées de la
fin du XV e siècle, je veux dire les expurgations
morales.
Tout le monde se rappelle le petit tableau noir,
mais bien vivant suspendu par Villon dans un des
coins de sa galerie du Grand Testament, où il a
rassemblé quelques pauvres vieilles femmes autour
d’un petit feu de chènevottes regrettant entre elles
le bon temps perdu, et demandant raison à Dieu,
*) Cette expression habituelle à la première moitié du XVe siècle
(p. e. cod. Yoss. 9. des Chroniques de Froissart de la Biblioth. de
Leide f°. XXXVIII: „le conte de Hainault par qui conseil ils
ouvroient ,*’ dans l’édit, originale cette parenthèse manque, éd. Luce I. p.
129) se retrouve dans les chroniques de Chastellain, le contemporain de
Villon, éd. Kervyn, V. 338 „par qui mai n”, et ailleurs.
2 ) Comp. Ct. Nouv. Nouv. n°. 2: „qu’il luy baille et assigne, ainsique
à son estât appartient, sa vie honnorablement.” Farce du nouveau Marié
(Ane. Th. Franç. éd. Jannet. I. p. 18. „Ma vie seroit bien assignée.”
Comp. aussi les ordonnances sur le faict des rachapts des rentes de la
ville et faulsbourgs de Paris, faictes par le Boy Charles Vile Pan 1441.
*) Voir p.
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75
pourquoi leur jeunesse s’est si tôt passée ; et notre
poète narguant et la Providence et les pauvres
sottes fait la réflexion suivante :
Notre seigneur se taist tout coy,
Car, au tencer, il le perdroit. G. T. XLVI. 7. 8.
L’édition de 1489 recule devant ce blasphème et
donne naïvement:
Tout le monde s’en taist tout coy,
Car, au tencer, o n le perdroit.
On voit par là que le ton plus libre, qui régnait
dans les cercles où circulaient les manuscrits n’était
plus de mise devant le cercle bien plus élargi de lec¬
teurs que trouvaient les livres imprimés, ou encore
et plutôt le public qui goûtait les productions lit¬
téraires , s’était transformé durant la seconde moitié
du siècle. Au lieu de la chevalerie brillante et railleuse
dont l’esprit s’était frotté dans toutes les cours de
l’Europe, la grave bourgeoisie commençait à lever la
tête et tâchait de se dégourdir le cerveau ; elle aimait
la gaudriole, elle aimait encore, beaucoup même,
l’obscénité grossière ; mais sur les choses divines, elle
n’entendait point raillerie, et les libraires ou les scri¬
bes guettant le ton de la société adoucissaient les
expressions trop fortes, expurgeaient et effaçaient ').
l ) Les exemples abondent. Nous les priserons dans un seul livre po¬
pulaire , les Cent Nouv. Nouv., pour montrer que bien vraiment un système
préside à ces remaniements du texte. Nouv. XXIII (p. 98. de l’éd. Garnier
1863) le ms. de Glasgow : „D i e u s c e tl'éd. Vérard et l’éd. Lenoir
de 1600: „assez.”; Nouv. XXVI. (p. 116) ms.: mais à deable
Gérard s’il parla onrques deBraban t.” V. et L. : „m a i s
au regard de Girard” etc.; Nouv. XXVII. (p. 129) ms.: (il est
question du mari) „comme ung chie n”, V. et L. : „c o m me c e 11 u y,”
(bien curieuse cette variante-là!); Nouv. XLII. (p. 203)ms.; „par mon
c r é a t e u r”, V. et L. : p a r mon serment”; Nouv. XLVII (p. 224)
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76
L’édition de 4489 nous le prouve. Le ms. C omet le
huitain cité, mais son copiste donne dans le même cou¬
rant d’idées, P. T. XY. 3 où il change la leçon reçue:
Car le Saint Esprit l’admonneste,
en
Charité m’y admonneste.
La charité voilà ce qu’on pourrait encore tolérer,
pour le Saint-Esprit c’est autre chose. Et peut-on
douter lequel de ces deux vers est l’original !
Ceci soit dit pour les gloses proprement dites ; quant
aux autres passages leur insipidité complète trahit
clairement la main d’un copiste comblant la lacune
d’un vers effacé ou mal compris par le premier
assemblage de mots venu qui lui passât par la tête *).
ms * : „s i s’advisa, comme Dieu le vonlt, ou comme for-
tnne le consentit”; V.: n si s 1 advisa, comme j’espère que
Dieu le voulut ou que fortune etc. L. omet ce passage ;
Nouv. L XXXVIII (p. 369) ms. : „v r a y Dieu de Paradis” V. et
L. omettent cette exclamation; Nouv. LXXXIX (p. 372) ms.: ^devant
l’aultier”, V. et L. „en son prosne (?)”. Nouv. XCVI (p. 390)
ms. :„Et de ce siècle tout droit au paradis des chiens
alla”. V. et L. omettent ce passage, etc. etc.
*) Comp. G. T. XIX. 4 ss. Un passage qui offre plus d’intérêt est celui
du P. T. XXXIX. 7.. où C remplace la leçon d’A : „Si m’endormy
tout enmouftlé” par „C’estoit assez tartevelé”, c-à-d.: Il
fallait finir, c’est assez blagué, uri vers dont le sens n’est
pas celui que le contexte réclame % mais qui est né par la nécessité de
remplir un vide causé par l’usure du dernier feuillet du volume. Tarte-
v e 1 e r, inconnu, que je sache, aux lexiques et aux lexicographes est un
de ces mots bizarres introduits dans le langage littéraire par le goût per¬
verti de la fin du XVe siècle. Je ne l’ai rencontré qu’une seule fois au
cours de mes lectures dans le mystère de St. Genis (ms. fr. Bibl. Nat
n°. 12637, une copie de régisseur de la fin du XVe ou du commencement
du XVIe siècle. Comp. aussi Petit de Julie ville, les Mystères. II. p. 620).
Un des mimes ‘ qui joue d’un instrument dont la corde se casse, dit à
ses compagnons :
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77
En dehors de ce remaniement complet du texte
que le ms. C a subi, on y trouve, comme dans B,
des corrections introduites soit d’après d’autres mss.,
soit d’après les imprimés, ce qui peut paraître in¬
vraisemblable seulement à celui, qui ignore combien
longtemps les mss. et les éditions imprimées, se sont
côtoyés pour ainsi dire dans l’usage.
Ces corrections ne semblent pas puisées à la même
source que celle d’où B les a tirées ; du moins, pour
prendre un fait bien caractérisé, C ne donne pas P.
T. XIII. 8. assommer pour estrangler, leçon
étrange commune à B et au ms. Coislin. '). D’autre
part P. T. XVIII. 7. seuls C et les imprimés don¬
nent la leçon fautive:
On ne doit trop prendre des siens.
qui est une correction malhabile du vers tronqué :
On ne doit prendre des siens.
Mais je n’ai pas l’intention de me perdre plus en
avant dans le dédale des conséquences que l’on
pourrait tirer des corrections apportées postérieure¬
ment au texte. Pour reconstruire avec quelque auto-
Je voudroy que fuissies à naistre,
9 Trestous par vostre janglerie,
Par vostre tartavellerie
Mon instrument est indiscort.
Evidemment tarteveler a le même sens que j a n g 1 e r. Nous re
parlerons amplement de ce verbe parent de Tartufe à propos de l’his-
toire de ce dernier mot que nous avons retrouvé dans les langues secrètes
du XVe siècle.
x ) Le huitain XX, dans lequel B. et le ms. Coislin substituent r i b 1 i s
à la leçon : rubis d’A et de l’éd de 1489, manque malheureusement
dans C.
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78
rité l’histoire en détail des manuscrits de Villon,
il en faudrait posséder un nombre plus considé¬
rable , plus en rapport du moins avec celui qui en
semble avoir existé. Contentons-nous des grandes
lignes de l’histoire schématique, si cette expression
est permise.
Nous faisons suivre le tableau de l’ordre de suc¬
cession des huitains du P. T. dans les mss. A, B et
C en regard de l’ordre habituel observé dans lçs
éditions modernes qui sous ce rapport marchent en¬
core sur les traces de l’édition de 1489.
éd. Jannet.
A.
B.
c.
Remarques.
I—III
I—III
I—III
I—III
(IV—IX)
IV—IX
IV—IX
IV-IX
A, B et C donnent
seuls ces six hui¬
X, XI
X, XI
X, XI
X, XI
tains.
XII
XV
XII
XII
XIII
XXII
XXI
XVIII
XIV
XII
XIV
XXX
XV
XIII
XV
XXXI
XVI
XIV
XVI
XXXII
XVII
XVI
XIII
XIII
'
XVIII, XIX
XVII, XVIII
XVII, XVIII
XIV, XV
XX, XXI
XX, XXI
XIX, XX
XVI, XVII
XXII
(XXIII)
XIX
XXVII
XXXII
Ce huitain man¬
que dans C.
Seuls B et le m&
Coislin donnent
XXIV
XXIII
XXII
XIX
ce huitain,
\
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79
éd. Jannet.
A.
B.
C. Remarques.
XXV, XXVI
XXIV, XXV
XXV, XXVI
XX, XXI
XXVII,XXVIII XXVI, XXVII
XXIII, XXIV
XXII, XXIII
XXIX
XXVIII
XXIV Ce huitain man¬
que dans B.
XXX
XXIX ,
XXXIII
XXV
XXXI, XXXII
XXX, XXXI
XXVIII, XXIX
XXVI, XXVII
XXXIII
XXXII
XXXI
XXVIII
XXXIV
XXXIII
XXX
XXIX
XXXV—XL
XXXIV-XXXIX
XXXIV-XXXIX
XXXIII-XXXVIII A, B et C donnent
seuls les huitains
XXXVI* XXXIX
(ed. Jannet).
v.
Le quatrième manuscrit dont il nous faut parler
a présent, est un in 4° sur papier inscrit au n°. 20-
044 des mss. franç. de la Bibliothèque Nationale (n*.
1662 du fonds Saint-Germain) ; il prévient de la bi¬
bliothèque du duc de Coislin, qui le légua à l’abbaye
Saint-Germain-des-Prés. ■) Ce volume contient : 1°. le
rommant de Melusine (le rommant de Parthe-
n fy) i 2\ l’Epitaphe de Villon (Jannet p. 101),
3- le Petit Testament Villon, 4°. l’Appel
dudit Villon (Jann. p. 104), 5°. Le grant tes¬
tament Villon (grant est uhe correction ajoutée
Plus tard), 6°. Espitre (Jann. p. 111), 7°. Pro-
lème (Jann. p. 120) puis finit sur les mots sui-
*) Cï ®paux, Villon, p. 368 .
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80
vants: Explicit le testament maistre fran-
coys Villon.
Il est, croyons nous, impossible de fixer même
approximativement la date de ce manuscrit ; on pour¬
rait le mettre tout aussi bien au commencement du
XVI e siècle, qu’à la fin du XV e ; en tout cas D —
ainsi nous nommerons désormais le ms. Coislin —
ne nous semble pas antérieur aux premières éditions
imprimées de Villon. C’est l’impression générale, ré¬
sultant de la lecture attentive du ms., qui nous fait
émettre cette dernière opinion, mais cette impression
est corroborée par quelques petits détails de versifi¬
cation , auxquels en l’absence d’autres témoignages
il faut bien attacher de l’importance.
Ainsi nous remarquons déjà dans l’édition de 1489
la tendance de ne plus laisser aux terminaisons oient
de l’imparfait et du subjonctif et à aient leur valeur
de deux syllabes, mais de les compter pour une,
contrairement à l’habitude constante de Villon et de
l’école littéraire à laquelle il appartient. ')
On voit que pour le copiste de D aussi ces syl¬
labes féminines 1 ), comme on les appelait au
l ) Voir Quicherat. Traité de versif. p. 434. Tobler. Vom franz. Yersbau.
p. 35. Mais on verra par les passages que nous citerons de Villon, com¬
bien il est nécessaire de soumettre d’abord les vers cités en exemple à
une critique minutieuse, puis de distinguer les écoles littéraires et les
périodes du XVe siècle. L’éd. de 1489 refait G. T. IV. 8 de la façon sui¬
vante : Tous ses faictz soient à Dieu remis, (soient
monos) il faut lire: Quoy qu’il m * a i s t fait à Dieu remis;
G, T. XXIX. 7, aient monos., G. T. CIII. 5. estoient de deux
syllabes (en ôtant de ce vers e t, d’après les mss., on rétablira la me¬
sure). Ballade des femmes de Paris vs. 13, soient monos. (au lieu de
Normandes il faut lire Grecques) etc. On pourrait faire les mêmes
observations à propos des éditions et des mss. d’Alain Chartier.
*) Voir L’art et rhétoriqae de faire rimes de Henry deCroy,éd. Vérard.
1493. (réimpr. dans Poésies des XVe et XVIe siècles. Paris, Silvestre
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XV® siècle, n’ont pas de résonnance; il com¬
mence à glisser de petites corrections dans le texte
ou d’interpoler des pronoms personnels superflus pour
remettre le vers sur ses pieds, à ce qu’il croit. Par
exemple, P. T. XXV. 7. D. lit:
J’ordonne qu’ils seront pourveuz ;
au lieu de: qu’ilz soient, et G. T. XXIX. 7.:
Respit ilz aient en paradis;
au lieu de: Respit aient.
Que ceci suffise pour montrer que D n’est pas un
manuscrit relativement ancien ; heureusement nous
pourrons déterminer avec plus de précision sa phy¬
sionomie à lui et la place que son texte prend dans
la série des mss. de Villon. Mais auparavant il faut
encore faire une observation sur l’extérieur de D.
On remarque quelques corrections , pas trop fréquen¬
tes cependant, ajoutées dans le corps du texte par
une main postérieure ; quelquefois même on a gratté
le passage d’une telle façon, qu’il ne reste plus de
trace de la leçon originale. Quelle valeur faut il at¬
tribuer à ces corrections ?
P. T. II. 6, D porte :
Me vint vouloir de briser.
Il manque une syllabe à ce vers; on a ajouté en
1830—1832). On n’a pas encore remarqué, à ce que ie crois, que cette
édition Croy-Vérard est un nouveau cas de la supercherie littérairef si
commune au XYe siècle. En effet cette rhétorique n’est pas du tout
l’oeuvre de de Croy, mais bien de Molinet, comme il sera évident pour
quiconque se voudra donner la peine de comparer l’art de rheto-
ricq ne, faisant partie du recueil ms. franç. Bibl. Nat. 2375 f°. 14 ss.,
avec le texte imprimé.
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82
marge pour cette raison: Y, apparemment pour il:
il me vint vouloir etc. La correction n’a aucune
autorité, il faut lire avec A: Me vint ung vou¬
loir etc. 1 )
P. T. XV. 8, D lit avec les autres :
Qu’on lui baille l’Art de mémoire ;
plus tard on a effacé mémoire et mis à sa place
gramoire, correction stupide s’il en fût, parce
qu’elle ôte tout le sel comique au passage du poète,
qui veut donner à entendre que Robert Vallée (auquel
il lègue l’art de mémoire) est un niais et un
*) Pour ne pas interrompre à tout propos mon argumentation, je prou¬
verai mon dire en note. Le vers boiteux que D nous offre est intéressant
pour sa lacune même. Il nous représente fidèlement l'état du ms. d'où non
seulement D mais aussi les anciennes éditions dérivent qui lisent toutes:
Me vint voulenté au lieu de vouloir pour suppléer au manque
d'une syllabe. Ce n’est certainement pas voulenté qu’il faut ici, vôu-
lenté et vouloir ayant des significations différentes assez bien définies
chez les poètes du XYe siècle: Ch. d’Orléans I. 27. En mê donnant
de mes vouloirs partie; vouloir = désir, souhait ; ms. B. N.
1727. fr. f°. 96. En ce vouloir ferav ma destinée; vouloir =
aspiration, pensée qui occupe toute l'attention ; il faut comparer le passage
du Petit Test, avec les vers suivants d’Alain Chartier, dont Villon a beau¬
coup imité et parodié la phraséologie, L'ospital d’Amours (ed. G. du Pré,
1529. p. 271) :
En ce seul vouloir de mourir
Je passay toute la nuytie.
Evidemment, si l’on veut bien se pénétrer du sens que Villon a mis
dans le second huitain la leçon d'A est la seule vraie ; n’est ce pas que
le poète veut dire : Au milieu de l’hiver, lorsque tout nous contraint à
rester auprès du feu, il me vint soudain une pensée, un désir irrésistible
de quitter tout ?
La leçon de B et C : le vouloir me semble d’un effet bien plus
faible. Il est probable que dans le ms. original il y avait 1 vouloir,
et que cet article figuré par un chiffre a été mal compris.
83
vantard qui promet monts et vaux, mais oublie
de tenir ses promesses. ')
Grand Test. XXV. 8, D offre la même leçon que
les mss:
Car la dance vient de la pânce,
puis une autre main a corrigé;
Car de la pance vient la dance.
La variante n’est pas d’un grand intérêt, néanmoins
il in».porte de remarquer, qu’elle est fautive, parce-
que "Villon et son époque aiment les rimes riches et
que le vers correspondant finit par récompense.
La conclusion est facile à faire: il faut négliger
absolument les changements écrits postérieurement
et d’une autre main à la marge ou dans le texte de
D, parce que ce sont des conjectures individuelles de
quelque propriétaire du manuscrit. *)
Revenons au texte de Villon. Et d’abord, D se
distingue radicalement des autres mss. parce qu’il
omet, six huitains au commencement du Petit Test,
et quatre à la fin, les n«. IV-IX et XXXVI-XXXIX
de l’édition Jannet. Par là il se rapproche des éditions
anciesunes auxquelles ces huitains manquent égale¬
ment. , et qui donnent les autres dans un ordre de
succession à peu près conforme à D. *)
*) Pour la preuve nous renvoyons le lecteur à notre commentaire sur
les Yiuitains XIY, XV, XYI.
Ainsi nous ne reconnaissons aucune autorité à la variante que D
apporte de son côté aux différentes leçons de P. T. XXXIY. 7 :
pour ly donner encorez mieulx;
1 y et’encorez ont remplacé deux mots qui sont devenus illisibles.
*) I/exception est formée par la série des huitains XIII—XYI en D
qui correspondent aux nos. XYI, XIY, XY, VII des anciennes éditions,
nos. XXII, XX, XXI, XIII de l’éd. Jannet-
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84
En revanche ce manuscrit nous offre un huitain,
le n°. XVII, (XXIII de Jannet) de plus que les mss.
A et C et les anciens imprimés ; celui-ci ne se re¬
trouve que dans B et il est difficile d’en expliquer
l’absence dans le reste. Peut-être qu’il a été rayé dans
un des manuscrits principaux, et que les copistes
ne se sont pas donné la peine de le transcrire. Nous
reconsidérerons ce point, quand nous traiterons de
l’histoire du texte de Villon.
Il y a bien d’autres raisons encore qui nous forcent
de reconnaître en D une tradition du texte diffé¬
rente de celle du groupe A B C et alliée à celle des
anciennes éditions imprimées. Voici les principales
données à l’appui de cette opinion :
P. T. II. 8, D et anc. édd. fai soit, la bonne
leçon, contre souloit du groupe ABC').
P. T. XII. 3, D et anc. édd. avec la mule, la
bonne leçon, contre ou la m. du groupe AB C »).
P. T. XVII. 1, D et anc. édd. je assigne, mau¬
vaise leçon de pour assigner, la bonne à laquelle
on peut ramener les diverses leçons du groupe ABC 5 ).
Quoique tout doute soit exclus que je assigne ait
été écrit par le poète, il vaut cependant bien la
peine de s’arrêter pendant quelques instants à ce
passage, puisqu’il nous fait toucher du doigt, pour
ainsi dire, le ms. original d’où tous les manuscrits
dérivent. En effet, on peut se figurer un état du
texte qui rend la confusion entre pour assigner
et je assigne possible et même probable.
*) Voir p. 54.
J ) Voir p. 55.
*) Voir p. 74.
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85
D’abord l’infinitif en -er dans les manuscrits du
XYe siècle est souvent écrit sans l’r de la terminai¬
son,») et le texte de Villon ne fait pas exception.
G. T. CXXIII. 6, l’éd. Jannet-la Monnoye donne
d’après D :
Qui faict aise jeune en jeunesse ;
où il faut lire avec l’éd. de 1489 :
Qui faict a i s e r jeune en jeunesse 8 ).
D’autre part l’abréviation qui figurait par ou pour
ne paraît pas avoir été très-facile à distinguer dans
le ms. original du poète ; du moins elle a donné lieu
à beaucoup d’erreurs, p. e. au P. T. elle a été par
deux fois confondue avec en; XXV. 1:
Item je laisse e n pitié,
où il faut lire: par pitié, et XXIX. 5:
Aux pigons qui sont en l’essoine,
où il faut lire: par essoine 3 ).
*) Je prends le premier exemple qui s’offre: ms. fr. B. N. 1727 f°, 127
mais si j’eusse dame entente, pour : d’a m e r.
a ) B porte: Qui fait oser; C. Qui fait jeune cuer en j.
D’autres exemples se trouvent, G. T. CXXIX. 5: B, C, D, Car au
Pas conquester l’a la, éd. 1489 conquesté celle a; G. T.
CXLIII, 2. C, D, Donne, n’a povres hospitaulx, éd. 1489,
Donner, n’aux p. h. ; etc.
8 ) Un grand nombre s’erreurs s’est glissé dans les textes du XYe siècle
par suite de l’abréviatiou usitée de par et pour. En voici un bien
curieux exemple ; dans le Débat des deux seurs disputant d’amours (Ane. Poés.
Franç. IX. 112) on lit: Et fault que l’ung soit vostre père
Qui est plus jeune de dix ans. Que vous ne l’estes, etc.
Il faut corriger avec le ms. de la B. N. 1642 fr. et le ms. de la Haye T. 328 :
Qui e s t plus jeune à veoir par ans, comme la rime exige.
La faute est très-facile à expliquer ; quiconque a quelques notions de l’écri¬
ture cursive du XYe siècle sait qu’il n’y a qu’une différence minime entre
le compendium de p a r et le chiffre romain d i x.
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86
Donc la variante de D et de l’éd. de 1489 nous
représente non pas une leçon nouvelle, mais un
déchiffrement indépendant d’un texte où la distance
entre je assigne et p. assigne n’était pas fort-
grande, un texte qui doit en outre avoir été la
source originale, d’où la tradition de tous les mss.
et des édd. anciennes dérive puisque dans ceux-ci
nous pouvons suivre partout la ramification de cette
orthographe et de cette abréviation.
Le même raisonnement peut s’appliquer à sou-
loit et faisoit, à ou et avec , comme nous l’avons
déjà démontré.
Continuons à noter la conformité entre D et les
anc. édd :
P. T. XVII. 1. laisse en pur don, A, B, C:
laisse et donne e. p. d.
P. T. XVIII. 1. jeune homme, A,B,C: noble
homme.
P. T. XVIII. 8. ses amys, A, B, C: son amy;
etc. »).
Toutes ces variantes, hormis une ou deux qui
sont probablement des gloses (P. T. XTIII. 1. jeune»);
XXVI. 7. maint) se peuvent expliquer par la sup-
l ) Voici le reste du relevé complet de la concordance entre D et les
anciennes édd. : P. T. XX. 2. Perches^ poussins etc. ; XXII. 6. à
la Pierre au L. : XXXV. 4 XXVI. 3. Des prins de biens etde
p a r e n s ; XXVI. 7. maint bon morceau; (XXXII. 4), XXXIII. 2.
Jeban l’Espicier; XXXIV. 8. prince les donne; XL. 2.
bon renommé.
*) Je soupçonne fort la correction jeune pour noble avoir été inspi¬
rée par la tendance d’adoucir tout ce qui a rapport à la noblesse. 11 n’était
pas séant, probablement, que dans les vers de Villon le souvenir se per¬
pétuât d’un noble homme qui avait donné son nom au gibet de Pans,
Comp. pour cette tendance la fin de la XVille des Ct. Nouv. Nouv.
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87
position d’un déchiffrement indépendant du ms. ori¬
ginal, de sorte qu’elles nous donnent quelques indi¬
cations précieuses sur la constitution de ce texte prin¬
cipal , dont D, tout comme les anciennes édd., nous
retrace quelques signes distinctifs par rapport à l’or¬
thographe.
A quel degré ce texte, source de nos mss. et des
édd. anciennes, avait-il déjà subi des remaniements ?
Rappelons-nous la glose que nous avons rencontrée
au h. XX. du P. T. :
Cloz et couvert, au feu la plante,
au lieu de :
Le dos aux rais, au f. etc. ‘).
Seul le ms. A donne ce dernier vers ; la correction
se trouve dans B et C d’un côté, dans D et l’éd. de
1489 de l’autre. Qu’en conclure? Que les mss. B et
C, qui appartiennent à la même famille qu’A, ont
été revus d’après un ms. mère de D et des édd.
anciennes ? Nous avons démontré que dans B il y
a des corrections importées d’un ms. qui ne devait
pas trop différer de D 2 ); mais il nous semble im¬
possible d’étendre cette même révision jusqu’à C,
d’après le ms. et d’après l’éd. Vérard (dans l’un c’est le courtois
gentil homme qui laisse couler le sonnet, dans l’autre c’est
la chambrière). Les divers remaniements des XV Joyes de
Mariage sont aussi fort intéressants à cet égard. Mais cette matière
est trop giave pour la traiter, en passant, dans une note.
*) Voir p. 21, ss.
*) À présent que nous avons prouvé le lien qui unit D et les anc. édd.
nous pouvons donner la liste exacte des corrections empruntées par B
à un ms. de la famlle de D. Ce sont: P. T. XIII. 8. Assommer *,
XXII. 5. ri b lis; XXIY. 4. Envers; XXXIV. 5. Quant,
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88
les données ne justifiant pas cette supposition. Ici la
glose que nous avons remarquée dans la Ballade et
Oraison pour l’âme de Cotard (voir p. 62, ss.)
nous donne quelque lumière. Cette correction doit
être fort ancienne puisqu’elle se trouve dans tous les
mss. et les anc. édd. et que rien qu’un manque d’atten¬
tion du scribe nous a conservé le passage original.
Mais alors on ne peut se soustraire à la conclusion
que le ms. principal d’où notre tradition du texte
de Villon dérive, possédait déjà quelques gloses écrites
à la marge ou dans les interlignes. La copie-mère
d’A B et C doit avoir possédé aussi bien le texte
que ces annotations marginales ; puis les différents
scribes ont fait leur choix des gloses et les ont re¬
cueillies dans le texte suivant leurs caprices et leurs
habitudes. Le copiste du ms. qui est le parent de D
et des édd. anc. doit avoir transcrit l’original de la
même manière, et ainsi s’explique comment dans
deux familles distinctes de mss. les mêmes gloses se
retrouvent.
Nous pouvons indiquer à présent une autre glose,
fort ancienne assurément, qui s’est glissée dans le
texte, et qui le rend tout à fait incompréhensible 1 ).
Au huitain XXIX Villon fait un legs aux prison¬
niers qui subissent leur peine dans les cachots; il
leur donne la crosse, c-à-d. le bâton qu’ils rece-
*) .Nons avons prouvé, comme l’on se voudra bien rappeler, qu’A aussi
doit provenir d’un ms. glosé, voir p. 45—47,
*) Voilà bien du temps perdu dira-t-on à discuter ces détails ! Je ren¬
voie les impatients aux éditions modernes de Villon, où il semble que
régulièrement on a pris le plaisir pervers de garder les mauvaises leçons,
qui ne signifient absolument rien et de rejeter les bonnes, qui peignent
admirablement une situation comique.
V
\
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/
89
vaient peut-être régulièrement chaque jour, même
sans que le poète eût besoin de le leur léguer. Le
don semble médiocrement spirituel :
Item et j’ordonne la crosse,
aussi le poète se reprend-il et ajoute :
Celle de la rue Saint-Anthoine,
en désignant par là une enseigne d’auberge, où les
gens de distinction descendaient, et. où l’on était
grandement festoyé. »)
Et l’on reconnaît le poète comique inimitable, qui
relève tout d’un coup le bâton prêt à descendre sur
les épaules de ses compagnons de débauche pour faire
miroiter devant leurs yeux avides les splendeurs de
la table plantureuse de l’auberge la Crosse,
Celle de la rue Saint-Anthoine.
Malheureusement il n’en a pas encore fini avec eux;
mais nous n’avons pas à nous occuper du reste.
Le ms. A est le seul qui donne la version citée ;
le reste (le ms. B omet ce huitain) lit:
.. Item et j’adjoinctz à la crosse.
Qu’est ce qu’ adjoinctz à peut signifier ici? Nous
y reconnaissons la main d’un annotateur du ms.
original, qui a fait ses réserves sur la situation de
l’hôtel de la Crosse *), en ajoutant au-dessous du
*) Comp. le Journal Parisien de Jean Maupoint, sub anno 1457. (Mém.
de la soc. hist. de Paris. IV. p. 38). Les ambassadeurs du roi de Bohème
et de Hongrie descendent „les uns en la rue St. Jacques et en la rue de
la Herpe, et les autres en l’hostel de Couci et à l’Ours de la porte Baul-
det et au Faulcon et à la Crosse etc.”
*) M. Longnon p. 1*20 de son JLtude Biog. a émis le doute que Yillon
connût aussi bien la rive droite que la rive gauche de la Seine.
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90
second vers: adjoincte à la rue St. Anthoine.')
Si notre supposition est juste, on peut très bien
se figurer que les premiers copistes ont fidèlement
transcrit le texte avec l’annotation*); puis l’annota¬
tion a pris la place du mot original. Dans le cas
présent A seul, comme d’ordinaire, a gardé l’expres¬
sion du poète, une autre fois c’est A, qui à l’en¬
contre de B et C nous offre la glose ancienne (P. T.
XXXVI. 7). La même irrégularité se répète dans
le groupe D-ànc. édd. En effet dans les anc. édd.
les gloses Averroys (G. T. XII. 8) et David
(G. T. XXXVII. 3), données par B, C et D, man¬
quent, et cependant il est de toute probabilité que
ces annotations figuraient déjà dans le ms. principal,
puisqu’elles sont communes aux deux familles des
mss. *) C’est ainsi que, pas à pas, en tâtonnant
parmi ces ténèbres philologiques, on pourrait recon¬
struire l’image de ce vieux original perdu et l’histoire
de son texte. Mais avant d’aborder ce sujet, il nous
faut examiner encore les éditions imprimées.
Remarquons seulement, pour en finir avec D, que
son copiste semble avoir eu une grande prédilection
pour le terme : derechief qu’il emploie à tort et
*) Reste à savoir si vraiment cette auberge était située dans la proxi¬
mité de la rue St. Antoine ; ce serait là la démonstration complète de
notre dire ; les matériaux, à notre disposition, ne nous permettent pas
de la faire.
s ) Le ms. B. comme nous l’avons vu, p. 56, présente encore quelques
traces de l’existence de semblables manuscrits.
*) Naturellement, tout ceci n’exclut pas qu’il puisse y avoir concordance
entre B, C, D et les anc. édd. contre A, sans qu’il soit question de glo¬
ses. P. e. P. T. XX. 8. A lit: pourra où les autres de famille diffé¬
rente donnent : voudra; cela prouve simplement que pourra est une
faute individuelle commise par le copiste d’A. Le même raisonnement
suffit pour démontrer que la leçon d’A , P. T. XXXII. 8, est fausse.
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91
à travers ') pour rajuster la mesure. Après tout cette
manie est assez innocente et ne vaudrait peut-être
point la peine d’être signalée si dans les éditions
modernes on n’avait pas retenu ce derechief
qui, prenant la place de la formule simple et tou¬
jours usitée des testaments: Item, à la longue
agace le lecteur.
VI.
Sur les anciens imprimés je puis être fort bref.
Ils ont été décrits avec une rigoureuse précision dans
le Manuel de Brunet et dans la France littéraire au
XV e siècle de G. Brunet ; cette description est passée
dans les appendices aux éditions modernes»), donc
il n’y a pas la moindre nécessité de la répéter ici en
partie ou en entier. Le seul but que nous poursui¬
vions , en parcourant les anciennes éditions du poète,
c’était d’obtenir le texte imprimé qui avait servi de
base aux autres, et qui offrait le moins de coquil¬
les typographiques possible. Il est vrai que les édi¬
tions du XVIII e siècle et celle de l’abbé Promp-
sault semblent rendre cette tâche superflue en nous
donnant sous le chiffre V et sous la désignation
An le relevé des variantes des anciens imprimés,
mais il y a dans le travail fait par ces éditeurs trop
d’erreurs et d’omissions pour qu’on puisse s’y fier ;
l ) Comp. P. T. XVII. 1 ; XXV. I.
*) Oeuvres complètes de Villon publiées etc. par M. Moland, Paris »
Garnier frères, 1879. p. 319. ss. La notice bibliographique qui se trouve
dans l'édition définitive de M. Paul Lacroix , Paris, 1877, comprend deux
édd. de Villon qui n'ont jamais existé, le n°. 1 et le n°. 30.
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92
et c’est pour cela que nous avons collationné de nou¬
veau les textes de Villon tels qu’ils sont sortis des
presses parisiennes du XVe siècle. J’ai comparé trois
éditions entre elles, celle qui est habituellement con¬
sidérée comme la première, et porte la date de 1489
avec la marque de Levet »), une deuxième sans date
que Prompsault tenait pour la plus ancienne *), une
troisième enfin avec la date de 1497, imprimée à
Paris par Jehan Treperel *).
D’un examen minutieux il résulte que le texte’
offert par l’éd. de 1489 doit être regardé comme le
principal ; en vérité la différence avec les autres, qui
repose entièrement sur des erreurs typographiques ‘),
n’est pas fort grande et toute supposition de mss. divers
utilisés par les imprimeurs est absolument exclue.
Ceci suffirait, puisque nous avons indiqué dans les
précédents chapitres la place que l’éd. de 1489 occupe
parmi les mss., et les gloses, en petit nombre d’ail¬
leurs et de mince intérêt, qui s’y trouvent, — ce
peu de mots, disons-nous, sur les anciens imprimés
suffirait, si nous ne devions encore avertir que sou-
*) Le grant testament maistre françois Villon son codicille ses ballades
et jargon et le Petit Testament. Imprimé à Paris L’an mil CCCC quatre
vings et neuf. Bibl. Nat. Y. 4405. Réserve.
*) C’est la troisième dn Manuel de Brunet, elle est portée à la Biblioth.
Nat. sous le n°. Y. 4404. Réserve. Je ne puis que souscrire aux observa¬
tions de Brunet sur la négligence avec laquelle cette édition a été décrite
par Prompsault, qui a induit en erreur beaucoup de bibliographes.
*) C’est la quatrième du Manuel de Brunet, L’exemplaire que j’ai con.
sulté, provenant de la Bibliothèque Bertin porte le n°. Y. 4416, Réserve,
à la Bibliothèque Nationale. Une réimpression de l’éd. Treperel dans les
éditions gothiques de Baillieu est extrêmement incorrecte.
4 ) Voici par exemple un passage typique. P. T. II. 5. l’éd. de 1489
porte ; Pour le frimas (la bonne leçon) ; l’éd. sans date : Pour
les firmas; l’éd. de 1497: Pour les frimas.
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vent on pourrait tenir pour une leçon variante dans
les édd. ce qui n’est qu’une simple méprise d’un prote
d’imprimerie pour celui qui connaît leurs habitudes.
Un seul exemple pour expliquer et prouver ce que
nous avançons.
P. T. XIV, Villon lègue ses brayes à maistre Ro¬
bert Valée
pour coefîer plus honnestement
son amie et maîtresse Jehanneton. Dans toute la
galerie de portraits du Petit Testament il n’y en a
pas un qui se détache avec des lignes si hardies sur
le fond sombre de ce passé lointain que celui de
ce Robert Valée avec sa niaiserie vantarde, son
orgueil bête, son égoisme sordide. Quelques traits
incisifs, burinés d’une main étonnamment sûre d’elle-
même , ont suffi pour dessiner, pour faire crier le
personnage. On ne s’aperçoit pas du procédé tant il
est rapide : la victime est criblée de plaisanteries,
les railleries tombent drues sur le pauvre patient et
le poète se tord de rire en agitant ses javelots ; on
croirait, qu’à la fin, après toute cette furia d’esprit
passée, il ne resterait que quelque impression vague
d’une saillie de blagueur, — non, il reste un dessin
de maître, un dessin vrai et d’un comique achevé.
Ici surtout il importe de peser chaque parole du
poète et de savoir exactement ce qu’il a écrit. Villon
donc, qui donne assez ouvertement à entendre que le
pauvre Robert Valée se laisse dominer par sa maî¬
tresse (qu’elle porte les brayes ') ), lui lègue ses
*) Dans la farce de l’arbalestre, (Recueil de farces LaYalière,
ms. fr. de la B. N. 24. 341 f°. 37) il est dit ;
Car quant les femes sont metresses
(Elles) doibvent les b r e s (brayes) porter.
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vieilles brayes pour en alTubler son amie, sachant
bien que celles de Robert sont trop sales pour les
pouvoir porter encore honnêtement,
Pour coeffer plus honnestement
S’amie.
L’éd. de 4489 lit.: greffer au lieu de coeffer.
Ceci n’est certainement pas une variante. Le mot
coeffé revient encore une fois dans les œuvres de
Villon, dans un vers de la Ballade en vieil
françois où il est parlé du saint apostole
d’amys') coeffez; l’éd. de 4489 donne : demy
tressez; t et c étant toujours confondus dans les
mss., tressez paraît simplement une mauvaise lec¬
ture de coeffez, surtout si l’on remarque encore
que dans le ms. que l’imprimeur avait devant les
yeux l’o ne semble pas avoir été facile à distinguer
d’avec l’r. P. T. XIX. 8, l’éd. de 4489 donne cru-
cher au lieu de coucher.
Mais comment donc dans le vers cité plus haut
creffer s’est il transformé en greffer? La solu¬
tion de cette question touche à l’histoire intime du
développement de la langue au XV e siècle, où ni la
prononciation ni l’orthographe suivent des règles tou¬
jours fixes. En effet il semble que g alors a pu rem¬
placer, sous certaines conditions, c devant les voyelles
et demi-voyelles »), de sorte que la confusion entre
*) Voir le dictionnaire de Trévoux sub A m i c t : „ linge béni que les
ecclésiastiques mettent sur la tête etc.”
*) M. d’Héricault dans son commentaire sur un passage de Charles
d’Orléans, IL 129 s’est demandé si le mot cabuseur qui s’y trouve ne
serait pas le même que gabuseur. On rencontre bien certainement les
deux formes côté à côté : Alain Chartier dans le ms. de la Haye T. 328 f°. 109
cabuser = tromper ; la Farce de Pathelin, éd. Genin, init. c a b u s e r ;
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greffer et creffer doit son origine à un vice de
prononciation à la mode ou à quelque autre habitude
exentrique du langage.
Ces erreurs de typographes ont le grave défaut
qu’au lieu de disparaître dans les éditions successives,
elles grossissent et amènent à leur suite une horde
d’autres erreurs, qui défigurent le texte jusqu’à le
rendre tout à fait méconnaissable et inintelligible.
Villon n’a pas échappé à cette loi fatale, seulement,
pour lui comme pour les autres '), on voit par-ci
par-là paraître quelques faibles essais de corrections
dans les éditions postérieures. Sous ce rapport le
texte qui au commencement dü XVI e siècle fut publié
par Nyverd offre quelque intérêt*). On y trouve
quelques variantes et quelques émendations qui ne
sont pas toutes à dédaigner 5 ). Cependant ces correc¬
tions sont en trop petit nombre pour nous y arrêter,
et pour nous qui connaissons les manuscrits, elles
d’autre part dans la Vie de St. Vincent, mystère inédit, ms. fr. de la
Bib. Nat. 12. 531 sans pag. g a b u s e r. Dans la Passion de notre Seig¬
neur, (Mystères inédits du XVe siècle publiés par Jubinal, II 234) on
trouve gaignon pour caignon, cbien (Cotgr. caignot, cagnot). On
pourroit étendre encore l’observation et remarquer comment des mots de
différente origine étaient assimilés dans l’usage populaire pour lequel c r
et gr était le même, p. e. craindre et regrigner.
l ) L’éd. Lenoir (1500) des Cent Nonv. Nouvelles p. e. qui régulière¬
ment renchérit sur les erreurs commises dans l’éd. de Vérard, donne
cependant d’excellentes corrections pour quelques rares passages. Elles
sont dues probablement aux annotations faites d’après un ms. à la marge
de l’exemplaire que l’imprimeur avait devant les yeux.
*) Il existe deux éditions de Nyverd, l’une imprimée à Paris par
Guillaume Nyverd, l’autre imprimée à Paris par la veufve de feu Guil¬
laume Nyverd et Jacques Nyverd ; c’est cette dernière, BibL Nat. Y 4416.
Réserve, que nous avons consultée.
# ) P- «. P. T. XIV. 7. coeffer; XXL 2. attaint; XXXIV. 7.
pour leur donner ung don entre eux; etc.
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n’apportent rien de nouveau. En outre toutes ces ,
tentatives partielles ont été rejetées dans l’ombre par
un véritable essai de reconstruction du texte de
Villon, celui de Clément Marot. Les éditeurs mo¬
dernes trop fiers ou trop heureux d’avoir sous main
des mss. du XVe siècle ont passé un peu dédaig¬
neusement devant le travail de Marot. Ils l’ont con¬
damné en bloc après un examen superficiel ■)• Et
pourtant, comme nous l’espérons montrer, cette édi¬
tion du poète parisien par le grand poète français
nous réserve une surprise.
VII.
I
Clément Marot qui avait déjà utilisé son séjour en
prison de l’année 1526 pour travailler à une version
modernisée du Roman de la Rose, employa ses loi¬
sirs forcés de l’année 1532 à revoir et à corriger le
texte de Villon. ») C’était une dette de famille qu’il
payait au poète. Son père, Jehan Marot, l’avait imité *);
*) Voir aussi les jugements de M. Campanx, Fr. Villon, p- 379,
M. d’Héricault. Oeuvres de Coquillart, II. p. 366. Ces jugements incom¬
plets ou sévères ont été, à dire la vérité, inspirés par l’insuffisance des
leçons variantes données par l’éd. de Prompsault et par celle du Biblio¬
phile Jacob dans la collection Jannet, Paris, 1854.
s ) Comp. H. Morley, Clement Marot, London. 1871. I. p. 187 , 293 .Ch.
d’Héricault. Oeuvres de Clém. Marot précédées de sa vie. p. XCIH :
solitude et la prison le ramenoient sans doute à ses vieux amis dnmoyes
âge; et en 1533, il publia une édition de Villon, comme en 1527il aV01
publié une édition du Roman de la Rose.”
s ) Voir entre autres le rondeau de Marot au duc de Valois lait
l’imitation de la Requeste de Villon â Monsr. de Bour¬
bon; la ballade de Jehan Marot présentée au trésorier Robertet ; n* 8 * *
B. N, 1716 f\ 30, 1721 f°. 7, etc.
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lui-même, qui prenait un peu son bien partout où
il le trouvait, lui avait emprunté des traits marquants
et des saillies qui rehaussaient l’éclat de ses propres
poésies »). C’étaient après tout des dons et des prêts
comme on se les fait entre amis sans compter, et
peut-être fut-ce surtout le lien de sympathie l’unis¬
sant à l’escôlier parisien du XVe siècle, qui
engagea Marot à faire pour lui, ce qu’il voudrait
voir faire à ses propres œuvres , »si elles estoient
tombées en semblable inconvénient”. Puis il se ren¬
contrait dans sa prédilection pour Villon avec le goût
du roi François I, et c’était encore une manière dé¬
tournée de lui faire sa cour que de publier d’une
façon plus correcte les œuvres du poète.
Pendant près de trois siècles on n’a connu le texte
de Villon que dans la rédaction que Marot lui a fait
subir et qu’on a appelée une habile caricature. Quelle
idée nous devons-nous former de cette édition ?
Dans sa préface *) Marot s’est expüqué sur la façon
dont il a procédé. Il a consulté, ce sont à peu près
ses propres mots, les vieux imprimés et la mémoire
de bons vieillards qui en scavent par cueur;
ensuite il s’est fié à son jugement naturel pour deviner
sous les corruptions le véritable texte du poète , sans
qu’il ait touché à l’an’tiquité de son parler
et à sa façon de rimer.
*) P. e. Epitre de Cl. Marot à ung sien amy (Oeuvres, p. 78) „I 1 n’ y
perdra que l’argent et l’attente.”
*) Nous avons pris la peine, superflue peut-être, de comparer l’éd. ori-
ginale: Les oeuvres de Françoys Villon de Paris, revues et remises en
leur entier par Clement Marot valet de chambre du Eoy. On les vend &
Paris en la grant Salle du Palais, en la bouticque de Galiot du Pré —
et furent parachevées de imprimer le dernier jour de Septembre L’an mil
cin 1 ««“« trente et troys. Bibl. Nat. T. 4412. Béserve.
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Quand même, ce ne serait pas une règle générale
qû’on doit se méfier des éditeurs du XVI e siècle lors¬
qu’ils parlent des sources où ils ont puisé »), ces bons
vieillards avec leur merveilleuse mémoire, — il y a plus
de soixante-dix ans entre la publication de Marot et
celle des Testaments de Villon — me paraîtraient déjà
un peu suspects. Heureusement nous pouvons contrô¬
ler presque en entier les assertions de Marot ; et voici
le résultat auquel je suis arrivé : On doit faire deux
parts des changements apportés par lui dans le texte,
l’une est celle des corrections qui appartiennent bien
à son jugement naturel et qui sont surtout dues à son
soin de rétablir la mesure , puis vient la part de véri¬
tables émendations du texte tirant leur origine, non
pas d’une tradition orale qui se serait conservée pure
pendant soixante-dix ans, mais d’un ms. excellent
qui contenait une tradition du texte indépendante
de celle que nous offrent nos mss. et éditions.
Parlons d’abord des corrections de Marot lui-même;
quoiqu’on en ait gardé un grand nombre dans les
éditions modernes , on ne peut que les rejeter comme
contraires au génie de la langue de Villon.
Il y a, par exemple, un vers bien simple au com¬
mencement du P. T., mais qui est tronqué dans les
anc. édd. et dans quelques mss., c’est le 3« du se¬
cond huitain:
En ce temps que j’ay dit devant,
Que les loups vivent de vent ;
ainsi lisent A, D et l’éd. de 1489. Marot le corrige à
sa manière :
Lorsque les loups vivent de vent;
l ) Comp. une observation de M. Christie, Etienne Dolet, a biography.
London, 1880, p. 282; on en pourrait faire beaucoup d’analogues.
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l
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un vers que Villon n’aurait jamais écrit, comp. G. T. XI:
Escript l’ay l'an soixante et ung,
Que le bon roy me délivra.
Quoi donc? Chacun reconnaîtra la main du poète
dans ce que les mss. B et C donnent:
Que les loups se vivent de vent,
se vivre c.-à-d. se nourrir.') L’omission de se
dans le ms. A s’explique aisément par la supposition
que le ms. original ait eu c e suivant son orthographe
habituelle, et ce ne semble pas avoir été facile à
distinguer dans >ce ms. *)
Nous ne grossirons pas davantage cette introduc¬
tion déjà demésurément longue, mais nous donnerons
en note *) les autres passages du P. T. où Marot
*) Se vivre quoique loin d’être d’nn usage fréqueut se rencontre
pourtant en différents écrits pendant tout le cours du XYe siècle. Voici
quelques exemples suivant leur ordre chronologique : E. Deschamps, (éd.
St. Hilaire) I. 161 :
En seureté vont leurs corps reposant,
Et se vivent de leurs biens amassez;
Christine de Pisan, La mutacion de fortune, (ms. 701 de la Bibl. de la
Haye, f°. XLIX) :
Gaiz et jolis, comme ilzsevivent;
Journal d’un bourgeois de Paris, éd. Tuetey, p. 140 (année 1420) : n affin
que le pouvre peuple se puisse vivre”; Pièces originales (ms. de la
BibL Nat, n®. 2158) Orléans, 8, pièce 589, année 1449 «pour lui aidier
g soy vivre”; Mistere de la passion Jesu Crist jouée à Paris et an-
giers . , . . derrainement l’an mil CCCCXC, seconde journée, la fiUe dé-
moniacle:
C’est bon mestier quant on s’en vit.
Ce passage ne se trouve pas encore dans le mystère de la Passion de
Greban, publié par MJÆ, G. Paris et Raynaud.
*) Comp. entre beaucoup d’autres. P. T. XVIII. 1.
*) P. T. III. 6, Dont j’ay dueil et me plains, correction de
la leçon fautive de l’éd. Nyverd, qui semble avoir été la base de ceUe de
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s’est laissé entraîner par son jugement naturel
à une correction intempestive, pour passer à l’autre
catégorie de changements dont le texte de Villon lui
est redevable.
Commençons par la preuve indiscutable queMarot
a utilisé soit directement, soit indirectement un ma¬
nuscrit de Villon. Nous avons démontré ailleurs')
qu’au huitain XVI la leçon je assigne de l’éd. de
1489 provient d’une mauvaise lecture ; cette faute a
nécessité peut-être une petite transposition dans le
corps du huitain où on lit, éd. 1489:
Mes parens n’y aient envie,
Pour Dieu qu’on vende mon haubert.
L’éd. de Marot a retenu le j’assigne des édd.
antérieures, mais elle suit exactement les mss., quand
elle donne le passage cité de la manière suivante:
Pour Dieu ! n’y ayez point d’envie,
Mes parens, vendez mon haubert.
On pourrait alléguer d’autres émendations de vers,
comme P. T. XXI. 3, où Marot lit avec nos mss:
Le gré du Seigneur qui actaint,
à l’encontre de la leçon des anciennes édd. qui donnent:
Marot; il faut lire avec le ms. À: Dont je me plains et dueil,
comp. Charles d’O. II. p. 154; Fortune, dont me plains et
due il; P. T, X. I, À celle doncques, voir Prompsault*; X. 3,
j’e n suis pour je suis; XV. 4, Nonobstant qu’il est; XV.
7, On recouvre; XVI. 1, Item plus j’assigne; XVI. 8, au¬
près, faute de l’éd. Ny verd que Marot a gardée ; XVIII. 3, Et puis
à ; XIX. 6, qu’il tient en procès; XX. 2, Je laisse; XXIX
1, Item plus: XXXV. 7, mis cy bourne, correction de la leçon
de Nyverd.
l ) p. 84.
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101
Le gré de celuy qui attend,
mais un seul exemple suffit.
Un cas bien plus intéressant se produit, lorsque
Marot offre une leçon qui lui est exclusivement propre
et qui n’a pas été inspirée par le besoin de rajuster
la mesure. Le hüitain XIII en est un exemple ; il a
été, jusqu’ici le désespoir des commentateurs moder¬
nes , du temps de Marot déjà et bien avant lui on
ne le comprenait plus. Il est donc curieux de voir
quels changements il y propose ; ils pourront être la
pierre de touche de la valeur qu’il faut attribuer à
ses corrections.
Reconnaissons, pour entrée de matière, que ce
huitain indéchiffrable ne présente aucune difficulté à
l’explication, si l’on veut seulement se rappeler deux
choses, d’abord que tous les legs, laissés par Villon
dans ce passage à Jehan Tronne, bouchier,
font allusion suivant la mode du temps à des enseig¬
nes de maison»), ensuite, que la pointe des qualifi¬
cations dont il accompagne ses dons consiste en ceci,
qu’elles impliquent une contradiction fondamentale,
qui les enlève dans les régions du fantastique.
Ainsi il lui donne (était-ce en compensation d’une
repue franche qu’il avait prélevée sur lui?):
. le Mouton franc et tendre,
2 ) Comp. un des modèles dn genre: Esbatement du mariaige
des IIII filz Hémon où les enseignes de plnsienrs
boste 1 s de la ville de Paris sont nommez., publié dans
le 1er volume p. 369 ss. des Mystères inédits dn XVe siècle d’A. Jubi-
nal, Paris. 1838. Voir aussi un article de M. A. Berty, Les Enseig¬
nes de Paris, dans la Eevue Archéologique, année 1855, T. XII, p.
1, ss. et Longnon, Villon, p. 120. note : „Les legs d’enseignes sont fré¬
quents dans Villon, et c’est à cette circonstance que le P. T. doit surtout
l’obscurité qui caractérise certaines de ses strophes.”
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c.-à-d.: le mouton (peint sur une enséigne) entier et
amoureuxi); puis:
Ung tachon pour esmouchier;
On a interprété tachon par plumeau, et le
legs serait alors d’un plumeau pour chasser les mou¬
ches ; mais cette interprétation est absolument inad¬
missible, d’abord parce que le mot tachon n’existe
pas — et cette raison est assez valable pour me dis¬
penser d’en donner d’autres. L’assemblage de lettres
inqualifiable, tachon, n’est d’ailleurs donné que par
un ms. A, le reste donne d’autres monstres, B et D:
tacon, C: tacquon, l’éd. de 1489 tacon, l’éd.de
Nyverd: tapon.
La leçon de Marot seule résout toutes les difficultés:
Et ung tahon 3 ) pour esmouchier ;
la locution populaire, »la moindre mouche qui le
piquera sera un taon”, rend tout long commentaire
superflu; de nouveau un don d’animal (d’enseigne)
est fait; celui-ci chassera peut-être les mouches,
mais bien certain infligera au pauvre boucher de plus
fortes piqûres qu’elles ne l’auraient fait. Le legs rentre
parfaitement dans la catégorie du précédent et des
suivants.
De plus nous pouvons donner la démonstration
exacte que la correction de Marot nous rend le vers
original de Villon. Il y a un autre passage du Petit
*) Franc: plaisanterie à laquelle les montons étaient habitués; dans
une pièce dn temps, (Ane. Poés. Franç. I. 259.) le monton riposte :
Tel est bien franc qui n’est pas quite,
c.-à-d. qui n’est pas libre d’autres défauts.
*) Au XYe siècle on écrivait tahon pour taon; comp. Molinet, Be¬
rnant de la Rose moralisé, ms. de la Haye 698. f°. CLXIX.
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103
Testament où le h a donné lieu à une confusion
analogue. Le vers se trouve XXXII.4; les flahons,
(ttaom. s, flans) y sont devenus d’abord des flacons
(A), puis des faucons (C) qui dans l’éd. de 1489
se so- ait métamorphosés en pigohs, par synonyme *
opposite, comme disaient les poètes précieux du
temps de Louis XI. •)
Parcourons encore le reste de la strophe.
Villon continue ses legs au bouchier; il lui laisse:
Le Boeuf couronné . . . . qu’on veut vendre,
m Yiôtel, à l’enseigne du boeuf couronné *), que
le légataire pouvait aller habiter — en l’achetant de
ses deniers.
Et la Vache .... que pourra prendre
Le Villain qui la trousse au col ;
apparemment c’est ici une allusion à une enseigne
sm ~r laquelle un larron était dépeint essayant d’em-
^»xter une vache sur ses épaules»), mais tombant
*) B et D donnent f 1 a o n s. On rencontrera un antre exemple Grand
LXXIII. 8, où l’éd. de 1489 lit: acoudre pour afterdre. La
c<> **ïasion entre h et ch ce voit aussi souvent, p. e. Ane. Poés. Franç.IV.
où c/iascune est la leçon variante de h a s t i v e.
2 ) L’enseigne du boeuf couronné était extrêmement populaire
av *^mt à Paris qu’en province, comp. Les Joyeux Devis de Bonaventure
■^^spériers éd. De la Hays, p. 258. On le trouve mentionné sur la feuille
garde du ms. de la Bibl. Nat. n°. 7292 fr. vieux numéro, cité par
^r*aulin Paris, Manuscrits français etc. VII. p. 335, „— demeurant à la
Sin tavoie à l’ensenne du beu couron é.”
*) Comme les voleurs de moutons le font ; comp. A. Greban, Le mystère
de la Passion, éd. G. Paris et G. Raynaud, vs. 4779, 80 :
il avoit troussé sur sa cruppe
un gras mouton sans dire gare.
Il existait dans le vieux Paris une rue Troussevache; voir Gué-
rand, Paris sous Philippe le Bel, p. 90. 255 ; Bonnardot, Les rues et
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sous le poids et bien embarrassé de sa prise, de
sortè que le poète s’écrie d’une manière triomphante:
S’il ne la rent (la vache), qu’on le puist pendre
Et estrangler d’un bon licol.
La leçon que nous avons adoptée (la Vache que
pourra p.) n’est donnée que par le seul ms. B.
L’éd. de 1489 porte: La Vache qu’on pourra
p., Marot l’a corrigée: et qui pourra, correction
inadmissible, parce que rien dans la suite ne se rap¬
porte à celui qui pourra prendre le vilain,
mais que nous devons considérer comme une émen-
dation partielle, l’abréviation de qui se confondant
toujours avec celle de que dans les mss. ')
Le fait de ces corrections incomplètes, — qui nous
donneront d’ailleurs de la lumière sur la manière
dont le texte de Marot a été établi, — est assez
intéressant pour nous arrêter un instant.
Leur existence — de ces émendations partielles —
dont nous n’avons trouvé encore qu’un exemple bien
vague dans le huitain cité, ne peut nullement être
niée. Au besoin le huitain XVII l’attestera.
L’éd. de 1489 et toutes les suivantes jusqu’à celle
de Marot Usent :
Item je laisse au pardon
Marot donne:
Item je laisse en beau pur don.
Apparemment il avait trouvé sur son exemplaire
Eglises de Paris vers 1600. Paris, 1876. p. 18: rue de Trousse-
vache (de la Reynie). Etait-ce une enseigne qui lui avoit donné ce
nom? Voir P. L. Jacob, Curiosités de l’hist. du vieux Paris, p. 30.
x ) Nous espérons bien montrer un jour combien les oeuvres d’E. Des¬
champs ont souffert par cette confusion.
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de Villon une annotation qui changeait au pardon
en en pur don et, pour rajuster la mesure, de son
propre fonds il a ajouté: en beau pur don, tan¬
dis que la vraie leçon est offerte par le groupe A, B, C:
Item laisse et donne en pur don.
Ce même raisonnement nous peut servir à débrouil¬
ler un passage de Villon, qui nous est parvenu tout
à fait défiguré. Huitain XV du Petit Test, maistre
Robert Vallée est de nouveau en butte aux railleries
mordantes du poète, qui lui laisse — à recouvrer
sur Malpensé — l’Art de Mémoire,
Puys qu’il n’a sens mais qu’une aulmoire.
Cette leçon de Jannet—La Monnoye ne repose sur
aucune autorité, la tradition des mss. et anc. édd.
est d’accord à lire:
Puis qu’il n’a sens (éd. 1489 : riens) ne (D : nez) que une aulmoire
et les commentateurs depuis l’abbé Prompsault ont
rendu ce passage par : puisqu’il n’a pas plus de bon
sens dans sa tête qu’il n’y en a dans un coffre ').
Marot qui avait devant les yeux la leçon des anc. édd :
Puis qu’il n’a riens ne qu’une aulmoire
De recouvrer ceulx (pour chez ou sur) Maupensé,
l’a corrigée de la façon suivante :
Puys qu’il n’a riens qu’en une aumoyre,
On recouvre chés Maupensé.
Bénie soit la mémoire de l’abbé Prompsault —
*) M. John Payne, the Poems of Master Francis Villon of Paris, p. 8
a traduit :
Since if I read him right,
No more sense than a log has he.
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106
dira-t-on peut-être, — qui, avec l’aide des manus¬
crits nous a délivré de l’abracadabra de Marot ! Nous
sommes d’un autre avis ; nous croyons que le chan¬
gement apporté par Marot dans le texte contient un
4 des éléments nécessaires pour retrouver la pensée
originale de Villon.
Rappelons-nous cette figure de niais vantard et
sordide, ce maistre Robert Vallée si impitoyablement
malmené par le fouet du poète. Est-ce que .le clerc
en Parlement') avait soutiré quelques belles pièces
d’argent au bohème — en s’excusant naturellement
sur sa pauvreté et les nécessités de sa position —
pour des services promis, mais qu’il avait oublié de
lui rendre? C’est fort probable, en tout cas Villon
lui crie sur tous les tons qu’il est un sot et qu’il n’a
pas le sou, et il accouple burlesquement ces deux
qualifications lorsqu’il lui lègue l’Art de Mémoire,
Puis quïl n’a cens en son aulmoire;
car c’est ainsi que nous proposons de lire. Les jeux
de mots sur cens et sens sont nombreux au XVe
siècle et au moire peut tout aussi bien signifier le
coifre qui garde les deniers, que la tête qui renferme
la cervelle. *)
L’émendation peut être justifiée paléographique-
*) Son identification à Robertus Valée, curé de Ville d’Avray (p. 108)
ne me semble pas une supposition heureuse de M. Longnon.
8 ) Armoire, coffre fort ou caisse; comp. Sermon joyeux des
J V v en s, ms. La Vallière 63. ms. fr. de la Bibl. Nat. 24. 341, f°. 15:
Mectes la main à l’a m m a y r e ;
armoire pour tête, comp. ibid. f°. 271. Farce des batars de canlx :
Hola je le scay tout par coeur
Il est bien dedens mon a n m a i r e.
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107
ment, car le changement apporté dans le corps du
texte est minime, si l’on se représente l’orthographe
du ms. original de Villon qui aurait figuré certaine¬
ment ne ou nés qu’une a. par nec’un a. ou
nesc’un a.*); et c’est cette combinaison de lettres *
que les scribes ont cru distinguer, tandis que la cor¬
rection partielle de Marot nous aide à trouver ce qui
existait véritablement dans la pensée de l’auteur. »)
Car, notons le bien, la leçon des mss. est absurde ;
je suppose pour un instant que la locution sot
comme une armoire était usitée, — je n’en
ai jamais rencontré d’exemple dans le cours de mes
lectures, — est-ce qu’il fallait faire directement men¬
tion de la sottise du personnage dans le vers cité ?
Le poète dit exactement ceci: Il faut que je lui donne
encore quelque chose — car c’est Dieu qui commande
de donner — nonobstant qu’il est un sot. Donc je
veux, puis qu’il est .... si sot? non il l’a qualifié
déjà comme cela — mais puisqu’il est si pauvre,
Puisqu’il n’a cens en son aulmoyre,
«
qu’on lui baille .... l’art de Mémoire qui lui sera
très-utile, soit pour remplir son coffre et sa tête vi¬
des , soit pour fortifier sa mémoire qu’il a si courte ;
f
*) La preuve directe que là où les scribes croyaient apercevoir c\ ils le
rendaient par qu\ est donnée par D qui (G. T. c. 5.) lit q u’a u champ
au lieu de couchant. D’autre part le nombre de fois que la conjonc¬
tion que a été omise prouve indirectement qu’elle figurait dans le ms.
sous son ancienne forme de c\
*) Il va sans dire que notre correction s’étaye sur beaucoup d’autres
raisons encore. Ainsi nous avons remarqué que le groupe -on, dans les
mss. a donné souvent lieu à des confusions ; ainsi Ane. Poés. Fr. IX. 101,
on a lu sériés où il fallait serions; ibid. IX. 133, sent pour
sont; comp. aussi l’étrange var. de l’éd. 1489, G. T. CXXX. 7 où mi
et son sont confondus, etc.
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108
malheureusement, il faut l’aller recouvrer chez la
seule personne qui ne possède pas ce livre d’école,
c.-à-d. chez Malpensé, qui n’était pas, comme les
commentateurs l’ont cru, un homme célèbre par son
• manque de mémoire »), mais tout simplement un type
de farce, de la grande famille des Maugouveme,des
Maumissere, des Baillevent etc., et la personification
de l’homme vide de sens. *)
L’excellent manuscrit dont Marot s’est servi pour
élucider le texte de Villon, — nous retournons à
notre exposé comment l’éd. de Marot s’est faite, —
n’a été utilisé par lui que de loin en loin; partout
où il trouvait une leçon à peu près intelligible il l’a
laissée comme elle était. De cette façon toute auto¬
rité nous manque pour quelques corrections qui sont
pourtant archinécessaires.
Nous traiterons ici trois de ces cas.
P. T. XXVI, Villon laisse Ȉ trois petits en-
fans tous nus, a chacun de ses biens un
faisceau, ou quatre blancs”, et il ajoute pour
les consoler de, leur misère présente :
Ilz mengeront le bon morceau,
Les enffans quant je s e r a y vieulx !
Bien certainement il faut lire :
Les enffans .... quant ilz seront vieulx !
*) H y a quelque chose de plus comique que les vers de Villon, ce
sont les notes de Prompsault auxquelles il a travaillé pendant vingt ans.
„Ce Maupensé”, dit il, „étoit vraisemblablement célèbre par son manque
de mémoire. Son nom annonceroit qu’il pensoit de travers.”
*) Comp, Recueil de farces La Valière ms. fr. 24. 341 BibL Nat., 1*.
84. Farce de la Reformeresse:
Esse pas Paul le Malpensé?
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109
et le vers terne et équivoque devient d’une ironie
poignante et lumineuse. *)
P. T. XXXII, le texte de Villon dans tous les mss.
et dans toutes les éditions porte:
Item, je laisse aux Mandions,
Aux Filles Dieu et aux Beguynes etc.
Le contexte réclame absolument»), qu’il laisse aux
quatre ordres mendiants:
Les Filles Dieu et les Beguynes
Savoreux morceaulx et frians.
Il n’est pas si facile de remédier à la négligence
et l’incapacité que les scribes ont-montrées dans le
troisième exemple qui se trouve au h. XX du P. T.
Villon y laisse à maistre Jaques Raguier, dis-
*) Nous donnons en note les raisons paléographiques qui justifient ce
changement. La confusion entre il et j e est un fait ordinaire dans le
texte de Villon, p. e. G. T. XCIV. 5 où D lit: il ne dit, tandis que
le reste donne : je ne d i ; d’autre part G. T. L. 5, il faut lire avec.
CetD il cunclud où B et Féd. de 1489 ont : je c o n c 1 u d s. Con¬
statons également ici que le véritable sens du huitain X du G. T. appa¬
raît seulement en lisant : Je ne fauldrai pas à mon esme, au
lieu de: Il ne fauldra pas à son esme, la leçon de tous les
mss. et de toutes les éditions qui gâte tout à fait l’énergie féroce du pas¬
sage. La même règle tient pour d’autres textes que celui de Villon, p. e*
Ane. Poés. Franç. IV. p. 89: il m’en ry pour je m’en ry; etc.
*) En effet, si le poète distribuait ses legs aux Beguynes tout aussi
bien qu’aux moines mendiants, comment leur pôurrait-il donner à p r e s-
cher les quinze signes, et à abatre pain à deux mains.
Et si cette argumentation ne paraît pas encore concluante, quel serait le
sens des deux derniers vers de la strophe :
Carmes chevaulchent noz voisines,
Mais cela ce n’est que du moins;
s’ils ne voulaient pas donner à comprendre que ces amours laïques ne va¬
lent que peu de chose en comparaison du plaisir de parler de con¬
templation soubz les courtines avec les Dévotes et
les Béguynes, comme il dit finement au G. T. h. CVI
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110
ciple fervent de Bacchus, l’abreuvoir . . . . Pou¬
pin, en jouant sur le double sens du mot abreu¬
voir, qui peut signifier tout aussi bien un grand
verre que le lieu où les chevaux vont se désaltérer;
il lui lègue ensuite un don contenu dans un vers
terriblement défiguré. Malgré la divergence de leurs
leçons il semble encore possible de ramener les vari¬
antes du groupe A B C à quelque origine commune;
il est impossible de les concilier avec la leçon de D
qui est conforme à celle de i’éd. 1489.
A : Par ses paouvres seurs gras signier ;
B : Perches poires gras figuier ;
C : Paiches poires sucre figuier ;
D, éd. 1489 : Perches poussins au blanc menger ;
Marot, comme toujours, se tient satisfait du non-
sens innocent que les vieux imprimés donnent et ne
nous suggère aucune correction pour ce passage cor¬
rompu, que les exigences de la rime et le contexte
condamnent absolument*).
En présence de cet assemblage bizarre que nous
montre l’édition de Marot, de corrections excellentes,
d’autres partielles, d’autres encore qu’il n’a pas soup¬
çonnées, la conclusion s’indique de soi-même que
l’éditeur a pris pour base de son travail un exem¬
plaire (de l’éd. Nyverd) revu à la hâte et sans sys¬
tème d’après un ms. précieux.
Ce Villon annoté qui, peut-être , lui a été commu¬
niqué par un de ces bons vieillards dont il
parle dans sa préface, Marot l’a ensuite rajusté à sa
1 ) Dans le doute si nous avons trouvé la vraie solution des difficultés
offertes par le vers navré de Villon, nous nous abstenons, avec beau¬
coup de regrets et après beaucoup de vaines recherches, d’émettre une
conjecture hasardée qui rétablisse tant soit peu le sens du passage.
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111
manière, sans avoir touché pourtant intimement ni
à la matière, ni à la forme du poète.
Tout ceci n’a pas besoin de plus ample démonstra¬
tion, il nous faut seulement rechercher encore à
quelle catégorie le ms. appartenait sur lequel les vé¬
ritables émendations de l’édition de Marot se fondent.
Une chose nous trappe tout de suite, c’est que les
variantes du ms. de Marot peuvent très-bien se
réconcilier avec les leçons du ms. principal que nous
avons trouvé au bout de nos recherches sur A, B, C,
D et l’éd. 1489; on dirait que les émendations de
Marot (P. T. XIII. 3, tahon; XXV. 1, par pitié)
proviennent d’un ms. copié correctement et en con¬
naissance de cause sur le brouillon raturé, glosé et
mal écrit qui doit avoir été l’original des autres mss.
La conclusion n’est pas lointaine que l’éd. de Marot,
dans les parties que nous avons signalées, a pour base
un livre transcrit par une main habile à l’intention
d’un grand seigneur qui protégeait ou avait protégé
le poète.
Un seul passage semble s’opposer à cette conclu¬
sion; c’est dans le h. XXV du Petit Test, où Marot
nous donne un vers tout à fait différent de celui des
mss. D’après A, B, C et D Villon laisse un don
A trois petiz enffans tous nuds,
Nommez en ce présent traictié,
Pouvres orphelins impourveuz,
Tous deschaussez et des vestuz, (C et D: tous despourveus)
Et desnuez comme le ver ;
tandis que Marot qualifie ces trois petits enfants
d’une autre manière:
Nommez en ce présent traictié,
Affin qu’ilz en soient mieulx congnus,,
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112
Pouvres orphelins impourvenz,
Et desnuez comme le ver.
La leçon dé Marot est certainement supérieure à
celle des mss., d'abord elle s'accorde mieux aux fines¬
ses de la rime (nuds; congnus) observées en gé¬
néral par le poète, ensuite elle rentre tout à fait
dans le genre d'esprit et d'ironie qui règne d'un bout
à l'autre du Petit Testament: ce n’était vraiment pas
un honneur enviable d'être partout connus comme
les disciples du bohème, de même que sa renommée
à lui qu'illègue 1 ) à son plus que père Maistre
Guillaume de Villon n'aura pas beaucoup servi
à rehausser l’éclat du nom de Villon.
Au contraire le vers donné par les mss. est lourd
terne et redondant. Heureusement, il est facile d'en
expliquer la présence. En effet on ne le trouve pas
dans l'éd. 4489, qui nous offre par conséquent une
strophe de sept vers ; et la supposition n'est donc
pas trop hardie que le ms. principal présentait dans
ce lieu une lacune ou plutôt une rature comblée à
la marge par l’invention du vieux glosateur banal
que nous avons déjà rencontré souvent et qui n’avait
reçu du ciel ni le don de beaucoup d'intelligence ni
celui de beaucoup d'esprit. L'éd. de 1489 s'est abstenue
prudemment (et ce n'est pas la seule fois, comme
nous l'avons montré, qu'il donne signe de cette pru¬
dence) d’admettre la glose marginale dans le corps
du texte, tandis que les mss. ont donné dans le piège.
Le ms. de Marot seul nous a gardé la tradition du
ms. original d’avant la rature.
On pourrait faire une objection à cette argumen¬
tation et soutenir qu’un vers comme:
2 ) P. T. IX.
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113
Affin qu’ilz en soient mieulx congnus,
ne saurait être de Villon, parce que d’après les règles
de sa prosodie soient a la valeur de deux pieds et
non d’un seul comme dans le vers de Marot.
Aussi faut-il bien sûrement ôter Yen superflu du
vers et rétablir ainsi la véritable leçon de Villon.
Nous avons pleinement le droit de faire ce change¬
ment en voyant que presque partout Marot, suivant
en cela l’exemple des imprimeurs du XV e siècle, fait
subir au vers de Villon un léger remaniement pour
rétablir à sa manière la mesure qu’il croit endom¬
magée par la résonnance de la finale -ent<)
Ainsi le cas présent qui à première vue semble
contredire la supposition d’un seul manuscrit comme
source commune de notre tradition des œuvres de
Villon, le cas du huitain XXV, disons nons, mûrement
pesé, vient à l’appui de cette supposition et par là donne
une grande autorité à la tradition du texte que nous
possédons. Car, si nous ne nous trompons du tout
au tout, c’est bien là un indice sûr que nous n’avons
affaire ni à une transmission orale du Petit Testa¬
ment, ni à un recueil de bribes poétiques rassemblé
un peu à l’aventure par quelque disciple de Villon,
') Ainsi dans ce même huitain XXV l’avant dernier vers est donné par
lui sons la forme :
J’ordonne qu’ilz seront ponrvens,
tandis qne les édd. du XVe siècle lisent encore: qn’ilz soient p.
Dans son édition du Roman de la Rose, Marot agit de la même façon. R.
Je la Rose ed. Méon vs. 96, p. exemple :
Qni chantoient par ces buissons ;
Marot:
Qui or chantoient par les buissons.
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mais bien à un manuscrit original, l’oeuvre directe
ou indirecte du poète.
C’est l’histoire du texte de ce manuscrit que nous
allons expliquer en partie, en partie résumer dans
le chapitre suivant.
VIII.
Une grande difficulté nous arrête au seuil de ces
recherches. Lorsqu’on parcourt attentivement le Petit
Testament, on y remarque >) dès le début une con¬
fusion d’idées, des incohérences de sens, des dispa¬
rates de ton auxquelles nulle critique verbale ne peut
remédier, mais qui doivent leur origine soit à des
omissions ou des transpositions de strophes, soit à
un remaniement incomplet de son travail par le
poète lui-même. En d’autres mots le texte du Petit
Testament que nous avons poursuivi jusque dans le
manuscrit principal, — ce texte original montre déjà
les traces de retouches diverses et possède son his¬
toire à lui.
Or pour reconstruire le chemin parcouru par le
poème jusqu’à ce qu’il aboutit à la forme que nous
possédons, nous manquons absolument de matériaux
définis ; nous nous mouvons sur le terrain de l’hy¬
pothèse pure. Ce n’est pas une raison pour ne pas
aborder le problème. Seulement il nous faut faire
une excursion sur le domaine de l’histoire littéraire.
*) Si cette incohérence n'a pas santé aux yeux des précédents éditeurs
et commentateurs, c’est grâce à l’interprétation extrêmement défectueuse
de ces premiers huitains.
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115
La Mort a été la grande préoccupation du moyen
âge ; tout ce qui touchait de loin ou de près à l’idée
de mourir était d’un intérêt prépondérant, intérêt
qui s’attachait surtout aux préparatifs que l’on devait
faire avant le sombre voyage dans la contrée mysté¬
rieuse.
La poésie, comme c’était son droit, s’est emparée
de ce motif, et c’est Jean de Meung, l’auteur de la
seconde partie du Roman de la Rose, qui le premier
a tiré parti du cadre offert par le Testament pour
juger les vanités des divers états de ce monde devant
la loi inexorable de la Mort : revue des faiblesses hu¬
maines passée aux bords,de l’abîme immense et plein
de terreurs qui attend ses victimes.
Cette haute satire morale, renfermant des tableaux
précieux de la société du moyen âge est restée po¬
pulaire pendant plus de deux siècles ; le grand nombre
de manuscrits, les différentes versions '), les emprunts
faits par les poètes en quête de sentences morales
l’attestent clairement. »)
On pourrait trouver une autre preuve de sa po¬
pularité dans l’extension donnée, sur l’exemple de
Jean de Meung, au mot Testament qui à la longue
perd son sens spécial pour être appliqué à n’importe
quelle poésie contenant un jugement général sur la
x ) Le catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Bourgogne à
Bruxelles donne sous le n°. 10462 l’indication d’un Testament de
Jean de Stavelot. Ce n’est autre chose qu’une version en dialecte
liègois du Testament de Jean de Meung, datant d’environ 1440 et
due à la plume du célébré chroniqueur de Stavelot. Voir sur celui-ci les
différents auteurs cités dans l’Introduction à la chronique de Jean Stavelot
publiée par Ad. Borgnet. 1861.
*) Villon en cite deux vers Grand Test. XV.
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116
vie humaine '); le cadre s’use, disparaît et il ne reste
que le nom.
Cependant on rencontre dans la première moitié
du XVe siècle une tentative isolée de renouveler le
genre en se conformant plus étroitement aux exigen¬
ces du sujet. C’est le Testament, occupant la plus
grande partie d’un recueil fort rare intitulé : Les
Fortunes et Adversitez de feu noble hom¬
me Jehan Regnier escuier en son vivant
seigneur de Garchy et bailly d’Auxerre.»)
Se rattachant d’un côté à la poésie didactique, d’autre
part renouant en quelque sorte la tradition des trou¬
vères, auteurs de Congés, le bailli d’Auxerre met
un cachet personnel à son œuvre en faisant mention
de ses aventures et de ses voyages. Malheureusement
cette oeuvre est diffuse, informe, monotone ; il lui
manque le souffle poétique et cette soi-disant poésie
*) Ainsi l’Oraison de Nostre Dame faicte et composée
par maistre Pierre de Nesson, petit poème extrêmement ré¬
pandu à la fin du moyen âge, est intitulée dans quelques mss.: Le Tes¬
tament de maistre Pierre de Nesson; p. e. dans le ms.
Harl. 4397 du British Muséum. Le dernier en date de ces Testaments
moraux ayant quelque valeur littéraire nous semble être le Testament
de Lucifer par Pierre Gringoire.
*) Imprimé chez Jehan de la Garde, Paris, 1526 ; on n’en connaît que
deux exemplaires; j’ai coiisulté celui de la Bibliothèque Nationale, coté
Y. 4471. M. Campaux parle de ce livre dans son chapitre sur les prédé¬
cesseurs de Villon, 1. c. p. 25-30. Son extrême rareté en fait la joie des
bibliographes et bibliophiles. Récemment encore M. Paul Lacroix dans ses
Recherches bibliographiques sur des livres rares
et curieux, éd. Rouveyre, 1880 a repris la thèse fort contestable
d’une sorte de parenté qui existerait entre le testament de Regnier et
celui de Villon. Regnier n'était pas si inconnu qu’on l’a dit ; il est cité
parmi les bons facteurs dans une pièce faite à la louange des poètes
du XVe siècle, Ane. Poés. Franç. T. VII. A nous, il nous paraît sur¬
tout intéressant pour quelques renseignements qu’il donne sur la société
au milieu de laquelle les Cent Nouv. Nouvelles ont été composées.
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117
marque plutôt une transition entre deux époques
littéraires qu’elle ne peut prétendre à l’honneur d’avoir
servi de modèle à Villon. >)
En tout cas l’auteur du Petit Testament n’a
pas plus suivi la voie tracée par Regnier qu’il n’est
allé puiser son inspiration dans le Testament de
Jean de Meung. En effet, la Morale n’a pas été
seule à s’affubler du bonnet de notaire pour dicter
ses dernières volontés ou son jugement suprême sur
les choses de la vie, deux autres — faut-il dire in¬
stincts ou passions ? — ont recherché ce cadre pour
pouvoir parler à leur aise: l’instinct gouailleur et le
sentimentalisme amoureux.
Le premier exemple bien précis du Testament
burlesque se trouve dans les lectres envoyées
par Eustace Deschamps lui estant malade
et la maniéré de son testament par esba-
tement ») Le poète y laisse:
à mon curé
Ma pucelle quant je mourré
Je laisse aux ordres mandions
Mon grant escrin où il n’a riens
Excepté le bois et le fer,
Car ilz gectent les gens d’enfer
*) M. Campaux 1. c. p, 31, 32 cite encore le Testament de Jenin
de Lesche comme un des modèles probables de Villon. Nous croyons
qne les éditeurs des Âne. Poés. Franc. X, p. 369—372 ont donné la preuve
irréfragable que cette pièce date du commencement du XVIe siècle et
n’est pas antérieure au règne de François I.
*) Ms. des oeuvres de Descbamps 840 franç. de la Bibliothèque Nat. f°.
CCCCXXI. La suscription, comme il serait facile de la prouver, est due
au copiste Tainguy. En plaçant l’époque de la mort de Deschamps vers
1420 (Crapelet. Précis historique etc. p. X.) on est justifié en datant la
pièce citée du commencement du XVe siècle.
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•" ;i;;
118
Et font aler en purgatoire
Des leur vivant, qui les veult croire.
Item je lesse à l’ordre grise
Ma viez braie et ma viez chemise.
Et si vous laisse vers Beaumont
La riviere qui va amont
Pour prandre l’eaue à vostre usaige.
Je n’ay mais c’un poure fromaige
Que je doing maistre Nicolas,
Et si laisse joie et soûlas
A ceuls qui la vouldront avoir.
Et s’ay laissié pareillement
Au Roy le Louvre et le palays
Et la tour du bois c’est beau lays. etc.
Dès l’abord on reconnaît la façon des legs de Vil¬
lon , quoique nous ne veuillons nullement dire pour
cela qu’il ait imité ce testament-ci de Deschamps;
nous croyons plutôt que ce genre de poésie était
représenté en beaucoup plus grand nombre dans la
littérature que l’on ne jugerait d’après les traces rares
qui nous en restent avant que Villon ne s’y fût
illustré. Seulement ces productions faisant allusion
aux choses et personnes du temps et du jour et
comptant pour de la littérature facile et populaire,
ont disparu complètement. Ce qui nous fait présu¬
mer leur existence c’est que dans les pays qui ont
subi l’influence des lettres françaises, la poésie con¬
temporaine , même antérieure à Deschamps nous offre
des exemples du genre.
En Espagne nous rencontrons le Testament de
l’Archidiacre de Toro, poète de la seconde moitié du
XIV e siècle <) ; mi-sérieuse, mi-burlesque, pas exces-
D Cancionero de Baena, éd. Fr. Michel, II. p. 9. ss. Nous en copions
îiH • f ;
; i < '
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H9
sivement spirituelle, cette pièce ne doit surtout pas
être passée sous silence en énumérant les prototypes
du Petit Testament, parce que sa division en
strophes régulières l’en rapproche beaucoup. En An¬
gleterre aussi deux vers d’un poème fort populaire ')
quelques vers pour bien montrer le earactère dn poème. L’archidiacre lègue
Bon coeur z
O meu coraçon muy leal otrossÿ
Mando, amigos, sy veja praser,
Ha a muy linda é de grant poder,
Mifia ssefiora, que por meu mal vÿ.
Mando meus ollos, con toda su yysta,
A un judio çego de Valladolide ;
é mando a mifia muyta loçania
Alfonso Gunçalee mayordomo da rryfia
Por que sse calçe melor et sse vysta:
Mando aos porteyros del muy alto rrey
A mifia vergonça para demandar ; etc.
Iff Voir aussi: Puymaigre, La cour littéraire de Don Juan II. I. p. 47,
48. Pour l’influence exercée sur les lettres espagnoles par la littérature
française comp, Mila y Fontanals. Trobadores en Espana, p. 487 ; Cam-
b°nlin. Essai sur l’histoire de la littérature catalane, p. 57 ss. etc. Dans
k conrs du XVe siècle la ressemblance des deux littératures devient en-
Wïe plus frappante, comp. p. e. les vers de la confesion rimada
^ Fernan Perez de Guzman cités dans la Historia critica de la Literatura
^paftola d’Amador de los Rios. T. VII. p. 431 avec la Ballade de
? ^Onne doctrine de Villon. La va-et-vient continuel des chevaliers
f e t des aventuriers militaires explique en partie ce commerce d’idées entre
W deux pays ; voir le Victoria 1, chronique de Don Pedro
Nifto, éd. Circourt, p. 132; Quicherat, Rodrigue de Villandrando f
^ ' Taris, 1879. passim ; Tuetey , Les Ecorcheurs, I. p. 159 etc.
' l ) W. Langlands Vision of Piers Plowman [± 1370] éd.
eCÎ ! 8keat d’après le ms. Vernon p 78. Piers Plowman avant de partir
loilit P°ur 8011 pêlérinage fait son testament, il lègue son âme à Dieu, son
-y corps à l’Eglise : •
! The chirche schal hâve my careyne and kepe mi bones
a l Vor of my corn and catel heo craveth the tithe.
I
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120
du XIV e siècle semblent supposer l’existence de tes¬
taments satiriques goûtés par le peuple. Mais ne nous
perdons pas dans ces suppositions, le petit nombre
de données précises que nous avons rassemblé peut
suffire.
Quant au Testament d’amour il a ses racines
dans la rhétorique et les doctrines des troubadours
et des trouvères qui représentent l’amant comme
malade ou mourant à cause des refus de la dame
ou de la séparation obligée •). Sur ces fondements
Pour retrouver les origines du testament burlesque il fan.
drait remonter beaucoup plus haut, il faudrait parler du Testâmes
tum Porcelli (la dernière éd. est de Buecbeler, Petronii Satirae etc.
Weidmann, 1882, p, 241, 242.) qui date du IVe siècle de notre ère, dn
Testament d’À bu S e i d , la 49e Macame de Hariri etc. La dernière
fois qu’on ait usé, autant que nous sachions, de ce cadre dans une inten¬
tion satirique, a été lorsque Grosley parodiait la réponse de Rousseau à
la question posée par l’académie de Dyon dans l’Oraison funèbre
et le Testament de Bricotteau (Ch. Nisard. Histoire des livres
populaires 2e éd. T. p. 341—363); bien entendu nous ne mettons pas en
ligne de compte les imitations savantes et littéraires de Villon du siècle présent.
*) Voir la chanson célèbre de Bernart de Ventadom, Bartsch Chresto*
mathie provençale, 3e éd. 56, 6 ; comp. encore pour les troubadours les
citations recueillies par. F. Michel, Heinrich von Morungen und die Trou¬
badours (Quellen und Forschungen etc. XXXVIII. p. 95 ssj, pour les
trouvères Màtzner, Alttranzôsische Lieder, maladie p. 246, mort
p, 251; Hannappel, Poetik Alain Chartiers (Franzosische Studien I. 274)
etc. L’école moderne anglaise aime beaucoup ce rapprochement de l’amour
et de la mort: rappelons à ce propos le premier des Sonnets portu¬
gais d’Elizabeth Barrett Browning où la forme des idées a été visible¬
ment inspirée par la lecture de Dante et de Chaucer (voir Letters of E.
B. B. to R. Hengist Home I. p. 96—127, Chaucer modernized, surtout
p. 111). On pourrait émettre l’opinion que Dante et Chaucer ont frayé le
chemin pour les poètes mineurs du moyen âge dont les conceptions et les
formes ont été préconisées par les auteurs de la période littéraire qui suit
celfe de Mrs. Browning. Se rappeler aussi le beau vers de Ronsard qui
termine le recueil des sonnets adressés à Helène de Surgères :
„Car l’Amour et la Mort n’est qu’une même chose”.
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121
l’auteur formaliste de la seconde partie du Roman
de la Rose a bâti la conception d’un testament au
moyen duquel l’amant malheureux exprime sa der¬
nière volonté à la dame de sa pensée.
Mes, comment que de moi aviengne,
(dit l’amant typique du Roman de la Rose)
Je li (Amour) pri que il li soviengne
De Bel-Acueil après ma mort,
Qui sans moi mal faire m’a mort.
Et toutes fois por li déduire,
A vous, Amors, ains que ge muire,
Dès que ne puis porter mon fès,
Sans repentir me fais confës,
Si cum font li loial amant,
Et voil faire mon testament;
Au départir mon cuer li lés,
Ja ne seront autre mi lés . l )
Au XV e siècle ces Testaments, à qui Jean de Meung
ne donne encore que deux vers de son Roman,
deviennent le centre de poèmes assez étendus ;
littérature fade au suprême degré, pleine d’allégories
incohérentes. On y croit entrevoir des lambeaux
d’idées et de sentiments et ce sont des ombres vaines
qui vous échappent; il y est parlé d’amants qui
meurent mille morts, et qui ne s’accommodent pas
mal à ce régime mortel, d’amants qui doivent être
régénérés et qui courent au trépas pour renaître à
une vie nouvelle *) ; de toutes parts on sent combien
’) Roman de la Bose vs. 4820—4831; vs. 4826 les édd. avec un grand
nombre de noss. lisent son fès, j’ai corrigé mon fès d’après le ms.
700 de la Biblioth. Royale de la Haye.
*) Le Testament d’un Amoureux qui mourut par amours,
(réimprimé Ane. Poés. Franç. IV p. 193—206) qu’on peut dater avec une
assez grande sûreté des environs de 1600 et que M. Campai: x cite p. 278
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m
ce siècle se démène ridiculement dans la défroque
littéraire que les grands siècles précédents lui ont
léguée, comme il est des familles où les cadets por¬
tent les habits usés de leurs aînés.
Villon, pour revenir à lui et à son œuvre, dans
les huitains qui ouvrent le Petit Testament a donné
dans la maladie de son temps. C’est l’éternelle
»dame sans merci” qui dès les premières stro¬
phes, vous regarde de son œuü froid et de son
sourire guindé tandis que l’amant essaie en vain
de l’attendrir sur son sort par des lamentations
ampoulées. Il est vrai que sous les formules res¬
sassées des cours d’amour, la prison qui le
brise, la soudure qui attache son coeur, la
parmi les imitations de Villon appartient bien plutôt à cette littérature
qui côtoie l'oeuvre de notre poète sans pouvoir aucunement être confondue
ayec elle. Un modèle du genre est Le M a r t i r d’amours (de 1464)
ms. franç, de la Biblioth. Nat. 1661. f®. 13 ss. ; on y trouve la doctrine
de la régénération dont il est fait mention dans le texte:
Car il (l’amant) n’est pas assez purgié
Et qu’il face son testament
En accomplissant son martire. etc.
Dans la littérature espagnole du XVe siècle nous trouvons le Testa-
mento de amor de Garci Sanchez de Badajoz, voir sur lui Velâzquez,
Origines de la poes. castellana, p. 64. M. P. J. Pidal dans son Introduc¬
tion à l’éd, de Madrid, 1851, du cancionero de Baena (de la Poes.
Cast. en los siglos XIV y XV) mentionne le Testamento
del maestre de Santiago, poème inédit de Juan de Valladolid ;
d’après les extraits qu’il en communique cette œuvre appartient au genre
didactique.
Peut-être y a-t-il une lointaine allusion à ces Testaments d’amour
dans Shakespeare, Romeo and Juliet Act I. Sc. 1, 196,6:
Bid a sick man in sadness make his will:
Ah, word ill urged to one that is so ill.
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123
mort de martir qui le placera au nombre
des saints amoureux') — que sous ces formules
même on reconnaît le grand poète à sa touche juste et
ferme, à je ne sais quelle note intime et personnelle *),
mais malgré ces qualités on s’aperçoit bien vite qu’il
se débat dans un genre faux. Est-ce que c’est parce-
qu’ii meurt amant martir ou plutôt parce
qu’il va en pays lointain qu’il fait son testament?
On croirqjt presque que la raison qu’il donnera c’est
*) La prison: se rappeler le début du premier sonnet de la Yita
Nu o v a :
A mascuna aima p r e s a e gentil core ;
F, Wolff. Ueber einige altfranzosischc Doctrinen und Allegorien von der
Minne; Bauduin de Condé fit la Prison d’amours, Jehan Froissart
la Prison Amoureuse; Diego de San Pedro la Cârcel de Amor;
pour A. Chartier, Hannappel, 1. 1. p. 289. A ce propos je ne me puis
retenir de copier les vers d’un poète moderne où il décrit sa dame des¬
cendant jusqu’à lui;
when the whole
Of the deep stair thou tread’st to the dim shoal
And weary water of the place of sighs,
And there dost work deliverance, as thine eyes'
Draw up my prisoned spirit to thy soûl !
D. G. Rossetti, The House of Life.
Le martire, voir Hannappel 1.1. p. 274. Souldure; on a beau¬
coup admiré cette image de Villon , on est allé (Campaux, p. 87) même
jusqu’aux confessions de Saint Augustin pour trouver quelque chose d’ap¬
prochant; la vérité est que Villon a très-bien pu tirer cette métaphore
des oeuvres de ses prédécesseurs; p. e. Martin Franc, Le Champion des
Dames (éd. Verard, s, d. et s. pag.) :
Deux cuers de rubis....
Assez paroit que dessoudez
Eussent esté moult rudement
Neantmaius furent ressoudez
Ensemble si estroitement
Qu’il sembloit véritablement
Qu’on ne les peut plus deslier.
*) voir p. 60.
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124
qu’il se sent près de mourir; non, il établit ses
legs parce qu’il part en voyage et c’est ainsi que la
réalité donne le croc en jambe au sentimentalisme et
que le lecteur reste sous une impression extrême¬
ment vague.
Villon se rattrappe, après cette introduction lar¬
moyante, sur la série de ses legs burlesques.
On s’est demandé souvent quel est le sous-entendu
comique qui sature d’esprit ces dispositions testa¬
mentaires constituant la plus grande part et la ma¬
tière propre de notre poème. Nous le trouvons dans
le rôle de chevalier •) que le bohème endosse en le
parodiant finement ou brutalement comme il lui con¬
vient et sans oublier un seul instant son existence de
vagabond et de coureur de tavernes.
C’est ainsi qu’il laisse sa renommée (il ajoute ma¬
licieusement: qui court le monde en l’honneur du
nom de Villon), ses tentes et son pavillon, tout le
bagage du chevalier en quête de tournois, à son père
adoptif, maistre Guillaume Villon. >) Tournez quel¬
ques pages et vous trouverez ce même chevalier à
peine en possession de quelques petits blancs, 3 )
léguant ses châssis tissus d’araignée aux hô¬
pitaux. On pourrait continuer de la même façon, le
montrer ici distribuant son cheval blanc, ses
x ) comp. p. 47.
a ) M. R. L. Stevenson, le charmant conteur et l’essayiste éminent, un
des esprits les plus délicats et les plus pénétrants de la littérature con¬
temporaine, a quelques bonnes observations sur les rapports entre Villon
et son père adoptif dans un Essay intitulé François Villon, stu-
dent, poet and housebreaker, Familiar studies of Men and
Books p. 128—200. Voir aussi la nouvelle: A lodging for the
n i g h t dans le second volume des New Àrabian Nigbts du même auteur.
*) Le petit blanc valait 6 deniers sous Louis XI. (Bibliopb. Jacob).
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chiens, son diamant •), là n’ayant à donner
qu’un canard et ses vieux souliers, ici léguant
sa huque de soie et dix muids de vin blanc,
là ses habits usés jusqu’à la corde et un pot d’eau
de la Seine. Certes le comique de la situation n’est
nullement encore épuisé par cette juxtaposition des
deux états d’écuyer et de bohème, chaque huitain a
sa veine spéciale: ce cheval blanc, ce diamant,
comme la mention de l’Asnè rayé») qui les suit
indique, sont des enseignes d’auberge 3 ); ces chiens
appartiennent bien certainement à la catégorie des
chiens tels que la locution populaire les promet
tout comme les oiseaux 4 ), ce canard apparemment
’) Cadeau qu’il a quasiment reçu d’une dame; comp. l’hystoyre du
petit Jehan de Saintré, chap. XXVI: „Et au prendre congié,
ma dame, le baisant, en l’ung de ses doigtz un très bel et riche dya-
mant luy mist.”
*) Voir Esbatement du mariaige des quatre filz Hé-
mon, (Jubinal Mystères inédits du XVe siècle I. 369.) et Ane. Poés.
Franç. VI. 177.
8 ) Le legs suivant de la bulle qu’il donne aux curés, pour la met¬
tre s u s ; c-à-d. pourqu’ils la maintiennent et la défendent, indique
bien la manière dont il faut interpréter les autres dons contenus dans le
huitain: il lègue ce qu’il ne possède pas à ceux qui le peuvent prendre
et garder. Ces nuances font la grande difficulté et le grand charme de
Villon.
*) Comp. Les contes etjoyeux devis de B. des Périers,
nouv. CVI : „l’abbé lui promettoit chiens et oiseau x.” Ainsi Villon
lègue, P. T. XXXIV, a Pierre de Rousseville : Escuz tieulx que
le prince donne le contexte montre clairement que son intention
est de ne lu.i laisser rien; c’est done eu opposition avec ce que le prince
promet, q u’il parle ici de ce qu’il donne effectivement. C’est là un des
effets comiques habituels de Villon, dont on trouve maint exemple dans
le Grand Testament; un mot, une locution en suggère une autre, sous
l’influence de laquelle le terme employé prend sa valeur et son relief,
c’est ce qu’on pourrait appeler de la perspective comique. Je ne puis in¬
diquer ici que d’un seul mot les vers que j’ai en vue. G. T. IL 2. eu
126
est un effet de la grâce de St. Canart 1 ); chaque legs
pris séparément ou en combinaison avec d’autres a I
sa physionomie comique à lui et on entend dans I
chaque strophe du Petit Testament comme des rica- s
nements qui se répondent et se cherchent, de l’esprit s
en ricochet. Aussi nous ne voulons nullement tran- i
cher le Petit Testament en deux parts, dont l’une i
serait la contre-partie de l’autre *), ce serait recon- i
naître trop de suite au talent de Villon, ce serait i
voir une intention trop définie dans ce qui n’est
peut-être qu’un effet du hasard de deux journées 1
différentes vouées au travail poétique, — et il reste
toujours quelques huitains de satire personnelle qui
formeraient une catégorie à part. Mais, avec toutes
ces restrictions, on ne peut se soustraire à l’impres¬
sion que la note dominante du Petit Testament est
le persifflage de la chevalerie et que cette série de
legs n’est qu’une procession de loques transformées
en partie pour l’occasion par les reflets magiques du
caprice poétique en l’accoutrement de quelque écuyer
riche et honoré. La citation de Végèce 3 ) au début
du poème, à elle seule nous l’aurait pu apprendre.
friche suggère en souffrance XYI. 6. sur pied ou en bière
suggère à pied ou à cheval: L. 7. tenir en parolles suggère
tenir en mue, etc.
*) Cotgrave, grâce de S. Canart; prov, a gift of that which tbe
giver cannot keep.
s ) Quoique l’ordre de succession des huitains dans les manuscrits nous
permettra, comme on le verra, une distribution plus logique que celle
qui a cours dans les éditions.
8 ) Le bibliophile Jacob dans son éd. de Fillon approuve la variante de
l’éd. Galiot du Pré, 1632, qui met Y al ère au lieu de Végèce , comme
si la sentence : „q u ’ on doit ses oeuvres conseilliez” devrait
être attribuée & Yalerius Maximus. Le savant bibliophile oublie que le
livre de Yégèce „de chevalerie” était presque aussi connu dan» les
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Et ce qui vaut bien plus, l’esprit dans lequel le
Petit Testament a été écrit, lui donne sa date et son
heure précises dans la littérature du XV e siècle. Car
si nous ne nous trompons du tout au tout, cette
satire mi-chevaleresque, mi-bouffonne appartient à un
genre d’ouvrages qui caractérisent la période où la
chevalerie commençait à se ressentir de son propre
déclin. On avait attaqué bien des fois, au XIV e comme
au XV e siècles, la noblesse guerrière >), cependant
deux derniers siècles du moyen âge que Yalère. Jean de Meung l’a tra¬
duit sur la fin du XHIe siècle et les nombreux exemplaires de différentes
versions, soit du XIYe soit du XYe siècle qu’on trouve dans les Bibliothè¬
ques attestent sa popularité; p, e. la Biblioth. de Bourgogne & Bruxelles
en possède trois: ms. 11195 du XIYe siècle, „C e est li livres
Flave Yegesce de la chose de ch e val e rie”; ms. 11048 du
XYe contient le texte modernisé du ms. 11195; ms. 11046 est une version
totalement différente. Livre III, c. 26 , Yegèce donne une série de maxi¬
mes, traduites par le ms. 11195 sous le titre de : Biglez gener-
raulz d’armez et de bataillez. Il est à remarquer que là où
le texte latin se rapporte spécialement à la vie militaire le traducteur
généralisé la maxime; p. e. Yeg: „Exercitus labore proficit otiocon-
senescit;” ms. 11195: n Homs prouffite par labour et aneantist par oiseuse”.
Quelquefois dans les mss. ces maximes et d’autres extraits de Yégèce se
trouvent à part comme un petit corps de préceptes généraux, p. e. British
Muséum Harl. 4473. f°. 51 — 68; L’instruction de chevalierie
et l’art de guerre. A l’une ou l’autre de ces sources Yillon aura
pu puiser, ou bien la tradition orale lui sera venue en aide; car Yégèce
était beaucoup cité dans les cercles littéraires qui avaient des attaches
parmi la chevalerie ; comp. Christine de Pisan, La mutacion de fortune,
ms. fr. de la Bibl. Roy. de la Haye 701 f°. XLI; en outre les réformes
militaires de Charles YII, 1439, 1445, (Yallet de Yiriville, Histoire de
Charles VII, III. 56, s.) avaient donné un regain de popularité au livre
de Yégèce, où les principes de l’art militaire étaient discutés ; c’est dans
cet ordre d’idées, par rapport à la nouvelle renommée militaire des Fran¬
çais , qu’il est cité, p, e. dans la Salle d’A. de la Sale, Bibl. de Bour¬
gogne, ms. 10959. f°. CXCIY; ce livre, comme il n’est peut être pas
inutile d’ajouter date de 1461 ; comp, Gossart, Bulletin du Bibliophile
Belge. 1871. p. 80.
*) Voir p. e. Chronique de Loys de Bourbon, ed. Chaaaud,
•128
elle avait toujours relevé la tête, elle avait même
retrouvé tout l’éclat de ses splendeurs passées aux
grands tournois qui marquent la fin de la guerre de
cent ans >). Et pourtant le rôle de la chevalerie était
bien fini, elle lâchait sa prise sur la société, il n’y
avait plus de place pour elle dans l’état moderne,
national qui se dessinait à l’horizon ; elle se sentait
vaincue, elle doutait d’elle-même.
Ce sentiment a trouvé son expression littéraire dans
les derniers chapitres de l’Histoire du Petit Jehan de
Saintré (1450—1460). La tristesse, mêlée d’étonne¬
ment vous gagne en parcourant ces dernières pages
d’un livre qui, à son début promettait une perspec¬
tive charmante , on éprouve comme le choc d’un res¬
sort qui se brise : c’est tout un monde qui va dispa¬
raître et une société nouvelle qui surgit»).
Au milieu de ce monde atteint dans sa vitalité
Villon jette la note gouailleuse de son Petit Testa¬
ment et son public à lui, chevaliers ou écuyers
appauvris, la domesticité de quelque grande cour
princière, les étudiants de l’Université, la bazoche
turbulente, les vagabonds à l’existence équivoque,
chap. III: comment Huguenin présenta au duc le livre peloux qu’il
avoit faict contre les nobles etc. ; et les exclamations haineuses
du Bourgeois de Paris sub anno 1444, éd. Tuetey p. 370.
*) Villon fait allusion à un de ces tournois, G. T. CXXIX.
*) Dans un passage d’un autre livre l’auteur du Petit Jehan de Saintré,
Anthoine de la Sale, a noté non sans une ironie amère et pathétique Pavé-
nement d’une nouvelle classe au maniement des affaires. n Il samble”, dit
il dans la Salle (ms, de la Bibl. de Bourg. n°, 10959 f°. XLVI),
„aux nobles que il est grant honte d’apprendre les sciences parquoy il
convient que les choses qui doivent estre gouvernées par eulx soient gou¬
vernées par gens de petite condicion et jasoit qu’ilz en soient de bons, si
ne requiert pas nature qu’ilz soient en généralité si bons de cœur et de
pensée comme les nobles doivent estre s’ilz ne le sont.
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■129
i
toute cette bohème dorée, insouciante, criminelle —
le public de Villon le comprenait à demi-mot et ap¬
plaudissait aux lazzi qu’il leur distribuait.
Trente ou quarante années plus tard la transfor¬
mation s’était accomplie ; la chevalerie s’était retirée
de la vie réelle et, animée pour quelque temps encore
d’un souffle factice, formait plutôt un décor qu’un
élément constitutif de la société nouvelle. Le type
bourgeois avait prévalu et par contre-coup l’intelli¬
gence sûre des intentions comiques du poète se per¬
dait: on ne s’en aperçoit que trop aux modifications
subies par le texte dans les anciens imprimés et au
groupement défectueux des strophes, qui obscurcit
l’intention originale du maître. »)
On s’en aperçoit bien plus encore en remarquant
dans ces éditions l’absence des strophes finales du
Petit Testament. Car ce petit poème d’un peu plus
de trois cents vers peut être divisé en trois parties
distinctes : après l’introduction sentimentale, après
la bouffonnerie des legs , il contient le récit d’un songe
ou plutôt d’un commencement de songe. Depuis l’au¬
teur du Roman de la Rose chaque poète qui respec¬
tait son métier, s’endormait au début de ses rimes
et courait après le réel à travers le dédale de son
x ) Le sort du Petit Testament de Villon a été partagé par d’autres
oeuvres contemporaines. Nous avons déjà parlé de cette particularité inté¬
ressant au plus haut degré l’histoire littéraire du XVe siècle. Relevons
encore ici le cas des XV J o y e s de Mariage; ce qui dans la forme
originale de cette satire (représentée par le ms. de Rouen) rappelle la vie
chevaleresque est omis par les éditions de la tin du XVe siècle et du com¬
mencement du XVIe, les tableaux de mœurs où l’écuyer joue le rôle
principal sont transformés en scènes d’intérieur bourgeoises. Comp. surtout
les variantes de la treizième joie, telles qu’elles sont données
dans l’éd. Jannet p. 138, 139 et 176
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430
songe poétique. Villon, au contraire, partant de la
réalité, après avoir conseillé ses oeuvres et
disposé de ses biens, s’adonne à la rêverie vague qui
conduit au sommeil ; un nuage passe sur son esprit
et bientôt il aborde le charmant pays où la fantaisie,
reine des songes, tient le sceptre. Quelle est l’image
qui le leurre ? Bah , nous sommes bien curieux ; il
ne nous l’apprend point, il se réveille tout d’un coup,
se frotte les yeux et n’ayant plus envie de continuer
son poème, ferme brusquement le livre et bonsoir
au lecteur.
Le songe, élément des plus nécessaires aux pro¬
ductions poétiques du temps, ne manque donc pas
à l’œuvre de Villon ; seulement au lieu d’être le point
de départ de ses effusions pathétiques, il en est
l’éteignoir; ce songe final est comme un bonnet de
nuit planté au chef de l’armure de chevalier qu’il a
bâtie d’une façon si étrange et si fantastique des legs
compris dans ses huitains.
Mais qu’est-ce que ce bonnet, volontairement ou
non supprimé par les éditions imprimées, peut bien
signifier? L’intention comique générale n’est pas à
méconnaître ; elle frappe en pleine poitrine ces auteurs
dont le talent n’avait pu s’émanciper d’une forme litté¬
raire qui traînait depuis deux siècles dans le magasin
poétique. Cependant la formule philosophique que le
poète a trouvée pour déguiser sa satire nous montre
qu’il poursuit un but caché, un dessein spécial. Car,
comme on sait, dans les vingt ou trente vers traitant
du sommeil du testateur, Villon a voulu faire montre
de sa haute érudition, et pour dire qu’il a dormi il
nous verse sur la tête tout un chapitre de somno
et de somniis tiré de quelque traité aristotélique
de Anima.
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131
Or, il existe un livre célèbre qui certainement n’a¬
vait pas perdu sa vogue du temps que Villon écrivait,
et dont le cadre est justement la rêverie d’un homme
cloué à son lit par la Mélancolie. C’est le traité de
l’Exil ou de l’Espérance, comme on le nomme
d’habitude, d’Alain Chartier. En comparant l’intro¬
duction de l’œuvre de Chartier avec les vers de Vil¬
lon, on ne peut se soustraire à l’opinion que ceci
est bien une parodie de cela. Non seulement nous
trouvons dans Chartier comme dans Villon l’enten¬
dement «surpris par un fantasieux somme”'),
la mémoire compressée par oubliance») et
d’autres expressions semblables, mais le style même
du vieux auteur, qui aime à entasser les termes sa¬
vants, qui étale tout au long ses connaissances psy¬
cho-physiologiques, qui parle des quatre vertus
sensitives, de la puissance végétative avec-
ques ses quatre filles, du pouvoir de l’en¬
tendement et de la nature — ce style démodé
est habilement imité dans les vers du Petit-Testament.
Il est d’autant plus intéressant de constater le fait
de cette parodie qu’il est certain que Villon a été en
quelque manière le disciple d’Alain Chartier. Sans
parler encore des poésies du maître , en ne feuilletant
que ce même livre de l’Exil, il appert combien
Villon doit à Chartier et sous le rapport des idées
et sous le rapport de la forme *) ; mais sans se laisser
*) AJ. Chartier, f°, XIV, Je cite comme toujours l’éd. de Galiot du Pré,
1529, corrigé par le ms. 707 de la Biblioth. Roy. de la Haye.
*) Chartier f°. XV. Comp. encore Chart. f°. III : „je senti ouvrir, couler
(1. crouler) et remouvoir la partie qui au meilleu de la teste siet en la
région de l’ymaginative que aucuns (leg. anciens) appellent fantasie”; et
f°. XI Je demouray tout suspens”; f°. LXIIII: „opinative”; etc.
*) On retrouve in nu ce dans le livre de l’Exil presque toutes les
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retenir par le respect des convenances, il a fait une
niche à son maître en lui dérobant une partie de ses
phrases à grand effet pour en orner sa propre ja¬
quette bariolée de bouffon. Et voilà comment le gamin
de Paris après s’être moqué de la chevalerie, tire la
barbe au chef vénéré de l’école littéraire contempo¬
raine , au père même de la grande prose française.
Le vieux poète a-t-il été encore témoin de l’attaque
de son disciple? Son oeuvre était-elle une nouveauté
qui ne venait que de paraître dans le monde litté¬
raire ? Ce sont des questions auxquelles nous ne pou¬
vons répondre que par des conjectures ') et qui inté-
considérations sur la ieunesse et la paresse, la vieillesse et la pauvreté
qui remplissent la première partie du Grand-Testament; et cette expression
même qui au premier abord semble du Villon si pur de l’adversité
aiguisant ses lubres sentimens (G. T. XII. 5.) n’est elle
pas empruntée au maître qui en parlant de la roue de fortune dit pitto
resquement : f°. LXVIII „C i 1 qui est au dessoubz aguise son
engin à la presse de l’angoisse.” — Au surplus on a la
preuve matérielle, pour ainsi dire, de l’intime relation subsistant entre
Villon et Chartier dans le fait d’une ballade du premier, égarée parmi
l’œuvre du second et que nous restituerons à l’escolier parisien.
*) La date de la composition de l’Exil d’Alain Chartier est fixée à 1438
par M. Delaunay, qui s’est occupé longuement de cette question dans son
Etude sur Chartier, Paris, 1876, p. 92—98, 171—173. Il est étrange que
M. Delaunay n’ait pas remarqué que l’auteur lui-même nous donne une
indication précise au corps de son œuvre. Chartier en parlant des Juifs
dit f°. LXV : „Voyez qu’il a passé mil CCCLXIII ans qu’ilz sont exiliez
etc.” Cela nous reporte à l’année 1433 et tous les faits mentionnés dans
le livre concourent à nous faire accepter cette date: il doit avoir été
écrit avant le traité d’Arras, aux premiers temps du concile de Bâle, au
milieu des guerres hussites, environ vingt ans après la bataille d'Azin-
court, lorsque l’auteur, pour finir par lui, avait déjà presque passé l’âge
viril. Tous les problèmes qu’offre le traité de l’E x i 1 ou de l’E spé-
rance sont résolus d’eux-mêmes, quand on place sa composition en 1433.
D’autre part, M. Delaunay a parfaitement démontré que ce livre n’a pas
été achevé par le poète, qu’il y manque non pas un épilogue mais une
partie intégrante de l’œuvre ; dès lors sa publication ne peut pas tomber
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ressent plutôt l’histoire littéraire générale du XVe
siècle que le sujet fort borné que nous nous sommes
proposé. Qu’il nous sulfise, à nous d’avoir bien marqué
les différentes inspirations d’où le Petit Testament
procède et les intentions cachées ou apparentes que
le poète y a voulu mettre. Oeuvre diverse, fragmen¬
taire , comme nous avons vu, se laissant diviser faci¬
lement en deux ou trois parties distinctes, écrite
sans beaucoup de suite, au hasard de l’inspiration
dans cette même année. Est-ce que ce n'est qu’après la mort de Chartier que
son travail incomplet a vu le jour ? Ou est-ce que le poète sur ces vieux
jours s’est laissé arracher des copies d’un livre fait en imitation libre du
chef-d’œuvre de Boèce et l’égalant parfois par l’élévation de son style ?
Il est impossible de répondre à ces questions, la date même de la mort
d’Alain Chartier étant incertaine. On la met généralement en 1453 ou aux
environs ; mais je crois qu'il faut la reculer de deux ou trois années. En
effet il existe une complainte sur la mort de Jacques Mil¬
let auteur de l’Histoire de la destruction de Troie la
grande où l’on trouve les vers suivants:
Lors vint maistre Alain Chartier
Sans nul autre hystoriographe
Qui sur la tumbe vint trader
En lettres d’or cest epitaphe.
Cette complainte, faussement attribuée à Robertet par M. Petit de Jul-
leville, Mystères, I. p. 316, parce qu’une copie nous en est restée dans
ses papiers, est bien certainement l’oeuvre de Simon Greban, comme le
prouve l’acrostiche Simon dans {la strophe finale de la complainte, telle
qu’elle nous est donnée p. e. dans le ms. T. 328. de la Biblioth. Royale
de la Haye. (Yoir sur Simon Greban La Croix du Maine, Biblioth. Franç.
éd. 1772, I. 68, 59; II. 408—410). Suivant Greban, contemporain de
Millet et de Villon, Alain Chartier aurait donc encore vécu l’an de la mort
de Millet, c-à-d, 1456; mais cet auteur mêle si fantastiquement les noms
des morts célèbres à ceux des vivants pour honorer la mémoire de Millet
que ce témoignage poétique ne pèse pas d’un grand poids. Cependant
j’inclinerais à ne pas mettre un trop grand espace de temps entre la mort
de Millet et celle de Chartier. Le résultat de ces longues considérations
serait donc qu’il est probable que l’attaque de Villon se soit dirigée contre
un ouvrage posthume du maître.
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du jour ou de l’heure, c’est bien là le jugement qu’il
faut porter sur le Petit Testament dès qu’on le con¬
sidère comme un tout.
Ce n’est cependant pas de ce manque de suite dans
les idées que nous avons voulu parler, lorsqu’au
commencement de ce chapitre nous relevions les inco¬
hérences de sens qui nous frappent à la lecture des
huitains de Villon ; ce manque de suite, cet état
fragmentaire, si l’on nous permet de nous exprimer
ainsi, tient au génie même de Villon, cette incohé¬
rence, ces disparates de ton, au contraire, on en est
redevable aux retouches que le poète a fait subir à
son travail. Nous pouvons traiter de celles-ci à pré¬
sent, après avoir déblayé le terrain un peu longue¬
ment peut-être, non sans fruit pourtant j’espère.
Un mot encore avant d’aborder ces questions. Celui
qui propose de grands changements dans un texte reçu
reste sous le coup d’un grand désavantage. Il n’a formé
sa théorie qu’après des essais cent fois renouvelés et
des recherches innombrables, il ne s’est décidé qu’a¬
près avoir examiné le problème sous toutes ces faces;
et quand enfin il doit mettre son argumentation par
écrit, il s’aperçoit bien vite, qu’il peut à peine faire
valoir sa conviction. Ah, si la discussion orale était
admise, comme l’on triompherait facilement, quelle
force nouvelle ne puiserait-on pas dans les objections
mêmes de l’adversaire, quelle démonstration claire
ne ferait-on pas en recourant toujours et encore aux
textes! Tandis que celui qui expose ses idées par
écrit sur ces questions épineuses d’abord doit faire
un choix parmi ses arguments, puis se fier à la bien¬
veillance, on ne la rencontre pas toujours, à la pa¬
tience et au zèle, on les rencontre encore moins, de
ses lecteurs. Et ce lecteur, même bienveillant, a souvent
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435
sa théorie à lui, ou encore ne veut nullement voir
que des changements sont nécessaires; il est con¬
tent, lui, pourquoi ne le seriez-vous pas, vous?
Dans ces cas-là on voudrait pouvoir se prévaloir
de l’autorité que donnent l’absolue sincérité des re¬
cherches , le besoin d’écarter toute arrière-pensée
théorique qui vous ont guidé comme un principe
sacré, mais ce serait se poser en oracle; mieux vaut
peut-être avoir simplement confiance dans la force
intrinsèque de son opinion ; si elle est bonne, elle
surnagera, si elle ne surnage pas, c’est la preuve
qu’il lui manquait quelque chose.
Les difficultés surgissent au Ille huitain ') ; Villon
après avoir dit qu’il »lui vint un vouloir dè
briser l’amoureuse prison, qui débrisait
son cueur” continue ainsi:
Je le fiz en telle façon, etc.
D’après le contexte ces mots: en telle façon se
doivent rapporter à la manière dont le poète brisait
les portes de sa prison. Or, dans les vers suivants
Villon n’indique nullement la façon dont il s’est
pris pour s’évader de l’enceinte qui le tenait. Ou bien
donc Villon s’embrouillait d’un vers à l’autre dans
ses idées, ou bien le huitain commençant par levers:
Je le fiz en telle façon,
n’est pas ici à sa place.
Je crois qu’il faut le remplacer par le huitain V :
Le regard de celle m’a p r i n s
Qui m’a este felonne et dure ; etc.
'} Comme toujours dans cette introduction, je cite les huitains dans
l’ordre qui leur a été donné dans l'éd. La Monnoye-Jannet sous ce rap¬
port conforme aux autres édd. du XIXe siècle.
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136
Alors la suite des idées est complète; le poète
Commence la description de sa prison et il revient
à son projet de fuite dans les trois derniers vers:
Si n’i voi secours que fouir:
Rompre vueil la dure souldure
Sans mes piteux regrets ouir
Au huitain suivant, le VI®, il expose plus en
détail son dessein de départ et revient encore sur son
thème favori que sa maitresse lui donne la mort en
le retenant auprès d’elle sans pourtant lui octroyer
sa grâce. >)
Le ton change absolument au VII® huitain ; c’est l’a¬
mant trahi qui y découvre les blessures de son cueur
et invoque la vengeance de Dieu sur la tête de sa maî¬
tresse. De combien les fadeurs précieuses des précé¬
dents huitains sont-elles distancées ! Le dessin est tracé
d’une main ferme, plus d’indécision dans l’expres¬
sion, la marche des idées une fois sortie des pre¬
miers replis de la pensée, se développe sûrement,
le ton, plaintif d’abord, s’enfle graduellement, prend
du relief, pour s’exalter encore dans ce cri suprême :
Dieu en vueille ouïr ma clameur!
On remarquera la même facture dans le huitain
IV que nous avons passé jusqu’ici sous silence. Le
même son caressant au début:
Eh ! se j'ai pris à ma faveur
Ses doux regards et beaux semblans,
le retour amer sur ce que le poète a souffert, l’image
familière au moyen de laquelle il peint son espoir
*) Comp. p. 60 de cette Introduction.
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137
déçu^ la résolution équivoque, cynique 1 ) qu’il prend
et qui ferme le huitain comme un coup de clairon
outrageant et moqueur.
l ) Nous avons parlé des p i e z blancs, p. 24 ; il me reste à expliquer
le çz^y nisme révoltant des deux derniers vers du huitain ; sous leur air
inno^3ent ils cachent des obscénités dont le sens certainement n’a pas
écha ^ap pé aux esprits subtils qui, les premiers, entendaient réciter la poésie
de illon. „P 1 a n t e r un autre complant” au premier aspect sig¬
nifia planter un champ nouveau, (complant = novelle-
tuncm ap. Nicot) chercher fortune ailleurs; mais celui qui se
rap£>«le que le XVe siècle, comme celui de Béroalde de Verville, aimait les
plaisanteries de gros sel, y verra tout autre chose. Dans le charmant
rom.au de Jehan de Paris le héros, faisant allusion aux noces pro¬
chaines de la fille du roi d’Espagne, se tournant vers la princesse, lui
dit : B J’ay ouy dire que l’on vous devoit demain combatre et pour ce
je "vous viens offrir.... de mes gens d’armes, qui ont bonnes lances et
roi&es.” Et le conteur d’ajouter : „De ce mot fut moult grant le bruit
P ar la salle de rire, car tous escoutoient diligemment.” (éd. Montaiglon,
P* 104.) Veut-on un autre exemple; voici un rondeau obscène de Henri
Bau.<ï e , le contemporain de Villon (papiers de Robertet, ms. fr. de la
Nat. 1721 f°. 23):
_ Dame si j’ay 1rs cheveulx gris
Vous avez la pance ridée ;
Si vieil suis, vous estes usée,
Par ainsi chascun vault son pris.
Je le sceuz quant je le compris etc.
^IP1 a n t e r d’ailleurs est un mot dont le sens au XVe sièle a une fort
5^ ^ande extension, nous le retrouverons au Petit Test. XX. 8. et surtout
d®—le jargon des voleurs ; sans toucher ancunement aux nombreuses
qrm^stions que ce verbe soulève, constatons ici seulement qu’il est pris
ao'ixvent pour fournir, E. Dechamps (éd. St. Hilaire II. 4): „Telz
eat d’avoir et en hault lieu planté,” de là planter les marques
(Ballades du Jargon de Villon IV. 3), marque = fille, maîtresse de
voleur (Fr. Michel, Dictionnaire d’Argot, in voce ; GP J. Ascoli, Studi
Critici, I. p. 130 ); Bibl. de Stokholm, ms. fr. n°. LUI, f°. 25: „Et les
(c-à-d. les marques) plantez en paillardie;” ibid: „pour la marque
fournir.” Tout comme le sens de planter (fournir) se prête à
1 équivoque, le substantif plant aussi me semble avoir une signification
obscène ; ms. de Stockholm f°. 27 : marques de plant (Nuovo modo de
f**tendere la lingua zerga, Vinegia 1549 : p i a n t o = bordello).
î;
/
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La manière dont Villon procède rappelle, en quel¬
que sorte le manège quasi félin, le coup de griffe
sous patte de velours qui caractérise la satire du
Grand Testament. Donc, et la conduite que le poète
se permet envers sa maîtresse si différente de celle des
huitains précédents et suivants, et la façon dont il
exprime ses idées nous obligent presque à assigner
aux huitains IV et VII une date postérieure à celle
des autres strophes.
Une considération, empruntée à l’histoire générale
de la littérature au XV e siècle, vient à l’appui de
cette argumentation. Comme M. G. Paris l’a ob¬
servé ') il y a deux courants de poésie dans ce siècle;
ce qui domine c’est la poésie conventionnelle, allégo¬
rique, mais à côté, bien loin d’elle on aperçoit une
riche éclosion de poésie populaire. Chez Villon les
deux tendances opposées se rencontrent et luttent
entre elles; on le voit aller en avant, s’émancipant
de la forme officielle, et le Petit Testament nous
Frapper en un autre coing en premier lieu signifie : forger ma
monnaie à un autre coin, figurément pour : chercher une autre maîtresse
qui ne lui ressemble pas (comp. Molinet, Roman de la Rose moralisé,
ms. fr. de la Haye n°, 698, f°* XC, v°. : „leurs semblables de pareil
métal et tappez cemeismescoin g.’*) Mais ensuite cette expres¬
sion offrait encore un tout autre sens pour un contemporain de Villon.
Si n’est il que frapper en coing.
dit le depucelleur de nourrices dans son sermon joyeux, Ane* Poés.
Franç. VI. p. 200 ; et Coquillart, qui dans ce passage des Droits
nouveaux n’a pas été compris de son savant commentateur, éd. d’Hé-
ricault I. 87, parlant de l’argent gagné par la prostitution: „Telle mon-
noyé est forgée à double coin g.” Comparez encore ce que dit la
Vieille dans les Miracles de Ste. Geneviève (Mystères publiés par Jubi-
nal, I. 291.) :
Tousiours estoie ou plaine ou yvre,
Et plus me fesoie coignier etc,
*) Dans l’introduction k son éd. des Chansons du XVe siècle.
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139
semble marquer la transition entre les deux genres.
Or, dans les huitains IV et VII l’expression populaire
ou plutôt naturelle a déjà gagné entièrement le dessus,
preuve évidente pour nous qu’ils doivent être rap¬
portés à une époque postérieure dans le développe¬
ment du génie poétique de Villon. »)
*) Après avoir bien marqué la double inspiration dont Villon procède,
il n’est peut-être que juste si nous ne nous exagérons pas trop son mérite
d’avoir frayé une voie nouvelle à la poésie. En cherchant bien, on trou¬
verait dans Alain Chartier, dans Charles d’Orléans même , quelques indices
d’un rapprochement vers la poésie populaire. E. Deschamps à la fin du
siècle précédent et au commencement du siècle de Villon, avait déjà puisé
largement à la même source, tandis qu’on retrouve la veine encore plus
pure dans les poésies personnelles de Rutebeuf au XlIIe siècle. Mais sans
remonter aussi haut, il est à remarquer que ces rapports divers entre la
poésie populaire et la poésie conventionnelle, — cette séparation complète
des deux genres, et d’autre part c,es rapprochements — sont un fait gé¬
néral de la littérature au XVe siècle. Pour l’Espagne voir : de los Rios ,
Historia crit. de la liter. espanola, T, VII. le chapitre intitulé, La poesia
popular hasta el reinado de Carlos T ; — pour l’Italie une observation de
M. d’Ancona dans son beau livre, La poesia popolare italiana p. 124,
125:.„Cosi si originè uno stacco fra la poesia dei dotti e quella
dei volghi, cui fu in gran parte rimediato, quando Lorcnzo il Magnifico
ed i suoi cortigiani tornarono a riamicare le Muse col sentimento popolare.
È chiaro che nel periodo anteriore a Lorenzo, poichè il popolo non aveva
piu chi facesse per lui, cominciasse egli a far da per sè e cosi venisser
fuori versi rozze si, ma non ineleganti, che formavano una maniera propria
delle plebi.” Grâce aux travaux de MM. d’Ancona et Carducci on peut
snivre le courant de la poésie populaire italienne et son influence sur la
littérature depuis le Contrastode Ciullo d’Alcamo (comp. la disser¬
tation dans Le antiche Rime volgari, pubbl. per cura di d’Ancona e Com-
paretti, I. p, 256), les sonnets de Cecco Angolieri da Siena, (voir d’An¬
cona , Studi di critica e storia letteraria, pp. 184 ss.) les madrigaux d’Alesso
Donati (Carducci, Cantilene e ballate nei secoli XIII e XIV, p. 298 ss.)
jusqu’ au siècle de Laurent de Medicis et de Louis Pulci. Sous le rap"
port du ton et du style beaucoup de ces poésies populaires-artistiques se
rapprochent de celles de Villon, comp. p. e. un sonnet tiré par M. d’Ancona
du recueil d’Allacci p. 310, et attribué par lui à Cecco Angolieri avec
ke debat du Cueur et du Corps de Villon. Pour prendre un
140
Les huitains VIII et IX ne nous arrêteront pas,
ils font régulièrement suite au huitain VI ; mais il
nous faut reconsidérer attentivement la 3 m « strophe.
Ce n’est pas qu’elle ajoute rien de nouveau à ce que
nous apprend le reste des vers de Villon ; non élle
est plutôt remarquable pour ceci qu’on peut l’omettre
sans que le poème subisse la moindre perte, elle
résume brièvement la position du poète envers sa
maîtresse et tient le milieu entre les deux aspects
sous lesquels il a successivement envisagé ses rela¬
tions avec elle. ') Seulement le huitain passe sous
silence le projet de fuite, car il est impossible que
le premier vers s’y rapporte. Et justement ce pre¬
mier vers :
Je le fiz en telle façon
nous donne la plus grande difficulté ; qu’est-ce que
le poète a fait, ou va faire? car comme nous l’avons
autre exemple et un autre poète presque contemporain de Villon, compares
la manière du Burchiello dans ces bons moments avec celle de notre poète,
e. a. le sonnet qui commence: „Molti poeti han già descritto Amore,'
(Sonnetti del Burchielle, Londra 1751. p. 86) si finement commenté dans
le charmant petit livre de Paolo Minucci, Le merende di Burchiello, p,
116, 117. Villon, pour compléter les renseignements sur l’influence que
la poésie populaire proprement dite a exercée sur son génie, — Villon ne
cite pas seulement des bribes de chansons populaires de son temps, maie
il use aussi des ressources offertes par ces chansons pour se moquer fine¬
ment et couvertement du roi qui l’a délivré de la dure prison de
Me un g; comp. Grand Test. IX et la chanson de nourrice dans les
Canti popol. avellinesi d’Imbriani, p. 49.
^Consentant & ma def façon est bien d’accord avec veult
quej’endure la mort du huitain V, car quoi qu’en dise l’abbé Promp*
sault, Marot a raison d’expliquer deffaçon par mort; en reqné*
rant d’elle vengence, etc. se rapporte au dernier vers du haitaiu
VII. Notons encore que le h. III rappelle en quelque sorte la Balles
de Villonàs’amyedu Grand Testament.
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141
remarqué plus haut, •) on peut lire tout aussi bien
je le fes (fais) que je le fiz.
La question semble devenir encore plus compbquée,
quand on se rappelle la lacune offerte par le ms. D et les
anc. édd. imprimées au commencement du Petit Tes¬
tament. En effet ils laissent de côté tout ce que nous
croyons essentiel au poème et sautent d’un coup du
troisième huitain au dixième. Constatons d’abord que
nos recherches nous ont appris au moins une chose
certaine, c’est que manuscrits et éditions tirent leur
origine d’une source commune et la lacune même
nous en donne une nouvelle preuve. Autrement com¬
ment s’expliquer que la 4 me strophe de D et des anc.
édd. (la 10 me des mss. A. B. C.) commence par:
11 e m à celle que j’ay dict.
ce qui suppose qu’une autre strophe a précédé celle-ci
contenant le début des legs de Villon?
11 n’y a qu’un moyen pour nous tirer de cet em¬
barras: un feuillet doit avoir été arraché ou perdu
de ce même manuscrit, qui auparavant avait déjà
été utilisé pour les copies A, B, C. Mais alors le
troisième huitain doit avoir existé au même feuillet
que le deuxième et avoir quelque connexité avec
celui-ci; partant nous restons toujours devant le
problème que nous avons soulevé plus haut.
Pour résoudre la difficulté, représentons nous bien
le résultat obtenu: le premier feuillet du ms. ori¬
ginal (c-à-d. un premier feuillet, car nous ne pou¬
vons savoir encore, si le Petit Testament n’avait
pas son commencement sur un feuillet au milieu du
livre et même sur le verso de ce feuillet.) — un
J ) p, 42, note 2 de cette Introduction.
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m
premier feuillet donc doit avoir été rempli par les
huitains I—III, le deuxième feuillet, arraché ensuite,
contenait les six huitains IV—IX, le troisième les
huitains X et suivants.
Le cas d’un feuillet perdu, arraché ou rayé se
répète, par rapport au ms. D et aux anciennes édi¬
tions, à la fin du Petit Testament. Je n’ignore pas
que l’on a souvent exprimé le doute, si ces quatre
huitains, XXXVI—XXXIX, omis appartenaient bien
au poème, mais je crois qu’il ne peut y avoir deux
opinions là-dessus; dès qu’on admet le huitain XXXV
au poème, comme toutes les éditions l’admettent, on
ne peut plus écarter les quatre suivants.
Or, voilà une preuve matérielle, palpable que les
feuillets du ms. original de Villon ne contenaient
que quatre strophes; deux des huitains du second
feuillet doivent donc avoir été écrits à la marge, ce
sont ceux que nous avons reconnus comme ajoutés
postérieurement '). Et si ce remaniement du texte par
le poète lui-même est démontré ici visiblement, rien
ne nous empêche — toutes autres combinaisons étant
épuisées — de recourir au même moyen pour expli¬
quer la présence du troisième huitain.
En effet il nous semble que ces vers ont été faits
les derniers en date, lorsque le poète, revenu de
ses amours, prit la résolution de démarquer son
œuvre et voulut remplacer les strophes si personnelles
du début par quelque chose de froid et de banal qui
pourtant n’était pas tout à fait hors du ton du poème,
*) On peut fort bien se représenter la place occupée par ces strophes
marginales, l’une un peu en haut du feuillet recto, l’autre un peu en
bas ; par là s’explique le fait que les deux huitains primitifs sont comme
intercalés entre les vers qui expriment la seconde pensée de l’auteur.
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143
tel qu’il 'était connu de ses amis et de ses compa¬
gnons «)• Alors le troisième liuitain tient lieu des hui-
tains II—VIII et le premier vers, que l’on devra lire ;
Je le fes (fais) en telle façon,
se rapporte au projet du poète de conseiller
ses oeuvres.
Une fois mis sur la trace de ces remaniements
postérieurs, on se demande, si le corps du Petit Tes¬
tament, la série des legs, en est resté libre. Cette
question donne lieu à des conjectures plutôt qu’à des
données certaines; cependant nous ne l’éluderons
point, quoique convaincus que de plus en plus nous
nous mouvons sur un terrain glissant.
Et d’abord, au troisième feuillet du ms. original
les trois strophes qui harcèlent le pauvre »maistre
Robert Vallée”, nous paraissent avoir été ajoutées
en marge en regard du huitain XVII qui dote
Jacques Cardon*) d’une infinité de choses bonnes
à manger et à boire. On est frappé de l’ampleur de
la satire qui berne le pauvre clerc du Parlement;
cela rappelle bien plus la manière du Grand Testa¬
ment que la touche légère du Petit Testament.
Nous pourrions donner d’autres raisons encore:
remarquer comment il n’est plus question de Vallée
au Grand Test, quoique presque tous les noms dont
a ) Dans le Grand Testament aussi on trouve des traces d’une seconde
rédaction faite par le poète.
s ) M. Longnon p. 115 de «on’Essai l’identifie avec Jacotin Cardon,
«marchant drapier et chaussetier,” Mais en ceci, tout aussi peu que pour
Robert Vallée, le savant archiviste nous semble avoir eu la main heureuse.
La pointe du huitain qui concerne Cardon suppose plutôt qu’il fût pro¬
cureur ou attaché en quelque sorte au Parlement, tout comme Vallée ; à
comparer aussi A. Fabre, Les clercs du Palais, 2e éd. p. 171.
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144
il est fait mention au Petit s’y retrouvent») etc.;
mais peut-être il vaut mieux nous fonder sur le fait
matériel de la confusion dont tous les mss. souffrent
au 3e feuillet. Le ms. A place les trois strophes in¬
criminées avant le XIP huitain, le ms. C. les relègue
tout à la fin de l’œuvre, les éditions imprimées les
font précéder d’un huitain, le XIII e , qui bien cer¬
tainement n’est pas là à sa place, etc. Une bonne
partie de ces contradictions pourraient s’expliquer par
la supposition que le 3 e feuillet verso avait les hui-
tains XIV, XV, XVI ajoutés en marge.
Le quatrième et cinquième feuillet du ms. original
non plus ne nous semblent avoir été exempts de
particularités qui ont dérouté les copistes et em¬
brouillé la série des huitains telle que nous la pos¬
sédons. Il se pourrait que le huitain XIII fût d’une
date postérieure aux autres et que quelqne accident
eût empêché le huitain XXII d’obtenir dès l’abord
sa place légitime au ms. principal»); qu’il nous suf¬
fise cependant d’émettre un doute sans creuser plus
avant.
Le huitain XXIII offre un problème plus intéres¬
sant. Il doit avoir appartenu à la rédaction primitive
du Petit Testament, parce qu’il est fait allusion aux
termes mêmes de cette strophe dans le Grand Tes¬
tament (h. LXVII) ») ; pourtant seuls les mss. 6. et
le donnent ; le reste, mss. et éditions, l’omettent
*) Naturellement hormis celui de René de Montigny qui entretemps
avait été bel et bien pendu, voir M. Longnon, p. 74.
*) Comp. le tableau, p. 78 et les irrégularités du ms. D, p. 83, nt. 3.
*) Comp. aussi Grand Test. XCY1II, là comme au Petit Test, (selon D)
le huitain faisant mention du bastard de la Barre précède celui
qui concerne Chollet.
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145
Est-ce qu’il était rayé ou passé, soit par accident
soit intentionnellement, dans le ms. principal, dont
notre tradition dérive et la lacune a-t-elle été suppléée
de quelque autre source? — tout comme le vers XXY.
3, soit rayé soit omis dans notre ms. principal, et
que Marot a pu rendre à Villon d’après un ms. qui,
intimement lié au nôtre, était écrit avec beaucoup
plus de soin.
Il est impossible, comme nous croyons, de se pro¬
noncer sur ce point; seulement nous croyons aussi
que nos recherches ne doivent pas s’arrêter à cet
aveu d’ignorance. Le personnage dont s’occupe le
huitain cité a joué probablement un grand rôle dans
la vie de Villon, et il se pourrait qu’un mystère
fût caché sous l’omission presque générale des vers
qui le concernent.
Qui était donc ce Perrenet Marchant, qu’on
dit le Bastard de la Barre? On cherchera en
vain son nom parmi les personnes dont M. Longnon
a pu refaire l'état civil dans son savant Essai. On y
trouvera celui d’un autre Marchant, Ythier, qui
certainement a été des familiers du poète ') et qui
J ) M, Longnon, p. 116, se contente de citer la chronique scan¬
daleuse et n’ajoute rien aux renseignements sur Ythier Marchant don¬
nés par Le Duchat dans une note de l’éd. de 1742. M. Yitu, dans sa
Notice sur François Villon p. 45 nous promet un dossier com¬
plet sur cette personnalité considérable et sombre,
comme il l’appelle. Même sans recourir aux documents qui sont encore
enfouis aux dépôts publics, on peut se faire une idée de l’existence
d’Ythier Marchant successivement agent politique de Charles de Guienne ,
de Louis de Luxembourg, comte de St. Pol, de Charles, duc de Bour¬
gogne et mêlé à toutes les intrigues ourdies contre Louis XI. Voir sur
lui une pièce insérée aux preuves des Mémoires de Commynes, éd. Du¬
pont, III, 5: „Que mon maistre (Louis XI) scet les allées et les venues
que ont faites devers vous (Charles de Bourgogne) Gaudete et maistre
10
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146
peut-être était le parent de Perrenet ; mais le bâtard
de la Barre ne semble pas avoir laissé de traces de
son existence.
Pourtant Villon le cite à diverses reprises dans son
Grand Test., d’abord avec la bonhomie méprisante
qui caractérise la strophe du Petit Test.; plus tard
le sarcasme s’accentue; le bellâtre qui vit de sa fa¬
veur auprès des dames et qui gagne l’argent de ses
amis en pipant les dés, est impitoyablement flétri. ')
Une troisième fois (G. T. LXXXIII) le poète lui
confie la mission de porter une ballade à sa maîtresse.
C’est la célèbre ballade de Villon à s’a m y e qui
nous paraît être une œuvre de sa jeunesse. Elle offre
cette particularité que la première strophe donne
en acrostiche le nom de Francoys c-à-d. le nom
du poète. L’acrostiche s’arrête là, comme on l’a cru
jusqu’ici ; à tort suivant nous : il faut distinguer
deux manières de notre poète par rapport aux acros¬
tiches , sa seconde manière qui consiste à signer
l’envoi seul de son nom Villon»), et sa pre¬
mière, plus pénible, qui continue la légende par
Ythier, marchant, maistre de la chambre aux deniers de monseigneur de
Guienne et tout ce qu’ils ont fait.” Son nom a été défiguré dans l’ar-
rest et condempnation de Loys de Luxembourg, cité
dans les chroniques de J. Molinet, éd. Buchon, I 189 : „... plusi-
seurs voyages ont été faits par maistre Gauthier, Marchand,
Pousse de Rivière et aultres, touchent ce que dit est.”
*) Pour les deux derniers vers du huitain XCVIII comp. les deux
rondeaux d’E. Deschamps, f». CLXXVJI et CLXXVIII du ms. 840 fr.
de la Biblioth. Nat. Ces deux vers prouvent la familiarité dans laquelle
Villon à vécu avec Perrenet Marchant.
2 ) p. e. la B a 11 a d e faite pour sa mère , la Ballade de la Grosse
Margot, le Débat du cueur et du Corps de Villon et les
deux ballades que nous publierons à la fin de cet Essai.
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147
toutes les initiales des trois premières strophes '). Or,
la deuxième strophe de la Ballade à s’amye nous
donne le résultat suivant : Martheos, selon les mss.,
Marcheos, selon les anciennes éditions imprimées
etMarchens, après une correction évidente faite à
l’avant-dernier vers où il faut lire ne au lieu d’ou.
La troisième strophe ajoute aux noms désignés par
les lettres initiales celui de Villon. Il est vrai qu’en
suivant la leçon des mss. B et D, on n’obtient en
acrostiche que Viiluons, mais on ne va pas trop
loin en appliquant un remède héroïque à cette bal¬
lade cruellement navrée par le temps et par la né¬
gligence de son auteur. On lira donc au lieu du vers
traditionnel :
Vieil je seray ; vous, laide , sans couleur,
la phrase suivante: »Las vieil seray” et on res¬
tituera de cette façon le nom tronqué du poète. »)
Mais alors qu’est-ce que peut bien signifier cet
accouplement de noms? March'ans ou Mar ch en s
*) Ici il me faut apporter des preuves, parce que je crois être le
premier à faire cette remarque. Dans la Ballade que Villon fit pour
Robert d’Estouteville (Jannet p. 74, 75), on lit, en reliant les initiales
entre elles : Ambroise dqLorede, epunse (épouse) d e (le nom
du seigneur qui est supposé avoir écrit la ballade doit suivre en sous¬
cription), Le XVe siècle se permettait des libertés avec les acrostiches et
é p u n s e pour épouse est une licence excusable.
2 ) On fera peut-être l’objection que V i i 11 o n toujours n’est pas encore
Villon, mais je pourrais répondre qu’ici l’exigence de la strophe à huit
vers a forcé le poète à doubler et à accentuer la voyelle de la première
syllabe de son nom, dédoublement qui n’a rien de bien extraordinaire
au milieu de l’orthographe et de la prononciation capricieuses du XVe
siècle. Ainsi le ms. C. (Grand Test. CLXV) fait rimer: rai lion,
Villon, seillon (pour sillon) etcorbeillon (pour corbil-
1 o n). En tout cas la suggestion, présentée par l’assemblage de lettres
V i i 1 u o n , dans une ballade à acrostiche est trop frappante pour qu’on
soit excusé de la négliger.
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m
suivant l’orthographe de Villon, indique-t-il simple¬
ment le messager d’amour, ou cette ballade est-elle
la vengeance de deux amants éconduits par la coquette,
rivaux au temps qu’ils espéraient chacun la grâce de
la belle, redevenus amis dans l’adversité ? L’acros¬
tiche de la deuxième strophe enfin, ne peut-elle
aussi se rapporter à maistre Ythier Marchant') que
M. Longnon a cru un instant le rival préféré de
Villon?
Toutes ces questions restent jusqu’ici et resteront
peut-être toujours sans réponse, partant nous ne
pouvons faire que des conjectures vagues sur les cau¬
ses qui ont motivé l’absence du huitain XXIII dans
un manuscrit de l’autorité d’A, sans parler du ms.
C. et des anciens imprimés qui également l’omettent.
Ce que nos recherches nous ont appris c’est qu’il est
fort bien possible que cette omission ait été un effet
de la révision à laquelle le poète a assujetti son œuvre.
Car un grand fait se dégage de toutes ces considé¬
rations : nous ne possédons pas le Petit Testament
tel qu’il a été publié par le poète, l’an cinquante
six”*), mais bien une révision postérieure. Pour
*) M. Longnon, p. 117 : „11 est remarquable que le nom de maître
Ythier vient sous la plume de Villon, dans l’un et l’autre des Testaments,
aussitôt qu’il a parlé de la dame de ses pensées.Doit on con¬
clure de ces faits que Ythier Marchant était le rival préféré de Villon.
Non, sans doute, etc.”
2 ) Il ressort du huit. LXV. du Grand Test, que le poème de Villon
était connu de ses amis dès l’année 1456. Le poète, comme l’on sait,
y défend son œuvre contre le nom de Testament, qui lui a été donné
par aucuns, tandis que lui-même l’a désignée comme certains lays.
Nous croyons que ce nom de Testament était désagréable à l’auteur
parce qu’il rappelait trop la mort prochaine du testateur, souhaitée peut-
être par ces aucuns dont il parle ; lays avec son double sens de
legs et lays ménageait mieux la susceptibilité de Villon. Pour une
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149
reconstituer la forme primitive de l’oeuvre, il faudrait
ôter les huitains III, IV, VII, (XIII), XIV, XV,
XVI et réparer l’omission d’A. etc. en ce qui con¬
cerne le huitain XXIII.
En quelle année le poète a-t-il remis son travail
sur le métier? Cette question, se rattachant à la
chronologie générale des poésies de Villon, ne peut
être traitée ici; elle comporterait trop de dévelop¬
pements sans amener une solution certaine. Nous
l’écartons donc à présent, pour finir cette introduc¬
tion par un résumé des résultats partiels, obtenus
par l’étude des mss. et édd. en vue de la reconstruc¬
tion d’un ms. principal des œuvres de Villon.
On l’entrevoit maintenant, ce manuscrit, d’où notre
tradition dérive; on croirait presque le tenir entre
les mains, ce livre, écrit peut-être par le poète lui-
même, avec ses feuillets à quatre huitains, ses ad¬
ditions à la marge, ses pages déchirées ou rayées,
ses lacunes ou ratures, ses obscurités, ses annota¬
tions et corrections sorties du cerveau de quelque
disciple de Villon.
Abstraction faite du différent ordre de succession
des huitains dans les manuscrits, ce sont surtout
ces gloses qui nous empêchent de voir clair dans
les rapports qui unissent nos mss. à leur origi¬
nal. Nous avons trouvé quatre sortes de gloses: des
notes, des scholies anciennes (p. 44—47), des cor¬
rections communes à des mss. de famille différente
(P- 88, 112), des remaniements postérieurs du texte
(P- 72 et ss. et passim), et des conjectures indivi-
®utre explication, — l’originalité revendiquée pour son oeuvre par devers
Testament de Jehan de Meung, — voir Dr. S. Nagel. François Villon,
P* 17, nt 59.
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150
duelles que l’on rencontre dans l’un et l’autre ma¬
nuscrit (p. 81. ss.). Sans qu’il soit possible d’en
donner la preuve complète, nous croyons que le
total ou la plus grande partie des deux premières
espèces de gloses existait déjà dans le ms. principal,
œuvre d’un annotateur quelconque, à qui le poète
avait légué son manuscrit ■). Les deux dernières
sortes de gloses appartiennent par) leur essence même
aux copies de l’original. Pour celles-ci, elles ne nous
arrêteront pas ; pour celles-là on pourrait se demander,
si elles avaient déjà leur place en entier dans le ms.
principal du temps qu’ a été faite la copie qui est
représentée dans notre tradition par A; ou si elles
y ont été ajoutées successivement.
De la solution de cette question dépend le jugement
que nous devons porter sur le degré de parenté unis¬
sant A avec B et C. Dans la première supposition
A, B et C peuvent dériver d’une copie-mère qui
contenait les gloses (1 et 2) et le texte, comme nous
l’avons admis précédemment (p. 88) ; mais il se peut
aussi qu’ A représente une tradition antérieure à part,
et que B et C tirent leur origine d’une copie-mère
a (= A) revue et corrigée d’après le ms. original
modifié *). Quoi qu’il en soit, l’autorité critique assignée
par nous à A, B et C n’en change pas et pour toutes
les questions pratiques la différence entre les deux
théories n’est d’aucune valeur. Aussi n’aurions-nous
pas soulevé ce nouveau problème dans ce résumé, si
nous n’avions pas voulu démontrer une fois de plus,
combien l’histoire pas à pas et de détail en détail du
*) Yoir p. 90 de l’Introduction.
-) Le différent ordre de succession des huitains dans A, B et C nous
pourrait conduire aussi à la supposition d’une confrontation, renouvelée de
temps en temps avec le ms. principal.
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151
texte de Villon est difficile ou plutôt impossible à
faire.
Nous pouvons l’esquisser seulement à grandes lig¬
nes et constater le fait que les copies du ms. ori¬
ginal appartiennent à deux branches principales :
l’une, antérieure, dont A forme une tige à part,
tandis que B et C se tiennent de plus près >) ; l’autre,
postérieure de date, ayant donné lieu à deux tiges,
D et la copie qui a servi de fondement aux anciennes
éditions. Quelques corrections de l’édition de Marot
nous prouvent l’existence d’une source distincte,
mais intimement liée à notre ms. principal. Une troi¬
sième source serait indiquée par quelques variantes
communes à deux mss. de famille différente et la
présence dans ces mêmes mss. d’un huitain omis par
les autres ; mais son caractère reste vague et son
existence problématique *).
Ce sont là des recherches théoriques ; au point de
vue pratique elles nous servent à élucider la ques¬
tion, comment il faut procéder pour reconstituer le
texte original du poète. Evidemment la leçon d’A,
comparée à celle de B et 'C pour nous sauvegarder
de la négligence et de la bêtise de son copiste, doit
former la base de ce travail. Puis viendra la confron¬
tation avec l’autre famille des manuscrits, qui nous
permettra de marquer les bévues de la copie mère
d’A, B et C ; ensuite les corrections suggérées par
l’édition de Marot devront être considérées attenti¬
vement. Il reste un quatrième facteur, le bon sens
que chaque critique préconise pour son compte in-
J ) Date approximatixe : pour À, 1465—1475, ponr B, 1470—1480, pour
C, 1475—1485.
*) Voir pp. 65 et 77,
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152
dividuel; nous avons tâché de l’aiguiser, comme
dirait Villon, en nous pénétrant autant que possible
de l’esprit des œuvres du poète. Cependant nous
n’avons suivi que rarement ce guide dangereux,
étant convaincu que l’autorité objective des mss.,
en général, doit peser davantage dans la balance du
critique que les subtilités écloses dans le cerveau du
chercheur.
Le résultat de notre travail que nous offrons dans
les pages suivantes, pourra sembler bien dispropor¬
tionné aux longues digressions de cette Introduction;
le mot sublime de l’Evangile sera notre défense;
que s’il y a plus de joie dans les cieux pour un pé¬
cheur converti que pour cent qui toujours ont vécu
saintement, ne sera-t-il pas permis au critique litté¬
raire de s’occuper longuement et tendrement de ces
autres fils prodigues, les passages corrompus et tron¬
qués ? Le critique — animal étrange, qui dans son
for intérieur se réjouit bien plus à la vue d’un vers
restitué qu’à la lecture de cent autres qui de tout
temps ont été clairs et qui jamais n’ont présenté de
difficultés !
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0
LE PETIT TESTÂMEET.
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ABRÉVIATIONS.
"V
A = n?. 1661, ms. fr. de la Bibl. Nat. (p. 18 et ss.)
B = n°. 53, ms. fr. de la Bibl. Roy. de Stockholm, (p. 47 etss.)
C = n°. 316, ms. fr. de la Bibl. de l’Arsenal, (p. 07 et ss.)
D = n°. 20041, ms. fr. de la* Bibl. Nat. (p. 79 et ss.)
L = l’éd. de 1489, Bibl. Nat. Y. 4405. Réserve, (p. 91 et ss.)
M =: l’éd. de Marot, 1533. (p. 96 et ss.)
NOTA. Le texte suivi est celui du ms. A ; les déviations, même
graphiques, sont Indiquées aux variantes ; pour les autres mss. et e n
on a négligé les variantes d’orthographe.
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155
LE TESTAMENT
DE MAISTRE FRANÇOIS VILLON.
t
I.
L’an C C C C cinquante six,
Je, François Yillon, escollier,
Considérant, de sens rassis,
Far. B. Le premier test. maisire /. V C. Le lais F\ V.
L, M. Le petit Testament etc . — I. 1, A. Mil q. c . c .
et six . L. Lan mil etc . *D. En Van mil . M. A/ïZ quatre c . —
? Coram. I, j. Nous avons admis la leçon de B et C, parce qu’elle
s accorde le mieux avec les variantes de D. et L. L’abbé Promp-
sault donne la préférence à la leçon d’A, en citant un vers du
Jardin de Plaisance pour démontrer l’usage du XVe Siècle ;
cependant il a tort, quand il prétend que l’expression l’a n q u a-
tre cens etc. est absurde; on l’employait tout aussi bien que
autre. Comp. dans la Farce de Mestier et Marchandise (Fournier.
Théâtre Français av. la Renaiss. p. 47) :
Or, escoutés: l’an quatre cens
Trente neuf, que monsieur le compte etc. —
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156
Le frain aux dans, francs au collier,
5 Qu'on doit ses œuvres conseillier,
Comme Vegesse le raconte,
• Saige Rommain, grant conseillier,
Ou autrement on se mesconte.
IL
En ce temps que j’ay dit devant,
Sur le Noël, morte saison,
5. B, ses amis c . L. M. s . œ . employer . — 8. L. M. il se
mesc. —
4 . frain aux dans. comp. Roman de la Rose, vs. 3079:
Pren durement as dens le frain
Et donte ton cuer et refrain.
A. Chartier. Le Quadrilogue, f°. 125: »Ains fault.
prendre aux dens le frain vertueusement.” Chastellain.
Chroniques, éd. Kervyn, V, 361: »Et de fait, prit frein a
dents; et veilla et estudia en ses finances et en tout ce qu’il
avoit etc.” — francs au collier = sans contrainte, de bonne
volonté ; voir Littré ; le contraire est: à estroit collier,
voir La dance aux Aveugles, éd. 1748, p. 18:
Es colleges de ces gens escoliers
Je cache (1. chasse) gens aifies estrois coliers
Aux estudes et universitez. —
6. conseillier ses œuvres; voir p. 57 de l’Introduction,
nt. 1 et 2. — 0. Vegesse; voir p. 126, nt. 3. — 7. Saige
Rommain, comp. Roman de la Rose, 1 r. 9698, 9:
Ainsinc le raconte Boèce
Sages hons et plains de proèce. —
c: il s. Noël. Il semble d’après quelques états de prisons,
qui nous sont restés du XVe siècle, qu’on avait l’habitude de
vider les prisons la veille de Noël ; comp. p. e. n°. 26067 ms. fr.
de la Bibl. Nat. Quittances et pièces diverses, 75 , Charles VII,
pièce 4001. Liste de prisonniers à Rouen de Sept. 1439 jusqu’en
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157
Que les loups ce vivent de vent,
Et qu’on se tient en sa maison,
5 Pour le frimaz, près du tison :
Me vint ung vouloir de brisier
La tres-amoureuse prison
Qui faisoit mon cueur debrisier.
V. II. 3. A. D. L. Que les /. vivent . M. Lorsque l. /.
vivent . B. du vent . — 6. B. Me vint le v. C. Me prinst le
v . D. Me vint v. (corr. Y me vint v .) L. M. Me vint vou -
lente . — 8. A. B. Qui souloit . C. Qui me souloit bien d .
mars 1440 (1441): «Pierres Sanson de Blosseville en Caux pour
soupeçon de larrecin . . . esquelles prisons il a este certain temps
pource que son cas n’estoït pas prest de jugier. Et le XXIIIIejour
de Décembre ens. vigille de Noël par la deliberacion des conseulx
et procureur du roy nostre dit seigneur fut mis hors desd. pri¬
sons;” et passim. Villon fait-il allusion à cette coutume-là ? — 3.
ce vivent, voir p. 99, nt 1. — 6. u n g vouloir, voir p.
81, 82 nt. 1. — 7. prison, voir p. 123, nt. l.etla chanson
u XVe. siècle, G. Paris, p. 44 :
Vray dieu d’amours, sans tarder
Oustez mon cueur de prison,
Et luy donnez garison,
Ou je suis au trespasser. —
8 . faisoit, voir p. 54, 84. — debrisier pour briser
est de mode au XVe siècle; je prends quelques exemples au ha¬
sard: Complainte de madame la daulphine, (Marguérite d’Ecosse)
ms. fr. de la Bibl. Roy. de la Haye, T. 328, f°. 637 :
. . . mes yeulx qui puis hyer
Ne cesseront eulx d e b r i s e r
En pleurs angoisseux et fermes etc.
(Farce de la Pipée) ms. fr. Bibl. Nat. 25. 467, La Valière 156,
f 3 . 159 :
Il va et vient, hay ha ha
Tant que sa teste fut d e s b r i s é e (1. q. la t. a desb.)
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158
(77/.) Ha. (777— VIII.)
Je le fez en telle façon ,
Voyant celle devant mes yeulx
Consentant a ma deffaçon ,
Sans ce que li en feust de mieulx;
5 Dont je me plains ay dueil aux cieulx ,
En requérant d'elle vengence
A tous les dieux venerieux ,
Et du grief d'amours allegence.
(///) Ha 1. A. fiz. — 4. A. 5. c. quil y en eust m.
B. D. L. M, S. c . que ja lui en feust m. C. S. que ja lui en
fust de m. — 5 . B. C. D. Dont je me deul et p . aux cieulx
(B. dieux). L. D. j. dueil et p. a. c . M. D. f ay dueil. A.
deveil , — 6. A. vengeance. — 7. A . Et a t. I. d. bieneureux.
D. A. tous les d. victorieux . — 8. A. Et du dieu da. —
(III) lia. Voir pp. 135—143. — 3. deffaçon voir p. 140;
comp. les Accusations contre la belle dame sans
m e r c y, ms. fr. de la Bibl. Roy. de la Haye T. 328. f°. 32 :
Et ceste dame a le deffaire
C’est efforcée tellement,
Que la mort par son dur affaire
L’a desconfit mortellement.
le deffait du ms. des Cent Nouv. Nouvelles devient perdu,
destruict dans les anciens imprimés; e. a: nouv. XXVI. éd.
Garnier p. 108. — 4 . li en feust de mieulx, voir p. 31;
on disait au XVe siècle estre mieux etestredemieux,
estre pis et estre du pire (ms. des Ct. Nouv. Nouvelles:
que pis vous fust, var. des anc. imprimés: qu’il ne
vous en fust du pire), valoir mieux et valoir de
mieux. Nous avons préféré ici estre de mieux pour con¬
server l’harmonie du vers qui souffrirait trop d’une succession inin¬
terrompue de mots à deux lettres : Sans ce que jali en feust
m. — 5. Dont je me p., voir p. 99. nt. 3, — a y pour et,
voir p. 36, nt. 2. — 7. venerieux, le mot usité est véné-
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(V.) III.
Le regard de celle m’a prins,
Qui m’a este felonne et dure;
Sans ce qu’en riens aye mesprins,
Veult et ordonne que j’endure
La mort, et que plus je ne dure,
Si n’y voy secours que fouir.
Rompre vueil la dure souldure,
Sans mes piteux regrets ouir!
(VI.) IV.
Pour obvier a ses dangiers,
Mon mieulx est, ce croy, de partir
Adieu, je m’en vois a Angiers,
V. Pour F ordre de suceession de ce huilain voir p. 135 ,
136 . — 3. C. f aye ni,, B. Sans ce que feusse riens nt. —
?. A, C. veult ; B. vueil la vie sans dure. —
V. {VI) IV. 1, B. ces. — 3. B. a dangiers . —
riens, voir Palsgrave, éd. Genin, p. 327, veneryen,
belongyng to Venus ; Cotgrave, in voce, idem ; La dance
aux Aveugles éd. 1748, p. 98. —
C. 6 . fouir, voir p. 38. — 7. souldure, voir p. 123. nt.
1 ; pour sans dure de B. voir p. 51 , nt. 1. —
C. (VI.) IV. 1 . P. obvier a ses dangiers, pour pré¬
venir , couper court à, ces hésitations ; pour mettre fin à cette
incertitude ; obvier a un sens plus énergique au .XVe siècle
que celui qui lui est donné à présent. Voir Cotgrave in voce:
to prevent, stop, forestall; La Sale d’A. de la Salle ms. 10959
de la Bibl. de Bourgogne, f°. 29 v°. : »ce n’est pas scens de met¬
tre à party de perdre à ung cop ce que on pœut bien o b v i e r” =
forestall. — S e s = ces, voir p. 26. — Dangiers, le sens de ce
mot est fort étendu ; nous relèverons ici seulement celui qui convient
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Puisqu’elle ne me veult impartir
5 Sa grâce, ne la départir.
Par elle meurs, les membres sains;
Au fort, je meurs amant martir,
Du nombre des amoureux sains!
(17.) IVa.
Et ! se j'é prins à ma faveur
4L. C. Puisqu'el. — 5. A. ne la me dep B. C. d me con¬
vient partir . — 6. B. meurent mes m. s. — 7. B. je suis
amant. m. —
V. (IV.) IVa. 1 . A se je puis. B. en ma /• —
au vers que nous traitons. On lit les vers suivants dans une bal¬
lade du ms. fr. n°. 1130 de la Bibl. Nat. f°. 14*9 :
Je ne puis pas grant d a n g i e r endurer,
A ung seul cop fault que m’amour requiere;
(Telle (S’elle) dit non, toust m’en convient aller,
C’elle dit si, j’ay lors joye pleniere.
Prince, l’octroy veul ou le reffuser
A ung seul cop sans trop grant misere; (1. muserie)
et une autre ballade du même ms. fl>. 153:
Ma belle dame, ma trespleisant mais tresse,
Ostes dangier de ma vie briefment.
Il faut donc lier intimement le premier vers du huitain au der¬
nier vers du précédent et interpréter un pou largement: pour
prévenir mon indécision, ces défaillances de ma volonté que j en
trevois dans l’avenir, etc. — 4. elle, Villon comme tous les
poètes de son temps se permet la liberté de supprimer dans la
prononciation la dernière syllabe d’elle; voir la note du huit
(XXIX) vs. 2. — impartir, voir p. 58, nt. 1. r" d®P ar '
tir, voir p. 59 . — 0 . meurs les membres sains, conap*
Ane. P o é s. F r a n ç. éd. Montaiglon , I. p. 283. 7. a m a n t
martir, voir p. 123, nt. 1. Ch. d’Orléans, I. P* 24.
C. (IV.) IVa. Comp. pp. 136—142. 1 . Et=Hé! — j’éssj’»
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161
Ces doulx regarts et beaulx semblans
De très decepvante saveur ,
Me trespercent jusques aux flancs , —
6 Bien ilz ont vers moi les piez blancs
Et me faillent au grant besoing .
2. A. Ces d. regrets ; B. Ses deulx regards . — 3. B. De
rinestimable faveur . — 4. B. Me tresperce ; C. Me trespar-
sans. — 5. B. Amours si ont l. p . b ; C. Bien s'ils .— 0. B.
voir p. 25, 26. — 2. C e s = Ses, voir p. 26. — doulx re¬
gard, comp. la théorie du regard exposée dans la 1 o y a 11 e
dame en amours, ms. de la Haye, T. 328, 89 :
Quant nature premier créa
Les yeulx ou sexe femenin,
Amours regard leur octroya, etc.
beaulx semblans, manières avenantes, comp. le commen¬
cement d’une ballade, ms. fr. n°. 2264 de la Bibl. Nat.f°.54:
Volage cuer que tant amer souloye
Qui beau semblant a touz voulés montrer etc.;
un rondeau de Monbeton (ms. fr. 9223. Bibl. Nat. f°. 38)
commence: ^
J’ay des semblans tant que je veul;
Mais du sourplus il n’est nouvelle, etc. ;
dans la centième des Cent Nouv. Nouvelles où le ms
lit : «Quand elle vit que manière ne faisoit pour parler,” l’éd J
de Vérard a: «semblant ne manière”, l’éd. Lenoir, 1500:
e m b 1 a n t”. On trouve aussi : «semblant desdangneux” pour
roine dédaigneuse (ms. T. 328, P. 75) etc. — 4. trespercent =
tresperçans, voir p. 28, ss. — 6. B i e n ilz ont, c’est ainsi
quU lire; comp. des phrases comme dans L’amant ren-
u C0r delier en l’observance d’amours:
A qui il prent, bien il en a. —
piez blancs, voir p. 24 nt. 2. — 0. faillir au be-
i u , expression fort usitée au XVe siècle ; A. Chartier, l’Es-
perance : »la grâce divine qui ne fault pas au besoing aux travail-
ans ”; Charles d’Orléans, éd. d’Héric. II. p. 22:
H
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162
Planter me fault autre comptant
Et frapper et un autre coing .
(VIL) IVb. i
Combien que le départ soit dur ,
Si fault il que je ne Vesloingne , —
Comme mon pouvre sens tent dur!
Autre que moy est en queloigne ,
5 Dont oncques soret de Bouloingne
Hz me f. — 7. B. autres compians. —
V. {VI/.) IVb. 1 . A. le départ me soit dur ; B. C. C. que
le d. me soit . — 2. A. S. f. i. que je P es loingne; B. C. Dur
si f. iq. je P es longue. — 3. A. m. paouvre sens tant dur ;
B , C. Comment ( Comme) mon poure sens conçoit . — 4. B.
quant que moy est en q. — 5. A. onc ; C. Qui plus billon
L’un dict que promectez de loing,
Et qu’en estes bonne maitresse,
L’autre que faillez au besoing,
En îp tenant gueres promesse. —
7. Planter etc., voir p. 137, nt. 1. — 8 . Frapper etc.,
voir p. 138, nt. —
C. (VII.) IVb. Voir pp. 136—142. 2. esloingnerindiffé¬
rer , comp. Lettre missive etc. 1445 (A. Tuetey, les
Ecorcheurs sous Charles VII. IL p. 33) : »si vous prie que ne me
veuilliez point esloingnier la response, car le terme que j’ay
n’est pas long.” Mystère de S te Barbe (ms. fr. Bibl. Nat.
24. 339, f°. 1020) :
A luy j’iray sans e 1 o i g n e r.
La vie de Sainct Christofle (Grenoble, 1530.):
Sa, Morgalant, sans e s 1 o i g n e r,
Prens moy à coup ce prisonnier, etc.
3. pouvre, voir p. 38. — tentntient, voir p. 35. — 4.
queloigne, voir dans Cotgrave in voce : quenouille ; tenir
de la quenouille, à la quenouille le fol s’agenouille.— 5 . voir p. 72,
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163
Ne fut plus altéré d'umeur.
Cest pour moy piteuse besongne:
Dieu en vueille ouïr ma clameur!
(VIII.) V.
Et puisque deppartir me fault,
Et du retour ne suis certain:
Je ne suis homme sans deffault,
Ne qu’autre d’assier ne d’estaing.
5 Vivre aux humains est incertain,
Et après mort n’y a relaiz :
Je m’en voys en pays loingtaing;
Si establiz ce présent laiz.
et plus or songne. — 0. C. Plus jeune et mieulx garny (tu¬
meur. — 7. B. Pour moy c'est p. b. —
V. ( VIJL) V. 5 . B. nesqun autre.
73. soret; M o 1 i n e t, Roman de la Rose (ms. 698 de la Haye,
f 5 . LVIII.) : »qu’il devint secq comme ung soret.” —
C. (VIII.) V. 0. r e 1 a i z ; le dictionnaire de Littré ne donne
pas d’exemple de ce mot avant le XVIe siècle, cependant il a
existé au XVe et déjà au XlVe, comme on le voit par le vers de
Villon et par celui d’E. Deschamps (éd. St. Hilaire ,I. p. 112.):
Il fait bon avoir un relays.
Le sens au premier abord ne paraît pas tout à fait clair; Des-
champs s’en sert pour exprimer l’idée de refuge et de poste
où l’on attend meilleure fortune, sens analogue à
un de ceux que le mot a encore. Il faut interpréter le vers de
Villon par : à la mort on part tout d’un trait, pas
d’idée de tourner même le regard en arrière, il
faut donc avoir fini toutes ses besognes; comp.
aussi l’exemple dans l’historique de Littré, tiré d’Aubfgné,
m. 250.
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164
(IX.) VI.
Premièrement, ou nom du Père,
Du Filz et du Saint Esperit,
Et de la glorieuse Mère
Par qui grâce riens ne périt,
5 Je laisse, de par Dieu, mon bruit
A maistre Guillaume Villon,
Qui en l’onneur de son nom bruit,
Mes tentes et mon pavillon.
(X.) VII.
Item, à celle que j’ay dit,
Qui si durement m’a chassé,
V. (eX.) VI. 2 . A. Saint esprit. — 3. A B C. de sa
glor. — 4. C. grâce point. — 7. C. ce nom , B. qui ou non
de son nom ,
V. {X.) VII. 1 . M. A celle aoncques que. — 2. B. qui
C. (IX.) VI 3. 1 a, voir p. 27, 54. — 4. par qui grâce,
voir p. 74 nt. 1. — 5 — 7. Mon bruit qui bruit, voir la
Légende de Pierre Faifeu, éd. Coustelier, p. 12: «Mes
son renom par l’aer court et b r u i c t fort”; à propos de la con¬
struction de la phrase avec sa parenthèse qui a induit en erreur les
commentateurs, se rappeler les vers ridiculisés par H. Estienne
dans son Apologie pour Hérodote, éd. Le Duchat, 1735, IL 31 :
Priez pour Martin Preudom
Qui a faict faire ceste vie,
Que Dieu lui face pardon,
En ryme et en tapisserie.
en Donneur de son nom, voir p. 124, nt. 2. —
C. (X.) VII. 1 . Pour la correction de Marot, voir p. 99, nt
3. et p. 141. — 2. chassé, traqué, poursuivi; voir Chastel-
1 a i n , Chroniques, éd. Kervyn , I. p. 248 : «montèrent à cheval,
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165
Que je suis de joie interdit
Et de tout plaissir dechassié,
5 Je laisse mon cueur enchâssé,
Pale, piteux, mort et transsy:
Elle m’a ce mal pourchassé,
Mais Dieu li en face merci.
(XI.) VIII.
Item, a maistre Ytier Marchant,
Ouquel je me sens très tenu,
Laisse mon branc d’assier trenchant,
Et à maistre Jehan le Cornu,
5 Qui est en gaige detenu
m'a si d. c. — 3. A. Que je soye de j. B. Que de joye suis
i. M. que fen s. — d. B. Lui laisse m. c. — 8. A. luy . —
V. (.XL) VIII. 1 . D. Et a m. — 4L. B. C. Ou a m. —
comme si l’ennemi les eust chassés.” — 4L. déchassié, voir
Palsgrave, éd. Génin , p. 530. x>I drive a man or beest awaye
fro me or from a place. Je déchasse.” — 5. cueur, voir p. 121 ;
enchâsser est pris dans un double sens auXVesiècle ; d’abord
il peut signifier la même chose que déchasser, voir Ct.
N o u v. N o u v. passim ; puis , et c’est sa signification ici, il a
le même sens que dans le passage suivant d’un conte,.où il est
parlé d’un châtelain qui, à son lit de mort, commande que son
cœur afusist envoyet en France et présenté à sa dame par amours*
La dame qui le rechupt à grant joye, le fit richement enchâs¬
ser et garder entre ses jouyaulx.” Molinet, Roman de la
Rose, ms. 698. f°. 2 . —
C. (XI.) VIII. 1 . Ytier Marchant, voir p. 145 nt. 1 .—
5. Qui est etc., pour l’effet comique de la phrase ainsi con¬
struite , voir (IX.) VI. 7. — en gaige; Villon jouant ici le rôle
du chevalier laisse en gage son branc d’acier, comme dans
la vie réelle il aura bien des fois sacrifié sa dague pour payer
166
Pour ung escot cincq solz montans;
Je vueil, selon le contenu,
Qu’on le livre, en le rachetant.
(XII.) IX.
Item, je laisse à Saint Amand
Le Cheval blanc avec la Mule,
Et a Blaru, mon Diament
Et l’Asne rayé qui recule ;
6 . B. C. huit. D. sept. L. M. six. — 7. B, Si vueil. — 8 .
A. Qu'on lui l. B. C. D. L. M, leur. —
V. ( XJL) IX. 9. A. ou la m . B. Le bel cheval b . ou la
m, C. voire ou la ml — 4L, A. B, C. ou Tasne . —
l’écot; comp. M. A. Longnon, Paris pendant la domination
anglaise, p. 56 : »et pour seurté de ce lui eust baillé icellui sup¬
pliant sa saincture et une dague pendent à icelle.” — 6 . cincq
solz, comp. A. Longnon, 1. 1. p. 137, lettre de rémission de
4424: trois compagnons vont boire en la taverne de l’Escu de
Bretagne, »ouquel hostel les diz trois compaignons eussent des¬
pendu en despense de bouche la some de III ou IIII sols parisis
ou environ.” — 8 . le, A donne lui pour 1 i, ou le que le ms.
original avait probablement. —
C. (XII.) IX. 2. le cheval blanc etc., comp. p. 125,nt.
2. — 4L. l’ane rayé, notons encore la locution proverbiale
que nous avons relevé dans le poème bien connu, Les fainti-
ses du monde, (nous citons 14. 979 des mss. fr. Bibl.Nat.):
Tel cuyde avoir part au butin
Qui est mys à l’as ne rayé.
qui recule, ajouté par le poète à l’indication de l’enseigne
pour rehausser l’effet comique ; comp. Les condicions de
plusieurs personnes (Brit. Mus. Mss. Lansdowne 380,
f>. 136.) :
De femme qui demande,
De varlet qui oommande,
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167
5 Et le decret qui articule:
Omnis utriusque sexus ,
Contre la carmelixte bule,
Laisse aux curez, pour mettre sus.
(XVII.) X.
Item, laisse et donne en pur don
Mes gans et ma hucque de soye
A mon ami Jacques Cardon;
Le glan aussi d’une saulsoye,
5 Et tous les jours une grasse oye
V. (XVII.) X. !• A. Item je laisse . D. Derechief , je
laisse en p. d. L. Item , je laisse au pardon . M. Item /. /.
De cheval qui r e c u 11 e,
De vieil chien qui urle,
Ces choses sont aussi propices
Que de voiler sont escrevisses.
5 . le decret etc. voir la note de Prompsault. — 8 . mettre
sus, voir p. 425, nt. 3. —
C. (XVII,) X. 1 . en pur don, voir Palsgrave, p. 284. —
3 . J. Cardon, voir p. 443, nt. 2. — ô. Le glan (écrit
presque toujours ainsi au milieu du XVe s. comp. les comptes de
C h. d'O r 1 é a n s, ms. 2460. B. N. pièce 710, nov. 4464) ; comme
on voit par un vers de Deschamps, il faut entendre sous 1 e
glan le produit annuel des chênes d’une forêt (éd. St-Hilaire, II. 57) :
En la forest jadis noble et deserte
A le sanglier vermillié la fouchière,
Le lis destruit et le glan mis a perte ;
évidemment le produit de glands d’une s a u 1 s a y e est nul et
les fruits du domaine se feront longtemps attendre ; c’est à quoi
Villon fait allusion en suggérant à l’esprit le proverbe que Cot-
grave cite ; attendre le gland qui tombe: to live in
expectation of profit. — 5. une grasse oye; Maillardi
Sermones de Adventu , éd. Pigouchet, 4500, serm. XX. f°. XLVI •
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168
Ou un chappon de haulte gresse;
Dix muys de vin blanc comfne croye,
Et deux procès, que trop n’engresse.
(XIV.) Xa.
' Et à maistre Robert Valée
en beau pur don . — A. Ou (Tun chappon que trop ne
gresse . C. D. Et ung c. — 7. B. Deux m. — 8 . C.Eiung
procès . —
V. (XIV.) Xa. 1. A. B. L. Item a . —
»Et domini advocati numquid plumatis aliquando anceres pingues.”
Si l’on se rapporte à l’historiette qui suit (de l’advocat qui renvoie
une des deux parties à son compère avec la lettre suivante : Com-
pater mi, venerunt ad me duo capones pingues: ego pinguiorem
cepi, et alium vobis mitto ; plumetis a parte vestra ; et ego plu-
mabo alium) on comprendra non seulement le double sens , que Vil¬
lon a mis dans ses paroles, mais aussi la fonction que Cardon exer¬
çait. — 0 . chappon de haulte gresse, voir Comptes
de la confrérie St. J a c q u e s , publiés dans les Mém. de la
Société de l’Hist. de Paris: »deux chappons de haulte
gresse; et R a bêlai s , passim. Il appert du D eba t de la
damoiselle et la bourgeoise, poésie que nous avons déjà
eu tant d’occasions de citer, qu’on tâchait de corrompre les juges
par un cadeau de chapons :
Et alors elle respondit :
On leur a donné les chappons. —
8 . deux procès; le poète lui donne seulement deux procès à
jugér ou à plaider afin qu’il n’engraisse pas trop; cette interpré¬
tation est tout à fait la contre-partie de celle qu’on a adoptée
jusqu’ici; comp. l’expression noury de procès, dans la f a r c e
des veaux, (ms. fr. Bibl. Nat. 24. 341, f 3 . 179) c-à-d: gras et
repu, mais toujours insatiable, parce que là surtout l’appétit vient
en mangeant ; le passage de Villon a été imité dans le Testa¬
ment fin Ruby, poésie assez spirituelle de la fin du XVe
siècle, Ane. Poés. Franc. XIII. p. 8. —
C. (XIV.) Xft. Voir p. 143. 1. Robert Valée, voir p. 106,
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169
P ouvre clergeault en Parlement ,
Qui ne tent ne mont ne vallee ,
Je ordonne principalement
2. A. paouvre . — B. clerget . C. clergot de p. D. L. M. cler-
gon % — 3. A. C. D. M. qui ri entend* B. qui ne tient . L. qui
ne tend . A. mond . D. L. omettent ne devant mont . —
nt. 1. Dans les Proverbia Gallican a version latine de
Jean Gilles de Nuits (Leroux de Line y. Proverbes français,
IL p. 582.) il est fait mention de ce personnage dans les termes
suivants (je cite l’éd. originale de Lyon, 1519. p. 17, n°. 217):
C’est la maison Robin de la Vallée,
Il n’y a ne pot au feu ne escuelle lavée.
Pauperis hec domus est sterili de valie Robini,
Jura nec effervent, vasa nec ulla nitent;
Pane caret cophinus, vino penus, igné culina :
Ista domus domini vere est de v a 11 e Robini.
M. Leroux de Lincy n’a pas recueilli cette locution proverbiale dans
son Livre des Proverbes et je ne saurais dire, si l’ex¬
pression populaire doit son origine à la satire de Villon, ou si
plutôt Villon s’est servi d’un masque ou type populaire pour atta¬
quer plus librement son ami Jacques Cardon. 1 ) Une preuve
légère en faveur de cette dernière théorie se trouverait non seule¬
ment dans la position des trois huitains au ms. principal, mais
aussi dans les vers du Grand. Test, huitain CLIV :
Item, rien a Jaques Cardon,
Car je n’ay rien pour luy d’onneste,
comparés à: »Pourcoefferplushonnestement, et au
commencement du h. XV :
Pour ce qu’il est de lieu honneste. —
3. tent — tient, voir p. 34 ; ne mont ne v a 11 é e, jeu de
mots sur tenir en fief, et t e n i r , l’effet de promettre, voir
p. 125. nt. 4, et H. B a u d e, Le Débat de la Dame et de l’Es-
cuyer, (Ane. Poés. Franç. IV. 173):
1 ) Comme on sait, la réimpression de Crapelet des Proverbes
communs, base du travail de Jean Gilles, est faite sur l’éd. de 1539,
et c’est la seule éd. des Proverbes qui est à ma disposition.
170
5 QxCon li baille legièrement
Mais brais estons aux cramillières ,
Pour coeffer plus honnestement
S'amie Jehanneton de Minières .
(XV.) Xb.
Pour ce qu'il est de lieu honneste ,
5 . A. luy. — 6 . B. L. M. trumeiieres. C. tremillieres . D.
trumillieres. — 7, L. greffer . C. Pour parler . — 8. B. C.
M. Jehenne. —
Vous promettez et les mons et les vaulx. —
5 . legièrement. = vite, parfois avec la nuance de : sans
qu’on s’en aperçoive , comme dans la première Repue franche:
Le broc qui estoit d’eaue plain
Contre l’aultre legierement
Luy changea, à pur et à plain.
6 . mais brais — mes brayes, l’é muet y était habituellement
élidé dans l’orthographe du XVe siècle, comme on l’élidait à la
prononciation dans amie du dernier vers. Comp. p. 93, nL* —
cramillieres* A donne la bonne forme de ce mot; comp,
Littré, in voce crémaillère. Notez la solemnité et le for¬
malisme de e s t a n s et l’elfet comique de ce simple crampon ou
les brayes du poète pendaient ; Cotgrave, crémaillère, cre-
millère, a hook to hang anything on. —
C. (XV.) Xb. 1. honneste, voir nt. 1 du précédent hui-
tuin. Christine de Pisan au commencement du siècle parle
déjà de l’orgueil des clercs tenant office, au 3me livre de la M u-
tacion de Fortune (ms. de la Haye, 701, f°. XLVIII.): »Ci
dit d’aucuns qui se appelaient clers et ne le estoient mie.
Et telz gens si ne prisent ame,
.... il n’est si hault montez
Ne si vaillant grant ne meneur
Qu’il ne leur semble qu’en honeur
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171
Fault qu'il soit mieulx recompensé ,
Car le Saint-Esprit Vadmonneste ,
Obstant ce qu'il est incensé .
5 Pour ce , je me suis pourpensé ,
Puis qu'il n'a cens en son aulmoire y
A recouvrer sur Malpensé ,
V. (.X V.) Xb. 2. D. soit recompensé. — 3. A. esprit a dm.
C. charité m'y adm. — 4. A. L. Obstant qu'il . C. Pource
quil est tout in s. M. Nonobstant. — 5. B. Pourtant je. C.
Et pourtant me s . — 6 . A. B. D . sens ne que une a. C. Veu
que n'a sens ne qu'une a. L. riens ne qu'une a. M. riens
qu'en une a . — 7, A. intervertit l'ordre des deux
Bien le vaillent en trestout pris,
Tout ayent ilz petit apris.
Et n'a pas III jours qu’ilz servoyent
Bien bassement ne estât n’avoyent,
Mais fortune si les a mis
En office pnr quelque amis.” —
2 . recompensé, comp. O. M a i 11 a r d i Sermones de adventu ,
éd. Pigouchet, 1500, serm. XLII, f°. LXXXV : aclerici des finan¬
ces et thesaurarii.... Vos etiam dicitis quod officium vestrum
constat vobis multum et sic il fault se recompenser et rem¬
bourser (gall.).” 3 . Saint Esprit, pour Dieu, dans un sens
ironique ; comp. la manière de Charles d’O r 1 é a n s , (éd.
d’Héric. II. p. 60) :
Benoit en soit le Sain t-E s p r i t
Qui de si finete me hourde.
Notez, comme toujours, l’effet comique et de la plus grande
irrévérence de la parenthèse , si elle est trop étroitement liée au vers
suivant. — 4 . obstant =3 nonobstant, on peut suivre la tran¬
sition de l’une des deux expressions â l’autre dans les édd. desCt.
Nouv. Nouv. , p. e. éd. Garnier , p. 405, ms: obstant, Vérard,
Lenoir: nonobstant. Dans notre commentaire du Grand Test,
nous donnerons l’histoire détaillée de nonobstant. — 6.
cens etc. ; voir p. 106—108. — 7. recouvrer en dehors du
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172
Qu'on li baille .... VArt de mémoire.
(XVI.) Xc.
Item , pour assigne(r) la vie
Du dessusdict maistre Robert , —
Pour Dieu ! n'y aiez point d'envie ,
Mes parens ! — vendez mon aubert ,
5 Et que l'argent , ou la pluspart ,
Soit emploié dedans ses Pasques
derniers vers . B. D. L. De rec. M. On recouvre . L.
ceulx Ma up en sé. M. ches Maup. B. D. Maup . C. De luy
laisser sans malpensé. — 8 . A. lui. D. mémoire , corrigé
e n gramoire. C. De recouvrer F art de m.
V’. (XVI.) Xc. 1. A. pour recouvrer sa vie. C.
seurer la vie. D. L. je assigne la v. M. Item plus J asSt
3 . A. n'y aiez envie. L. Mes parens n'y aient envie.
jPtfwr Dieu qu'on vende mon haubert. B. tabart\ — ^ 5
sens restreint, en a un plus large au XVe siècle, voir la 99e des
Ct. N o u v. N o u v. éd. Garnier, p. 401 : »le faire souper-d®
ce dont on pourroit recouvrer en la ville.” recouvrer derr
trouver. — sur pour chez , c’est l’usage constant de Villon ;
on le trouve aussi dans la farce de Pathelin (éd. Lacroix p. 39):
»s u r moy ” = chez moy ; Ane. Théâtre Franç. éd. Jan-
net, I p. 71 :
Passer le temps sus ma commère.
A la fin du siècle les imprimeurs changent sus en chez: comp.
aussi le ms. des C t. N o u v. N o u v. (éd. Garnier, p. 269.) »s u s
certaines matrosnes édd. Vérard et Lenoir : chez c. m.” Pour
ceulx (cheux) des anc. imprimés, voir C. N isard, Etude sur
le langage populaire de Paris , p. 303.—
C. (XVI.) cX. 1 . pour assigner, voir p. 84 et74,nt.2.
6. dedans ses (ces) Pasques, c.-à.-d. avant la fin de 1 an-
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173
A achapter à ce poupart
Une fenestre emprès Saint Jaques.
(XVIII.) XI.
Item, je laisse à ce noble homme,
Régnier de Montigny, deux chiens;
Aussi a Jehan Raguier la somme
De cent francs, prins sur tous mes biens;
5 Mais quoy! Je n’i comprens en riens
Ce que je pourré acquérir:
pasque^' b. avant ces p. — 8. B. D'achecter. C. L. M. Pour
a - — L. après S. T. M. auprès. —
V. K^XVin.) XI. A. B. C. à noble h. D. L. M. à ce jeune
h* — ZB. B. six ch. C. D. L. M. Iroys. — 3 . A. B. L. Et à .
M* -SV puis à. — 5. A, B. C. Je ne comprens. — 6. B,
n ?e, 'terme fort usité au XVe siècle. — 7. poupart, pris
d’abord au sens d’un petit enfant, »il le fault allaittier ainsy
comir\^ ung petit poupart,” (M o 1 i n e t) puis d’un homme qui
se laisse dorloter ; Cotgravein voce : a tender sot that lookes
to b^ alwayes fed with pap. — 8. Une fenestre etc. M a r o t
V explique par, une des petites boutiques d’Escri vain près S. Jacques
de la Boucherie;” mais ce commentaire ne satisfera personne,
croyons-nous. Peut-être y avait-il auprès de l’église de S. Jacques
des maisons mal famées où les femmes parées se mettaient aux
fenêtres pour attirer les regards ; alors le poète lègue à Robert
Vallée ce poste pour mieux marquer sa mise plus que négligée et
ses propensions amoureuses. Des femmes parées aux fenêtres,
comp. le Débat des Dames de Paris et de Rouen,
Ane. Poés. Franç. XII. p. 44. —
C. (XVIII.) XI. 1. ce noble homme, voir p. 86. nt. 2.
Froissart, Chroniques, éd. Luce, I. p. 100; a: »ce fu mes-
sires Robers d’Artois;” une copie de Froissart, écrite à Paris ou
j>our le marché de Paris, c o d. V o s s 9. de la Bibl. de Leide,
Aonne ce passage de la manière suivante, f°. XXXII : »ce fut ce
n oble homme, monseigneur R. d’A.” — 3. chiens, voir
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m
On ne doit forsprendre des siens,
Ne son amy trop surquerir.
(XIX.) XII.
Item, au seigneur de Grigny
Laisse la garde de Nigon,
Et six chiens plus qu’à Montigny,
Vicestre, chastel et dangon ;
5 Et à ce malostru changon,
Ceulx . — 7. B. On ne doit prendre du scien. C. L. M .trop
prendre . D. L en ne doit p. — 8, B. C. requérir . D. Ne trop
ses amy s. L. M, ne ses amis trop . —
V. {XIX.) XII. 5. C. Canion. — 6. C. Mouton. A. B.
p. 125, nt. 4. — 7. forsprendre, voir P a 1 sgr ave, p.
650 : »je forprens — J owttake ; nowe the frenshe tongue leveth
such maner of composition.” Cotgrave ne l’a plus. — 8- Ne
son amy, le conseil est adressé à Raguier, Y a m i c’est Villon,
surquerir; Chastellain, Chroniques, I p. 29 : Le perforcié
et surquis prince plus tard le sens s’affaiblit, Cotgrave,
to question too busily with. —
C. (XIX). XII. 2. Laisse la garde etc., comp. les vers
de Deschamps, cités p. 118 :
Et s’ay laissié pareillement
Au Roy le Louvre et le palays.
5 . changon; jusqu’ici les commentateurs ont pris changon
pour un nom propre ; il se pourrait fort bien que ce fût la quali¬
fication de Moutonnier qui alors indiquerait le personnage
visé par le poète. En effet, changon est une épithète injurieuse
qu’on rencontre parfois dans les documents, comp. M. Longnon,
Paris etc. p, 245, lettre de rémission de 1427 : »icellui Tirant en
soy courrouçant l’appella c h a n g o n.” Le dictionnaire de Durcange
in voce cambio l’explique par un passage du livre de super-
stitionibus: »filii demonum incuborum mulieribus, eorum
filiis subtractis, ab ipsus demonibus supponuntur... propter quod
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k
175
Mautonnier, qui li tient procès,
Laisse troys coups cTun escurgon,
Et couchier, paix et aise, en sèz."
(XX.) XIII.
Et à maistre Jaques Raguier,
Laisse l’abreuvouer .... Paupin,
.Grand Figuier;
C. D. L. qui le tient en p. M. qu'il tieîit en p. — 8. L. Et î
crucher . A. en beaulx sez . B .pais en beaulx ceps . C. D. es ceps . — Z
V\ (XX,) XIII. 1. A. B. Item à ?n. — 2. M Je laisse .
A. Poupin . — 3 . A. Par ses paouvres seurs gras signier , t
etiam cambiones dicuntur en allemand : Wechselbalg,
en angl.: changeling. (P. Sébillot, Préface p. X de la
2me série des Contes populaires de la Haute Bretagne.) Elie de
S t.-G i 11 e s, éd. Raynaud, vs. 109 :
Dan viens, moût estes faus et gangars et enflés ;
le glossaire donne seulement: gangars, épithète injurieuse.
Est-ce qu’il existe quelque parenté entre gangars et c h a n-
gon? — 6. Mautonnier etc., ni la leçon, ni l’interprétation
de ce vers ne sont sûres, parce que les faits auxquels le poète fait
allusion sont inconnus ; tenir procès à q. q. équivaudrait à
chicaner, être partie adverse ou, en généralisant l’ex¬
pression , vivre en inimitié avec q. q. On trouve tenir
procès dans C o m m i n e s (VIII. 8) quoique avec une autre
signification* — 8. paix etaise, en sez, l’expression suggère
le dicton familier qui déclare qu’un homme est paix et aise
chez lui; voir p. 125. nt. 1. — s e z, ce mot s’écrivant sou¬
vent au singulier seth (Ménot, Sermones quadragesimales,
cité par Méray, Libres Prêcheurs, I 120: »car il n’y a seth ni
sarment qui vaille.”) la forme du pluriel s e z ne doit pas nous
étonner. —
C. (XX.) XIII. 3. abreuvouer, de quatre syllabes, voir
p. 37 et nt. 2. comp. p. 110. — 3 . grand figuier, voir p. 53
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176
Tousjours le choix d'un bon lopin,
5 Le trou de la Pomme de pin,
Le doz aux rais, au feu la plante,
Enmalloté en jacopin :
Et! qui vouldra planter, si plante.
B. Perches poires gras figuier . C. Paiches poires sucre fi¬
guier , D. L. M. Perches poussins au blanc menger . — 6* D.
intervertit f ordre des vers 6 et 7. A. rains B; C. D. L. M,
Cloz et couvert au /. 7 . L. M (Tung j . — A. pourra .
et 110, nt. 1. — 5 . trou, comp. G. Test. CLXXII. 8: le trou
Perrette; la chanson du Vendeur de livres (B. N. ms. fr.
24 , 341, f\ 68) : qui commence par :
Trou du cul perrete
et finit par :
Vydés les gallons;
Monologue du pelerin pasant, B. N. ms. fr. n°. 24,
341 , f°. 336 (Fournier, Th. Franç. p. 273.) :
Je vis là (à Paris) tant de trous de trous.
De caquetans, de devisans,
De gentis gens, de bilours lours,
De bien parlans et bien disans, etc. —
6 . Le doz aux rais, voir p. p. 21—23 ; cependant il ne serait
pas impossible que Villon eût écrit rains pour rais, comp.
une note de M à t z n e r sur la forme r a n c i n e s , Altfranzôsische
Lieder, p. 103: »das Einschieben eines n vor Kehl- und zungen
lauten ist dem Altfr. sehr gelaufig” — 8 . planter, comp.
Charles d’Orléans, II 60: planter une bourde; au jargon
où planter joue un rôle fort marqué, (voir p. 137, nt. 1), il a
souvent le meme sens que tromper, joncher, p. e. : ms. de
Stockholm, n°. 53, f 3 . 25:
Prince, planteurs et bailleurs de saflûrs etc.
Je crois qu’il faut rapporter à cette signification de planter le
mot plancher qui, lui aussi, a le sens de plaisanter, voir
le Dictionnaire du bas langage II. 239. et F r. M i-
c h e 1, Dictionnaire d’Argot, p. 328. L’expression , vienne qui
plante, fort usitée au XVe siècle me semble aussi ne pouvoir
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(XXI.) XIV.
Item à maistre Jehan Mautaint
Et maistre Pierre Basannier,
Le gré du seigneur qui actaint
Troubles, forsfaiz, sans espargnier;
5 Et à mon procureur Fournier,
Bonnets cours, chausses sommelées,
Taillées sur mon cordouannier,
V. (XX/.) XIV. l. A. D. Et a m.C. A maistre . — 3. L.
M. Et a Pierre le B . — 3. A. du sergent . L. de celuy qui at¬
tend. — 9. L, Taillez . A. B. L. M. chés (L. cheuz). C par m. c. —
être expliquée que dans la supposition que planter équivaut à
se moquer, plaisanter; p. e. Mystère de sainte
Barbe, ms. fr. B. N. 24, 337, f°. 465:
au fort aller vienne qui plante,
et Vie de St. Martin par A. de la Vigne, ms. fr. B. N.
24, 332, f°. 73 , où »d e h a i c t, de h a i c t” a été effacé par
l’auteur et remplacé par »Viengne qui plant e.”
On trouve une ramification de ce mot planter sur le sol al¬
lemand, soit qu’il ait été directement importé de France, soit
qu’il ait modifié un sens déjà existant du verbe, p 1 a n t e n ,
pflanzen; comp. A vé-Lallem ant, Das Deutsche Gaunerthum
II. 79 : z u p 1 a n t e n et ibid. IV. 582 : pflanzen, planten,
der pflanz, die Lüge, der Vorwand. En patois de Vienne,
p f 1 a n z signifie bourde ; comp. S c h m e 11 e r, Bayer. Worterbuch,
in voce : sich pflànzeln zz: sich zieren, en angl, t o f 1 au n t,
employé surtout des femmes; la distance entre zieren et tromper
n’est pas grande. Voir aussi L e x e r, Mittelhochd. Wôrterb. voce
phlanzieren. Nous tâcherons plus tard de démêler l’apport
de chacun des jargons français, italien, espagnol, allemand et
anglais aux différentes significations du verbe planter, qui est
international dans le mauvais sens du mot. —
C. (XXL) XIV. 6. sommeiées = semellées, voir p.
42. — 9 . taillées sur, le poète joue-t-il ici sur le double
12
Pour porter durant ses gellées.
(XXII.) XV.
Item , au chevalier du guet,
Le heaulme li establiz;
Et aux piétons qui vont d’aguet
Tastonnant par ses establis,
V. (XX//.) XV. Voir la liste p. 78 . — 2. A. luy. — *. A.
sens de sur, qui d’abord, lié au mot suivant, peut désigner des
chausses neuves à sa disposition chez (cfr. Xb. 7.) le tailleur,
puis, dépendant de tailler, indiquerait ce même vêtement,
mais prélevé comme un impôt sur le pauvre cordonnier ? — 8.
ses = ces; c’est pendant l’hiver que Villon écrit. —
C. (XXII.) XV. On ne saurait dire exactement à laquelle des
deux rédactions du Petit Test, ce liuitain-ci appartient, voir p.
144. — 2 . heaulme, de trois syllabes, voir Littré, Hist.
de la langue franç. II. 43 , i d. Etudes et Glanures, p. 164.
Heaume appartient, au XVe siècle, à la langue comique comme
casque plus tard ; ainsi dans P a t h e 1 i n :
Dieux ! qu’il a dessoubz son heaulme
De menues conclusions;
quand Astaroth, dans le Mystère de la Passion par A.
G r e b a n , sur l’ordre de Lucifer bat Sathan , il lui dit (éd. G.
Paris et G. Raynaud, vs. 17392):
Yoicy ung heaulme en bourgeois,
establiz ~ j’ordonne. — 3 . piétons, voir Ane. Poés.
F r. XII: 225 :
Nourrir me fault les piétons et gendarmes,
d’a g u e t ; aller d’aguet se dit de celui qui marche avec prudence
au sens propre et figuré ; comp. Jehan Michel, Mistère de
la résurrection de Jesucrist, éd. Verard s. p. (Bibl. Na t. Y. 4353):
Guischart. Nous irons d’aguet;
l’opposé est : par aventure. — 4 . tastonnant; un certain
blâme est compris dans ce mot ; comp. Le charroi de Nymes
suivant la correction de Littré (Hist. langue fr. I. 203):
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5 Je leur laisse deux beaux rubiz,
La lanterne la Pierre-au-Let_
"V oire mes je auré les Trois-lis,
S’ilz me mainent en Chastellet.
(XIII.) XYI.
Item, à Jehan Tronne, bouchier,
Laisse le Mouton franc et tendre,
ces establies (L. ses). — A. B. leur beau riblis. D. ung b. rt-
blis. — S. A. B. tant, de la P. — 9. L. M. Pourveu que
j auray. A je aure trois lis. — 8. A. mènent (B. D. mainent). —
V. (XFSf.) XVI. a. A. le m. qui est tendre. —
Moult t’ont servi par nuit de tastoner,
Do veves famés, d’enfanz deseriter.
ses est ublis = ces étaux, (Villon, comme les auteurs popu¬
laires de ^ on temps, fait volontiers usage du pronom démonstratif;
sur ce^ barbiers, éd. Jannet, p. 77 etc), comp. les vers
cités p. nt 3 :
Quant on va de nuyt par les rues
Et les e s t a u 1 x qu’on doit t a s t e r
En tenant le main à l’esguet (à l’aguet).
Villork se moque ici de la prudence des piétons du guet et flé¬
trit leu. x lâcheté, source inépuisable pour la satire du siècle ;
peut-ètr-e le legs au chevalier du guet contient-il ce même blâme
et doit-il servir pour protéger sa chère tête contre les horions
à venir. — ft. r u b i z , voir p. 65, nt. 1 . — 6 . Pierre-au-
Let, petite place de Paris, est citée à deux reprises dans 1 ’ E s-
batement du mariaige des IIIIfilzHémon,(Ju-
bina 1 , Mystères du XVe s. I. p. 369). — ». Chastellet;
dans vme ballade inédite du XVe siècle (Bibl. nat. ms. fr. n°. 2206,
f*. 180) le tavernier dit à ses hôtes qui ne peuvent payer
leur écot:
Vous paierez par Sainct Denys,
Ou assez tost menrez la dance
En Chastellet, en ce pertuys. —
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<80
Et ung Tahon pour esmouchier,
* Le Beuf couronné qu’on veult vendre,
5 Et la Vache que pourra prendre
Le Yillain qui la trousse au col,
S’il ne la rent, qu’on le puist pendre
Et estrangler d'un bon licol.
S. A. tachon. B. D. L. tacon . C. iacquon . — 4. L. M. qu'il\ — 5.
A. C. Ou la vache qui p. M. Ou la vache et qui. L. La vache
qu on pourra . D. Et la vache quon ne peult p . — 6. B. Ung
larron . — 7. C. S'il ne la veult on le p . B. on le /. —
8. A. L. Ou estrangler. B. Et assommer. D. ou assommer. —
C. (XIII.) XVI. Meme remarque que pour le précédent huitain. —
On trouvera le commentaire de ce huitain p. 101—104. —
Et estrangler; c'était la terminologie officielle qui donnait
lieu , paraît-il, à des plaisanteries funèbres. Voir la LXIe nouvelle
de Des Périers : » Jehan Trubert, pour avoir prins, robé un grand
jument, seroit pendu et est r angle, le petit ovecques luy....
Le bourreau pendit ce povre petit tout pendu, et l’estran-
g 1 a , qui estoit bien pis.”
On trouve une allusion à ces sortes de plaisanteries dans une
des scènes populaires et patibulaires des Mystères qu’il faut sur¬
tout étudier pour pouvoir comprendre la langue comique du poète.
Voir le discours entre le bourreau et son valet dans la Vie
de Sainct Christoflede Chevalet, Grenoble, 1530, s.p.:
Pascalet. Si a on meint homme pendu!
Morgalant. Hé, poure briffault morfondu,
Pendu prou, mais rien estranglez.
* B et D ont la glose assommer pour estrangler; on
trouve l’explication du mot assommer, qui a ici une signifi¬
cation fort inusitée, dans le sicilien assumari = innalzare,
intr. e tr. montare, venir su; voir P i t r é, Fiabe e rac-
conti siciliani, IV. 311 ; comp. aussi la note de Gaspary, Si-
cilianische Dichterschule, p. 192, sur a s o m a t a de la chanson
de Tomaso di Messina dans Le antiche Rime volgari pubbl.
p. d’Ancona e Comparetti, p. 49 et une remarque de
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181
(XXIII.) XVII.
Item, à Perrenet Marchant,
Qu’on dit le Bastard de la Barre,
Pour ce qu’il est ung bon marchant,
V. {XXIII.) XVII. 1. B. Item à mon amy Pernet M.
D. Item je les se à P, — S. B. est très bon m. —
Fléchi a, Archivio Glottologico, II, p. 33 (Postille etimolo-
giche): L’elemento francese abonda in questi due dialetti (les dia¬
lectes sicilien et napolitain) più che altri non crede.” Assommer
ne serait donc qu’une version élégante de pendre. —
c. (XXIII.) XVII. Sur ce huitain voir p. 84 et 144—148. —
3* ung bon marchant; un passage des Joyeux Devis de
Bonaventn>ï? e Despériers est le meilleur commentaire de cette ex¬
pression, nouv. LXXXI; »Je dis donc qu’en la ville de Toulouse
fut prins l’un d e ces bons marchands (filous) dont nous
parlons.” En effet au XVe et encore au XYIe siècle marchand
est pris dans le sens de coquin, p. e. »Quel marchant!’*
s écrie w n personnage du Mystère du. V i e 1 Testament,
Paris, Marnef. s. d. f\ CCCXXVI. v°. (Voir aussi, Les actes
de ap5 très de Greban, éd. Paris, 1537, I. f°. CXXXIII. r 0 .).
Dans le> mistère de la Passion de J. Michel, 1490, s. p.
Roullarfc., un des sbirres, en parlant de trois larrons pris sur le
graud cshemin, dit au géolier :
As tu peur de perdre ta peine
A festoyer ses (ces) troys marchans etc.;
le sens varie entre gueux et coquin; ainsi Pathelin, éd.
Jacob, p. 83, le drapier en son désespoir s’écrie :
Or suis-je le roy des marchans!
C 6 la version latine, Comoedia nova quae vetera-
tor inscribitur,éd. 1512 (Brunet, Manuel, in voce Pa¬
thelin), traduit par : »Rex omnium i n f e 1 i c i u m.” La pointe
du sarcasme de Villon est assez facile à découvrir ici : comment sera
dont fait le reste de la famille Marchant si les bons parmi eux
sont, déjà des filous? Du reste, Villon fait encore usage de cette expres-
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182
Je laisse trois gluyons de foerre
5 Pour estendre dessus la terre
En faisant l’amoureux mestier,
Où il li fauldra sa vie querre,
Car il ne scet autre mestier.
(XXIY.) XVIII.
Item, au Loup et à Cholet,
Je laisse à la foiz ung canart,
4L B. Je lui l. i. gluys de ferre. D. Luy l. i. g. d. feurre. —
6 . D. A faire. — 7 . B. faaldroit son pain querre. —
V. (XXj V.) XVIII. l. B. au Lou. — 2. A. C. Laisse.
C. ung bon canart . L. M. Pour à la fois laisse . —
sion dans le même sens ironique, G. T. C. vs. 2. — 4 . gluyons,
ce mot mal interprété dans le dictionn. de Lacurne signifie la même
chose que g 1 u i, c-à-d. »un fesseau de chaum e”, comme
un texte du XVe siècle nous apprend. Cotgrave,gluy —
long and whole straw. Les chambres des prostituées étaient jon¬
chées de paille. — 7. Où il fait une syllabe; comp. la Ballade
de Vaillant sur la devise de Jacques Cœur, B. N. ms. fi*. n°.
2230, f°. 248:
Prince, fortune fait pleuvoir
La où i 1 lui plaist, bien est visible. —
C. (XXIV). XVIII. 1. Cholet; dans une liste d’amen¬
des des eaues et forests à Meullent de Nov. 1455
(Pièces diverses n°. 6908, ms. 26083 de la Bibl. Nat.) deux in¬
dividus du nom de Chollet, Estienne et Jehan sont taxés
d’amendes : Dpour poisson deffendu par eulx prins à nasses, vueulx
et autres engins faulx et deffenduz.” — 2. àlafoiz, voir
Palsgrave p. 812: »somtyme, à la foys, quelque foys, aul-
cunes foys, aultres foys.
A la foys doybt le temps muer.”
Le sens d’à la foys au XVe siècle varie entre certaines limi¬
tes, il signifie tout aussi bien quelquefois que une fois
pour toutes; il faut le rendre ici par : de temps en
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183
Prins sur les murs, comme on souloit,
Envers les Fossez, sur le tart;
5 Et à chascun un grand tabart
De cordelier, jusques aux piez,
Bûche, charbon et poys au lart,
Et mes houseaux sans avantpiez.
4. A. C. Ou vers les f, — 6. B. De cor de lier s. — D, des
poys . L. M. et lart\ —
temps. — canart, voir p. 126. nt. 1 Le Roux, Dictionn.
Comique, éd. 1735: donner un canart — ne pas tenir ce
qu’on avait promis. — 3. sur, comp. (XV.) 7. — 4. En¬
vers; Nicot, Thrésor de la langue franç. envers^:apud. —
1 o s s e z ; voir Corrozet, Les antiquitez , chroniques et singu¬
larités de Paris, éd. 1586. I. 207: »sur les fossez depuis la
porte S. Michel jusques à la porte S. Jacques.” — 5. tabart,
voir G. T. C. vs. 7. — 7. p o y s a u 1 a r t ; tout ici est plein d’in¬
tentions comiques ; les pois au lard suggèrent (voir p. 125, nt. 4.)
à l’imagination l’expression, avoir les pois au veau. On la
rencontre dans un rondeau de Charles d’Orléans (éd. d’Héric. II. p.118):
Plusieurs, comme voy,
Ont des pois au veau;
c-à-d : sont des dupes. Le XVIe siècle ne connaissait plus
cette expression, il disait : faire manger des pois verds
au veau, voir Cotgrave, in voce : veau, he hath cheated
him so finely, he hath so fetched him over that he cannot per¬
çoive it. Avoir des pois au lard est tout à fait le con¬
traire de l’autre dicton, comme le lard est opposé au veau ; comp.
les expressions : il y a du lard en luy (there is great sub-
tilty in him), il a mangé le lard, etc. C’est comme si
Villon a voulu dire : je vous donnerai ce que vous prendriez sans
moi, inutile d’essayer à vous tromper, coquins fieffcs ! — 8. mes
houseaux, mot à effet comique comme heaume du huit.
(XXII.) et canard; voir Pasquier, Recherches. 1. VII, c. 34:
»le peuple facétieusement dit avoir laissé les houseaux
pour dénoter un homme qui est m o r t.” Le sans avantpiez
y ajoute un détail précis et réaliste qui rehaussse l’effet comique. —
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184
(XXV.) XIX.
Item, je laisse par pitié,
A trois petiz enffans tous nuds,
Nommez en ce présent traictié,
Affin qu’ilz soient mieulx congnus,
5 Pouvres orphelins impourveuz,
Et desnuez comme le ver;
Je ordonne qu’ilz soient pourveuz,
Au moins pour passer cest yver.
(XXVI.) XX.
Premièrement, Colin Laurens,
Girard Gossoin et Jehan Marceau,
Desprins de biens et de parens, —
V. (XXV.) XIX. I. A. B. L. en pitié, C, et en pitié. D.
Derechief je laisse en p. — 4. 5 . M. qu'itz en soient. L. omet
le 4 e vers. A. B. C. D.
4. Paouvres orphelins impourveuz . (B. et or phi)
5. Tous deschaussez tous despourveuz. (A. et desvestuz.)
(B. Tous deschaux et tous desvestus). —
7. C. que soient . D, qu ils seront. —
V ; (XXVI.) XX. 2. A. Gossain et I. Moreau. B. Gos-
souin. D. Gossuin . — 3. Despourveuz de biens de parens . —
C. (XXY.) XIX. 1 . par pitié, voir p. 85. — 4,5. Affin
etc., voir p. 111—113. — 6. desnuez, comp.M. d’Escouchy,
Chronique, éd. Beaucoiirt, I. p. 154: «notables bourgois qui furent
du tout mis en destruction et desnuez de tous biens.” —
C. (XXVI.) XX. 3. desprins; desprendre — to loose from.
to let his hold goe, Cotgrave; comp. esclore du huit.suiv,
Coquillart. Monologue des perruques, éd. d’Héric. IL 269:
Mince d’argent, povre endossé ,
Nu et despris, pour tout comprendre.
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185
Et n’ont vaillant Tance d’un ceau, —
5 Chascun de mes biens ung fesseau,
Ou quatre blancs s’ilz l’ayment mieulx;
Ilz mengeront le bon morceau,
Les enffans. quant ilz seront vieulx.
(XXVII.) XXI.
Item, ma nomination,
Que j’ay de l’Université,
Laisse par résignation,
Pour esclaure d’aversité
5 Pouvres clercs de ceste cité,
Soubz cest intendit contenuz:
Charité m’y a incité,
Et Nature, les voyans nuds.
4. B. C. D. L. M. Qui n'ont. — 5. A. A. chascun. — 6. B.
L. s'ilz aym. C. si Faymcnt. — 9. A. B. les bons m. D. L.
M. maint. — 8. A. B. C, D. L. M. je seray. —
V. {XX Vil.) XXI. 3. A. esclandre . B, secourir Fadv . C.
exclurre. D. seclurre. L. M. forclorre % — 5 . A. paouvres . —
6 . A. ce. — 7, B. le tri!a inc % —
(l’éditeur, lisant e s p r i s , manque le sens du passage). — O.
quatre blancs; pour leur valeur, comp. pièces justificatives
dans le 3me vol. de la Chronique de M. d’E s c o u c h y, éd. Beau-
court , p. 268 : » qu’il ne leur laira à chascun deux blans
pour fere leur barbe.” — 8. ilz seront, comp.p. 108,109, nt. 1.
C. (XXVII.) XXL I. nomination; comp. Coquillart,
I. 131 :
Au moins les nominations?
©t la note de l’éditeur. — 4 . esclaure, voir p. 20, 21,nt. 1. —
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186
(XXVIII.) XXII.
C’est maistre Guillaume Cotin
Et maistre Thibault de Vitry,
Deux pouvres clercs, parlans latin,
Paisibles enfans, sans estry,
5 Humbles, bien chantans au lectry.
Je leur laisse cens recevoir
Sur la maison Guillot Geutry,
En attendant de mieulx avoir.
(XXIX.) XXIII.
Item, et je ordonne la Crosse,
Celle de la rue Saint Anthoine,
Ou ung billart de quoy on crosse,
V. (XXVDL) XXII. 1. B. Courtin. - 4. A. Et bien
servans sans. — D. intervertit l'ordre des vers \ et
®. A. B. D. L. M. sans recev. — 7. A. Guesdry. B. L. M
Gueuldry . C. Guettry . —
V. (. XXIX % ) XXIII. B. omet ce huitain . — 1. C. D. L.
M, Item et f adjoindz à la C . (L. Item je . M. Item plus je)»
3. A. M. Et. L. En . —
C. (XXVIII.) XLXII. 0 cens etc. ; l’allusion contenue dans
les derniers vers nous échappe ; nous ne croyons pas qu’il s agit
d’un cens sur la maison du bourreau, comme M. P* ^ a '
croix interprète ce passage ; alors l’équivoque de cens recevoir
et sans r. perdrait tout son sel. Villon, avec toute sorte de
circonlocutions, dit en réalité qu’il ne laisse rien »aux pouvres
clercs.” Comp. G. T. CXXI. —
C. (XXIX.) XXIII. 1. 2 . la Crosse etc. voir p. 88—90. —
3. rue, monosyllabique, comp. h. XL. 5 du Grand Test, sue,
et elle, brais, amie, h. (VI.) et (XIV.) du Petit Test. —
3. billart, la qualification : de quoy on crosse, ne sem-
Et tous les
5 Aux pigons
Enserrez so
A D. en les soi)
IA Enfermez, —
a ce
^4 signifiait d’abord b
les C (
propos (àcétieu
llf «tier (Recueil de I
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* testament de F
^M. de Montaiglo
6 St. Chris to
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187
Et tous les jours plain pot de Seine,
5 Aux pigons qui sont par essoine,
Enserrez soubz trappe-vollière, —
à. A. D. en F essoine. C. qui sont soubz la Saine . —
6. A. Enfermez . —
blera point superflue à celui qui se rappelle qu’au XVe siècle bil¬
lard signifiait d’abord bâton et puis l’autre bâton, dont il est
fait mention dans les Contes de la reine de Navarre;
(nouv. XI, propos facétieux d’un cordelier). Comp. la Farce du
Savetier (Recueil de farces la Valière, n°. 63, fl>. 409) :
J’ey un billard de quoy biller souloye ;
Mais mon billard est usé par le boult, etc.,
le Testament de Ragot, Ane., Poés. Franç. V. 152 et la
note de M. de Montaiglon ; les expressions jouer du billard
(Vie de St. Christofle), billes, billettes, biller.—
5. pigons, dans le Mistère de la passion Jesu Christ
de 1490 (J. Michel), Brayhault, le géolier, comme il le dit lui-même:
garde cy le coulumbier,
Tousiours avons oeufs ou pigons;
pigons, en général, sont les niais; voir le Débat de l’Hom¬
me et de la Femme, Ane. Poés. Franç. I. p. 5‘.
Quant jeune p i g o n femme englue,
Elle le fait devenir grue ;
dans le passage de Villon ce sont donc les niais qui se sont laissé
attrapper ; Ballade du J a r g o n , IV. vs 17 , et III. vs. 33. —
par essoine, pour leur peine, en punition, voir Coquillart, 1.53 : *
Aucuns dient pour tout essoine
Qu’elle doit assaillir la porte etc.,
(la note de l’éditeur sur ce vers fausse l’esprit du passage) comp.
aussi p. 85. — O. enserrez; en serre et enserrer sont les
mots usités en langage populaire ; à la fin du XVe siècle on
préférait enfermer, comme il appert de la comparaison du
ms. des cent Nouv. Nouvelles avec les anciens imprimés, nouv.
XXIX, éd. Garnier, p. 135. — soubz trappe-vollière,
les prisonniers étant comparés à des pigeons, l’expression vo¬
lière ne doit pas nous étonner; Cotgrave, a dove-cote stan-
188
Mon mirouer bel et ydoine,
Et la grâce de la geollière.
(XXX.) XXIV.
Item, je laisse aux hospitaulx
Mes chassiz tissuz d’arignée;
Et aux gisans soubz ses estaux,
V. {XXX), XXIV. se. A. arignie . B. cTarignées. —
3. A. sur les e. B. C. soubz les e. L. M. sur ces. e , —
ding on piliers ; dessoubz la trappe, signifie aussi : en
prison, Myst. de S te Barbe, 1. 1. f°. 607:
Madame poit,
Madame sue dessous la trape;
au sens propre on se sert de l’expression quand les prisonniers
sont mis dans un fossé obscur, comme ceux dont Villon parle;
la Vie de Saint Vincent, ms. fr. de la Bibl. Nat. n°. 12.
538 s. p :
Le chartrenier: Entrez, j’ay ouverte la trappe
Voiez le la tout estandu. —
7 . mirouer, voir p. 37 , nt. 2. ; on conçoit combien le m i-
roir bel et idoine leur sera utile dans le trou noir où ils
sont plongés. — 8 . la grâce de la geollière, remarquez
bien que c’est le miroir que le poète appelle beau, non pas la
geollière qu’il dote de cette qualité ; nous avons donc toute liberté
de nous la représenter malpropre et hideuse et de concevoir sa
grâce comme un e s s o i n e de plus pour les pauvres prisonniers.—
C. (XXX.) XXIV. 3. Soubz ses estaux; ses = ces,
comp. h. (XXII) vs. 4 ; se coucher sous les étaux est signe
de la plus profonde misère ; (il faut toujours se rappeler que le
poète écrivait au milieu de l’hiver et qu’il était probablement
frileux comme Baudelaire sous la plume duquel le mot frimas
aussi retourne souvent) comp. le Mystère de Sainte Barbe,
1. 1. f 3 . 791 : En comparaison avec vous, dit le géolier, aura une
douce nuit celui ,
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189
Chascun sur l’œil une grongnée,
5 Trembler à chière renfTrongnée,
Maigres, veluz et morfonduz ;
Chausses courtes, robbe roignée,
Gelez, murdriz et enfonduz.
5 . B, Tremblans . — 9, B, et robes rongnées . — 8 . A. et
morfonduz . —
qui se couche sous les étaux
Dessus le fumier des chevaux. —
4. grongnée, qu’on cherche en vain dans les dictionnaires
et qu’on a expliqué par emplâtre ou meurtrissure, si nous ne nous
trompons, vient de groin. Une forme emphatique de ce groin
est engrongne pour e n g r o i n , (comp. c r i (g) n e et crin,
gaigne et gain) voir les A-ctes des Apostres, ms. du
Brit. Mus. add. n°. 17427, f 3 . 12:
Corbin. Encore le villain grongne ,
Bien luy pourray d’une engrongne
Sus les dens
Non dedens,
Pour mieulx renformer sa trongne ,
Donner ung coup si plus hongne.
Dans ce passage Je mot engrongne signifie clairement l’in¬
strument au moyen duquel le coup est appliqué (on rencontre
autre part le mot grogner (gronger) avec le sens de férir,
Ducange, in voce g r u gnu m.) ; la g r o g n é e ne peut donc
être autre chose que la blessure infligée par l’engrogne, le
groin ou le g r o g n e t des piétons du guet qui passent en fouil¬
lant avec leurs armes sous les étaux. Comp. aussi Ducange,
in voce grugnum, groignet, armorum species, un baston
que l’en nomme groignet. — 8. enfonduz, selon M a r o t,
creux et descharnez, selon Pr ompsault, ne pouvant se
soutenir ; les autres commentateurs et traducteurs suivent soit
Marot, soit Prompsault ; Cotgrave donne e n f o n d u : muck-
wet, wringing-wet. On ne rencontre pas souvent le mot; E.
Deschamps l’a (ms. fr. Bibl. Nat. 840, f 3 . CLXXX) :
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190
(XXXI.) XXY.
Item, je laisse à mon barbier
Les rongneures de mes cheveulx,
Plainement et sans destourbier;
Au savetier, mes souliers vieulx,
5 Et au frappier, mes habits tieulx
Que, quant du tout je les délaisse,
Pour moins qu’ilz ne coustèrent neufz
Charitablement je leur laisse.
(XXXII.) XXVI.
Item, je laisse aux Mandiens,
Les Filles Dieu et les Beguynes,
Savoreux morceaulx et frians,
Flahons, chappons, grasses gelines,
5 Et puis preschier les Quinze Signes,
V, {XXXI.) XXV. 8, A. la rongneure. — S. C. sans
descombrier. — 6. B. q. de tout point je les laisse. C. quant
ainsi je les d. — 7 . A. qu'ilz ne me ' coustent. B. qu’ilz tu
coustent tous n. —
V. {XXXII) XXVI. 8. A. B. C. D. L. M. aux /. D.
et aux £. — 4. A. plaçons. C. Faucons. D. Chappons ,
Coqus, camus, cornus et malostrus,
Coquars, comars, fetars et druz paillars,
Trop tost venus, enfondus, mal vestus, etc.
On peut éliminer, ce me semble, l'interprétation de Cotgrave,
qui ne va pas avec gelez et celle de Prompsault (I. Payne:
■with lialting pace), qui ne convient guère à gisans, et consi¬
dérer enfondus comme le parte, d’enfondrer. (voir Pals-
grave, p. 399, sur les verbes à conjugaison double) ; le sens
alors serait : cassés, rapetissés par le froid et la misère. —
C. (XXXII.) XXVI. 8. Les Filles Dieu etc., voir p. 109. —
4. Flahons, voir p. 103. nt 1. — A. Signes, pour le
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191
Et abatre pain à deux mains.
Carmes chevauchent noz voisines,
flaons L. M. chappons , pigons . —
prononciation, voir Palsgrave, p. 8, H. Estienne, Hy-
pomneses de Gallica Lingua, 1582 , p. 60, L i v e t, Grammaire
franç. p. 364. — 6. abatre pain; Molinet, Roman de la
Rose, (ms. 698, de la Haye) nous peindra le moine qui abat
le pain, f°. LXXI, v°. : »ceulx qui pour abatre le pain
font le lolin anant les rues, clinent la teste d’ung letz, vestu
d’ung habit tant rasé que ung poul ne porroit tenir sus et au
couvert vous sont comme gorriers.” Abattre (recueillir, mettre
la main sur,) p a i n se dit en général pour recueillir des dons,
gagner de l’argent, comme dans la moralité du Chevalier
qui donna safemmeaudyable, Ancien Théâtre Franç.
éd. Viollet le Duc, III. p. 438:
Le pipeur. Si trouver me puis sus le banc, (c.à.d. à la
taverne ou en quelque lieu propice)
Et quelque gavion de ludie, (niais)
Croyez que je ne fauldray mie
A abatre pain largement.
Abattre semble presque appartenir au jargon des moines,
clu moins on le rencontre fréquemment, dans le sens que Villon
lui donne et qui est ignoré par les dictionnaires, où il est ques¬
tion des bons frères et de leurs associés les porteurs de bulles.
»Vous les aves a b b a t u s (les écus) à tous les dyables,” dit
p. e. Maillard à ces derniers, Sermones de Adventu, éd. Pigou-
chet, 1500, f®. XXVI. Cependant l’expression a aussi pénétré la
vie commune; comp. Poésies des XVe et XVIe siècle, Paris, Sil-
vestres, 1830—32, Sermon nouveau sur tous les maux
que l’homme a en mariage, p. XI:
S’il a de l’argent sans rabat,
Tout contant el le vous abat. —
chevauchent; comp. Maillard, 1.1. f°. 41. r°. : »Quidam
garsio dicebat quod tunicae aperte ante sunt inventae ad eun-
dum ped ester. Non dicam ultra, bono intelligenti pauca
suffîciunt: credo totum oppositum.” On pourrait citer ce
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192
Mais cela, ce n’est que du moins.
(XXXIII.) XXVI.
Item, laisse le Mortier d’or
8. A. ne m' est que d. m. —
V. (XXX/ff.) XXVI. 1. A. B. D. je laisse. —
passage comme preuve de la blague populaire qui procédait comme
Villon en suggérant totum oppositum. — noz vois mes,
encore un mot qui, au sens où il est pris ici, se rapporte fré
quemment aux ecclésiastiques; comp. Ct. Nouv. Nouv.
LVIe Nouv. : »Ceste bonne damoiselle s’accointa d’un curé qui
estoit son voisin de demye lieue et furent tant voisin^
et tant privez l’un de l’autre que le bon curé tenoit le lieu du
gentilhomme toutes foiz qu’il estoit dehors.” Dans la Pronosti
cation Nouvelle, Ane. Poés. Franç. XII. 152 il est dit.
Près très chevaucheront leurs voysines ,
Quoy que leurs maris soyent habiles,
noz voisines me semble dit ici en opposition aux FiH es ^ ieu
etc., qui étaient destinées à être les amies des Mendian i
tandis qu’ils devraient laisser les femmes des bourgeois aux éco
liers et à leurs amants. — £. cela, ce n’est que du moin s )
comp. Les actes des apôtres, éd. 1537, II. P. XXXVIII.
Ha, cela ce n’est que du moins!
Vie »de Sainct Christofle, 1. 1.:
Ne nous chaille, c’est bien du moins;
Martin Franc, Champion des Dames :
La foy promise est du mains;
Chansons du XVe siècle, éd. G. Paris, p. 51 :
Mes maulx souliers n’e stquedumains;
c-à-d : de cela ne nous chaille, comme dans la passage de Villon-
C. (XXXIII.) XXVI. 1. le Mortier, une enseigne, '°' r
A. B e r t y , Les enseignes de Paris , Revue Archéologiq 110 »
p. 8. Le mortier se prêtait à grand nombre d’équivoques; u a
une signification obscène, comme cm peut voir aux dictionnaire®
comiques et par le passage suivant de Deschamps (ms. fr
la Bibl. Nat. 840. f°. CCCXXXIII.) :
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■198
A Jehan, espicier, de la Garde,
Et une potence Sainct Mor,
Pour faire ung broier à moustarde.
5 Et cellui qui fist l’avangarde,
Pour faire sur moy griefz exploicts,
2, D. L. M. Fespicier. — 3. B. C. Une pot. A. B. C. D. L.
p. de St. Mor. — ft. B. C. A celuy. L. Et a celluy. —
_ -
Un mortier use six piles;
Trop y broiay, s’en ay vergogne.
Tousiours veult mortier qu’on besogne, . . .
Plus n’en puis, tel broier ressogne
Par deffault etc.
Villon, dans ses vers sur Jehan de la Garde, côtoie l’obscé¬
nité sans donner satisfaction au pauvre épicier ; ainsi mortier
était encore usé dans une autre locution, que l’on trouve p. e.
dans le Sermon sur les maux de mariage, éd. Silvestre,
p. VIII :
Nonobstant le mal qu’il eut hier,
Fauldra qu’il trayne le mortier;
c-à-d. trainer sa croix comme mari malheureux. — 2. Jehan*
on peut conclure d’un passage du Grand Test. huit. CXXVII, que
l’épicier méritait bien son nom de Jean, qui signifiait et cor¬
nard et cocu; comp. une note de La Monnoye surlaLXIIIe
nouvelle de B. des Périers. — espicier; les espicières,
comme les pasticières semblent avoir eu une fort mauvaise
réputation au XVe siècle; comp. le poème bien connu de H. B a u d e
(ms. fr. Bibl. Nat. 1716. f\ 34.) :
Je ne veul point parler de l’espiçière,
Elle ayme trop, si fait la pasticière.
3. potence Sainct-Mor, une béquille pour soutenir celui
qui souffre de la goutte, voir H. Estienne, Apologie pour Hé¬
rodote , éd. 1735, II. p. 249. Voir aussi Deschamps, ms. f® CCCXXXIII :
Sire, j’ay goûte
De Saint Mor. —
4L. broier à moustarde; on disait au figuré broyer sa
moutarde pour: ruminer sa mauvaise humeur, songer; comp.
13
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194
De par moy Saint Anthoine Tarde!
Je ne li feray autre laiz.
(XXXIV.) XXVIII.
Item, je laisse à Mèrebeuf
Et à Nicolas de Louviers,
A chascun Tescalle d'un œuf,
Pleine de francs et d’escuz vielz;
5 Tant au concierge de Gouvieulx,
Pierre de Rousseville, ordonne; —
Pour le donner entendre mieulx,
Escuz tieulx que le prince donne.
*. C. Et par moy . — 8. L. M. lairray . —
V. (XXXjV.) XXVIII. 1. B. item. A. B. L.
Malebeuf. D. Mirebeuf , M. Mairebeuf . — 2. C. L. M.
Louvieux. — 3. A, Ï escale. — 5. B, D. L. M. Quant
au c. C. Et au conc . A. de Goigneux. — 6. C. D. L. M.
Pierre R . f ord. —■ ?. B, les donner à ent. C. donner en
attendant m. D. correct. ly donner encorez m . L. leur
donner entre e. M. leur d. entremy eux . — 8. D. L. M, que
princê les donne . —
Les Actes des Apostres, éd. 1537. I. f°. LYIII:
Griffon. Que fais-tu? Broyés (ms. B. M. broys) tu ta
mo ustard e? —
C. (XXXIV.) XXVIII. 1 . Merebeuf, voir Longnon, p.
116. — 9, donner entendre, on disait au XVe siècle:don¬
ner à entendre et donner entendre,comp.Jehan de
Paris, éd. Montaiglon, p. 5 »par leur faulx donne(r) entendre”;
voir p. 83, nt. 2 ; p. 125, nt. 4 ; Villon continuant à leurrer ses
légataires par le vain mirage de ses dons, ne parle pas de donner,
mais de donner entendre, deux verbes qu’il faut lier étroite¬
ment et expliquer en regard de la pointe du dernier vers.
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195
(XXXV.) XXIX.
Finablement, en escripvant,
Ce soir, soulet, estant en bonne,
Dictant ses laiz et descripvant,
J’ouy la cloche de Serbonne,
5 Qui tousiours à neuf heures sonne
Le Salut que l’Ange prédit;
Si suspendy et mis à bonne,
Pour prier comme le cuer dit.
(XXXVI.) XXX.
Ce faisant, je me entreoublié,
V. (XXXV). XXIX. A. B. mis en bonne . C. y mis
bourne . D. mis en bourne. L. mis en somme . M. mis cy
bourne. — A. B. que le curé dit . —
V. (XXXVI.) XXX. Voir p. 142. — 1. A. ce fait. —
C. (XXXV.) XXIX. 2. estant en bonne; Cotgrave,
estre en ses bonnes, to be in a good mood, voir aussi : Oudin,
Curiositez Françoises, in voce. — 3 . ses = ces. 4 . J’ouy la
cloche; est-ce que l’effet poétique, obtenu par cette cloche qui
sonne le Salut, serait une réminiscence d’un passage du Péléri-
nage de l’âme de Guilleville, appelé aussi le Songe du
cordelier, livre fort populaire au XVe siecle? La plus ancienne
version que j’en ai eue sous les yeux (Brit. Mus. Harl. 4399, f\
88.) porte :
Mais ensi comme je estoie
En teil point, en teil tourment,
Je oy l’orloge dou couvent
Qui pour les matines sonnoit, etc.
Serbonne, voir p. 37. — 9. mis à b 0 n n e = m’arrêtai ;
bonne = borne ; (comp. le dernier vers du Petit Test : mis à
fin); nous n’avons pas retrouvé l’expression en d’autres écrits. —
8. cuer, voir p. 52. —
C. (XXXVI.) XXX. Comp. pour les quatre huitains suivants
pp. 129—132. — 1. entreoublié, voir p. 25; entre indique
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196
Non pas par force de vin boire,
Mon esperit comme lié ;
S, A. Mon esprit . Q.. L'entendement. —
le commencement ou l’à peu près d’une action ou d’un état, mais
peut être aussi une forme emphatique du verbe simple; p. e.
L’incarnarion et nativité de Jesu Christ, 1474.
f°. CLXVII :
Après, t’es-tu entroublié?
Avant! —
3. e s p e r i t, de trois syllabes comme (IX.) 2. A ce propos nous
rappellerons brièvement que la psycho-physiologie du moyen-âge,
suivant en cela les traces d’Aristote et son traité de Anima,
divisait le principe vital, l’Anima, en trois parties, trois âmes
distinctes : anima vegetativa, anima sensitiva et
anima intellectiva. Dès l’abord le domaine de l’âme sen¬
sitive n’était pas exactement déterminé (compr W e r n e r, die
Psychologie des Duns Scotus, Mémoires de l’Académie de Vienne,
1877, p. 40, idem, Der Averroismus in der christlich-peripate-
tischen Psychologie, Bulletin des séances de l’Acad. de Vienne, 1881,
p. 207.), la Mémoire, qu’ Aristote avait définie comme une des
fonctions de l’âme sensitive, montait en grade pendant le
cours du Moyen-Age et devenait non seulement une partie de
l’âme intellective ( W e r n e r, die Psychologie des Bona-
ventura, Bulletin etc. 1876, p. 121), mais l’intelligence
elle même (W e r n e r, Duns Scotus, 1. 1. p. 46 : »Die Seele kann
die Species der Dinge nicht, wie Thomas von Aquino will, den-
kend in sich activiren, sie kann dieselben einfach nur recipiren;
der Intellect als Récipient und Bewahrer jener Species — das ist
eben die Memoria,” comp. aussi ibid. p. 73.) Cependant,
tout en spiritualisant la t ,Mémoire, on lui gordait son local au cerveau
qui lui avait été assigné de longue date, et qui communiquait par
des pertuis avec les autres parties de la tête. (W e r n e r, Bulle¬
tins etc., 1874: Averroïs Paraphrasis 1. de Memoria etRe-
miniscentia, Aristoteles, Opp. Venetiis, 1570,VII. 158;
Raym. Lulli Opp. ed. 1737, Tom. VI, De Anima rationalif 8 .19:
acerebrum occipitis organum memoria e.”) Elle demeurait là
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197
Lors je senty dame Mémoire
5 Respondre et mectre en son aulmoire
Ses espèces collateralles,
Oppinative faulce et voire,
Et autres intellectualles.
6 . B. C. Reprendre . — 6. C. Snr expèees . — 9 . A.
faulee et en boisme . — 8. A. Interlectualles. —
avec ses potentiae ou potestates que Ton nommait aussi
vertus, espèces, accidents, (comp. e. a. W e r n e r ,
Bonaventura 1 . 1 . p. 120 ) et que Villon semble nommer espèces
collaterales pour indiquer leur différence d’avec les espèces
des choses que la Mémoire recueillait (voir sup. la citât, de
Duns Scotus): l’opinative, un des attributs de l’intel¬
ligence (la qualification de faulce et voire n’y est pas ajoutée
à l’aventure, car c’est justement ce qui la distingue des sens qui,
dans leur domaine, disent toujours vrai ; Aristote, de Anima,
I. II. summa VIL c. I. : asentire enim propria semper est verum ,
distinguera autem potest falsari.” R. L u 11 u s 1. 1. f°. 43 : anima
habet potentiam opinativam cum qua habet opinionem quae proce-
dit in afïirmationem et negationem”), l’extimative, origina¬
lement une fonction de l’âme sensitive, plus tard montée en
grade avec la Mémoire (voir W e r n e r, die Psychologie des
Roger Baco, Bulletin etc., 1879. p. 483—487; pour A. Chartier
aussi, dans son traité de l’Espérance, l’estimative, tout
comme la mémoire, est une vertu sensitive), le sentiment de
répulsion et d’attraction, la vertu au moyen de laquelle la mé¬
moire distinguait et séparait les idées; la similative et
formative, les fonctions par lesquelles les conceptions ab¬
straites se formaient etc. — 3 . lié = liai; le sommeil est con¬
sidéré comme un lien dans la physiologie du Moyen-Age, »vincu-
lum et immobilitas quaedam,”Aristoteles, liber
de Somno et de Vigilia. — 5. Respondre, voir p. 61, nt. 2. —
9. voire, comp. pp. 44 , 45 . —
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(XXXVII.) XXXI.
Et mesmement l’extimative,
Par coy prospérité nous vient;
Similative, formative,
Desquelez souvent il advient
5 Que, par leur trouble, homme devient
Fol et lunaticque par moys:
Je ray veu, ce bien m’en souvient,
En Arristote aucunesfoiz.
(XXXVIII.) XXXII.
Donc le sensitif s’esveilla
V. (XXXVil). XXXI. 2 . B. Par quoy prospective n.
C. Par qui la perspective v. — 3. A. B. Simulative. —
4. C. Par quoy bien s. — 3. A. Que par lair (une main
postérieure en à fait airt) trouve . B. p. leur cours . —
9. A. veu bien m. B. leu se bien m. C. leu dont il m.
V ; (XXXVVII). XXXII. l. A. le sensif. C. Mais le se. -
C. (XXXVII ) XXXI, 2 . prospérité; est ce une allusion à
la paraphrase d’Averroës du livre d’Aristote, de Memoria
etc., Opp. VII. p. 157 : »et est ilia virtus, quam Avicenna vocat
existimationem; et per hanc virtutem fugit animal natu-
raliter nocitiva, licet nunquam senserit ipsa?” — 9 . veu; on
chercherait envain un passage en Aristote qui se rapporte aux
paroles de Villon, aussi l’expression veu nous semble une équi¬
voque qui veut dire en même temps que le poète a trouvé l’ob¬
servation dans les œuvres d’A., et en a remarqué la justesse par
l’exemple d’A. lui-même, ce se (si), voir p. 99, nt. 2. —
C. (XXXVIII.) XXXII. 1. sensitif; aSomniare,” dit R.
Lu 11 us dans son Liber Proverbiorum f*. 87 (Opp. Tom.
VI.), »est confusus actus ex vigilare et dormire.” On peut songer
per vegetativam et per sensitivam. »Per sensi-
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Et esvertua fantasie,
Qui tous organes resveilla,
Et la souveraine partie
5 Teint en suspens, comme amortie,
2 . B. esmeut toute la /. 3 . A. tous argeutis . B, les organes
tout troubla . C. tous les dormans . — 4 . A. B. Et tint la
j. C. Car la s . — 5 . A. En souppirant c . B. En suspens et
comme mortie . C. En suspens es toit a . —
tlvam sommant homines similitudines appetituum particularium
sensuum.” — 3. e s v e r tu a, excita, fantasie; R. Lullus,
1. 1: I m a g i n a t i v a est centrum somniandi quia in ipsa multi-
plicantur species per quas animalia somniant. L’envahissement de
l’esprit par la rêverie est assez vaguement décrit par le poète;
selon Averroès, Paraphrase du livre de s o m n i i s d’Aristote, Opp.
VII, p. 169): in vigilia sensibilia extrinseca movent sensus, et
sensus communis (le sensitif) movet virtutem imaginâti-
vam (la fantasie); in somno autem, quando virtus i m a-
ginativa imaginata fuerit intentionem * revertetur et movebit
sensum commune m.” — 3 . organes; la leçon n’est pas
sûre ; on peut lire aussi argeutis du ms. A, qu’on interprétera
par subtilités (un des nombreux traités de Anima nous
apprend : »in quibus spiritus phantasticus- purior est, illis etiam
subtiliora et magis significantia somnia accidunt.”); on pour¬
rait trouver des analogies de la forme insolite d’argeutis,
msc. pl. pour arguties, dans fantasis, jaleusis etc. ms.
fr. Bibl. Nat. 24, 341, f°. 13. Cependant nous nous sommes décidé à
lire organes parce que nous avons trouvé, il est vrai dans un
traité de Anima du XVIe siècle, la définition suivante du songe,
(De Anima, commentarii P h. Melanchthonis, Witteber-
giae, 1575, p. 272): Somnium est phantasia ex specibus sensi-
bilibus relictis in cerebro concepta, varias cogitationes et imagines
exprimentibus spiritibus, qui famulantur phantasiae;”
et le même traité appelle régulièrement ailleurs ces spiritus
famulantes, idonea organa phantasiae. — 5. en
suspens, comme amortie; comp. Aristoteles, de
Anima, 1. II. in fine : »quia intellectus sincopizatur
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Par oppression d’oubliance,
Qui en moy s’estoit espartie
Pour montrer des sens l’aliance.
(XXXIX.) XXXIII.
Puisque mon sens fut à repos
Et l'entendement desmelc,
Je cuidé finer mon propos;
Mais mon ancre c’estoit gelé,
5 Et mon cierge trouvé soufflé,
De feu je n’eusse peu finer;
Si m’endormy, tout enmouflé,
Et ne peuz autrement finer.
7. B. de moy s'es toit deppartie . C, es toit esp. — 8. A. C.
de sens . B. de sens la science . —
V . {XXXIX.) XXXIII. 1. A. Puis m. s . qui /. B.
Lorsque m. s. — 2, A. desveillé . B. Et mon sentement d. —
4. A. C. ancre es toit g. B. trouvay g. — 5. A. estoit s.
C. trouve freslé. — 6. C. Et n'eusse peu de f. /. B. trouver . —
7. B. boursoufflé. C. C estoit assez tartevelé. — 8. A. finir .
C, Pourtant il me convint f. —
ab aliquo accidente, aut sommo.” — O. oubliance, voir p.
131. — 7. espartie; répandue, dispersée, voir Journal
d’un Bourgeois de Paris, éd. Tuetey, p. 233: »comme
bestes que ung loup es part ça et là.” — 8. des sens l’ali -
a n c e ; ni la leçon ni l’interprétation est aussi sure qu’on la
désirerait; on croirait presque que Villon avait devant l’esprit
la définition d’Aristote du sommeil : asomnus copu 1 a est
sensuumou celle d’Averroës »somnus est ligamentum
virtutum,” et qu’il les a mal comprises. —
C. (XXXIX) XXXIII. 1. Puisque = postquam. - *
desmelé; Cotgrave, in voce, opened, cleered, disintan-
gled. — 4. c’estoit = s’estoit; comp. p* 99, nt 2. — •*
finer, voir p. 61. nt. 2. — 7 . e n m o u f f 1 é , C o t g r a v e,
voce, bemuffled, wrapt within clothes. —
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(XL.) XXXIV.
Fait au temps de ladicte date,
Par le bien renommé Villon,
Qui ne mengue figue ne date,
Sec et noir comme escovillon;
5 II n’a tente ne pavillon
Qu’il n’ait laissé à ses amis,
Et n’a mais que ung peu de billon,
Qui sera tantost à fin mis.
Cy fine le Testament Villon.
V. (XL.) XXXIV. 3. B. ung bien . D. L. M. bon re¬
nommé . — 3. C. mangeust . — 4. B. comme ung e . — 5. A.
Qui n'a. — 7. A. C Et n'a plus. B. Il n'a mais. — 8 . A.
tantost sera affin. C. sera lost à la f. D. en la fin. — C. Et
ho. , — D. Eisplicit.
C. (XL.) XXXIV. 7. mais, voir p. 43/44.
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VARIANTES DES ÉDITIONS MODERNES.
P. = Oeuvres de Maistre François Villon, corrigées
et augmentées etc. par J. H. R. Prompsault.
Paris. Techener, 4832 (Ebrard, 4835).
I. = Oeuvres complètes de François Villon, édition
préparée par La Monnoye, mise au jour par
M. Pierre Jannet, Paris, Picard, 4867.
L. = Oeuvres de François Villon publiées par Paul
Lacroix, Paris, 4877.
/. 1. P. I. Mil quatre cens . P. I. L. cinquante-et-six . —
IL 3. P. I. L. Lorsque les loups vivent . — 0. I. Cy me vint
v. L. Me vint le v . — 0. P. I. L. souloit . — (///.) 1. P.
I. L. feis. — 4. P, I. Sans ce que jà luy en fut m. L. Sans
que ja luy en fust de m. — 5. P. Dont f ay deuil et me
p. — 7. P. victorieux . — 0. P. du dieu da . — (/K) 1. P.
se je prens . I. se je penze . L. en ma f. — 3. P. I. regrets . —
(F.) 7. P. I. L. veulU — {VL) 6. P. I. ne me départir . L.
il me convient partir . — ( F//) l. L. le despart me soit . —
3 . P. esloingne . I, m'en esloingne . L. Dur, si /. il que je
m'esL — 3. P. I. dur . L. conçoit . — 5, P. I. onc en foret .
L. plus billon et plus or soingne . — 6. L. P/wx jeune
et mieulx garny dhumeur, — (/X.) 4. L. point . —
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304
7 . L. ce nom. — (X) i. I. L. A celle doneques. — 3. P. I.
L. f en suys. — ( XI). I. I. Et à m. — 6. P. I. six solz.
L. huit solz. — 8. P. I. luy. L, leur. — (XII/.) 1. I*
Trouvé. — 3. P. I. L. tachon. — 4. p. qu'il veult. —
ft. P. ou la v. P. I. L. qu'on ne peult p. — 6. L. qui ta. —
8. I. Ou est. — (XIV). 2. P. I elergeon au. L. clergeon
de. — 6. P, I. L. trumellieres. — (XV.) 4 . P. Obstant que. —
I. Ce obstant que. L. Nonobst. — Q. P. eiL,.intervertissent
l'or dr e des trois derniers vers. P. sens ne qu'une
а. I. L. mais qu'une a. — 7. I. De rec. — (XVI.) 1. P.I.
plus je assigne. L. pour asseurer. — 7. P. I. L. Pour a . —
9. P. auprès. — (XVII) I. P. je laisse en beau p. d. I.
Derechief, je laisse en p. d. — 5. P. I. L. grosse. —
б. I. L. El. — (XVIII) I. I v jeune h . — 2. P. I. L. troys c. —
3. P. Et à. — 7. P. I. L. trop prendre. — 8. P. I. L. ses
amis. L. requérir. — (XIX.) 5. P. I. moutonnier qui tient
en procès. L. Mouton qui le tient en p. — 9. L. ès eeps. —
(XX.) I. P. Item à J. R. — 2. P. I. L. Je laisse. -
3. P. I. P or ses paouvres seurs grafignier. L. Péchés, poires )
sucre figuier. — 6. P. I. L. aux rains. — 8. P. pourra p.
se p. — (XXI) 2. P. Et a. P. le b. L. A. m. P. Basann. —
7. P. chés. — (XXII) 6. P. I. à la P. L. et la P. —
(XXIII.) P. I. L. Luy laisse. — 6. P. I. L. A faire.-
(XXIV) 2. P. Pour une foys , l. — 3. P. I. sous les m. —
4L L. Ou vers. — (XXV.) I, I. Derechief, je laisse en p .
L. item je l. et en p. — 4/3. P. 7 ous deschaussez et devestus.
I. L. Tous deschaussez, tous despourveuz. — 7. P. I. L.
qu'ils seront. — (XXVI.) 4L. P. I. Qui n'ont. — 9. P. I.
maint bon m. — 8. I. L. Ces e. P. I, L. je seray. —
(XXVII) 4. P. I. L. forcorre. — (XXVIII.) 6. P. sans r. —
(XXIX.) 1. I. Item plus. L. Item et. I. L. je adjoinctz à la
C. — 3. P. I. L. Et ung b. — 5. P, I. L. en fessoine. —
7 . P, I. L. Et mon m. — (XXX.) 3. P. sur. P. I. L. les est. —
(XXXI.) 2 . P. La rongneure. — 3. L . descombrier .— 6. L
quant ainsi. — (XXXII.) 1. P. I. Item aux quatre M. —
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205
2. P. I. L. Aux F'. D. et aux B. — 4. P. I. L. chappons ,
pigons. — ». P. I L. ne m'est que du m. — (XXXITl).
2. P. I. L. Pepicier. — 3. I. L. potence à S. M\ —
5. L. A celluy . - ». P. I. 4»rray. — (XXXIV) 5. P. I. L.
Quant au c . — 6. P. I, Pierre Ronseville je o. — 2. P. Pour
leur donner entremy eulx. I. Pour luy donner encore mieulx.
L. Pour donner en attendant m. — ». P. I. L.prince les d .—
(XXXV). 1. L. estrivant . — 2. P. mis en b . I. et cy mis b .
L. étf ry aæjtf bourne. — ». P. ^ & curé d\ —
(XXXVI) 1. P. I. CW# fait . — 3. L. L'entendement. —
3, P. I. L. Rescondre . — 6. L. .SW* — 2. P. Faulce
oppinative, et boisvie. — (XXXVII) 3. L. la perspective
vient. — 5. P. I. Part trouvé hom d . — 2 . I. L. bien • —
(XXXVIII) 1, P. I. Doncques le sensif. L. J/Wj —
3. P. I. ÇW tous argeutis. L. Et tous argutis. — 4. P. I. Et
tint s. p . L. Car la s. p. — 5. P. I. En souppirani. L,. En
suspens estoit a .— (XXXIX). 1. P. I. Puis mon sens qui f .—
P. I. desveillé . — 4. P. I. L. estoit g % — 5. P. I. L.
estoit s. — 2. L. C estoit assez tartevelé. — ». L. Pourtant
U me convint f. — (XL.) 2. I. bon ren.— 7. P. U plus. —
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DEUX BALLADES
DE
VILLON.
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DEI'X BA
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«Jevèé à gros
J 1123 apportait
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Alain Chartier; *)
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1 U * (
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DEUX BALLADES DE VILLON.
De tout temps les éditeurs des œuvres de Villon
ont cherché à grossir son bagage poétique. L’édition
de 1723 apportait trois ballades ') ingénieuses,
tirées d’un ms. du XVI e siècle, dont la pre¬
mière, pour ne parler que de celle-là, est l’œuvre
d’Alain Chartier; 2 ) un fragme nt d’une autre ballade
fit son apparition dans l’édition de 1742, d’après un
ms. rongé et déchiré ; M. Campaux restitua la ballade
d’après un ms. de la Bibliothèque Nationale 3 ) et à
*) E d. Jannet, p. 144—147. Pour les additions aux éditions de
1533 , le Monologue du Franc Ar chier etc., voir l’introduction
au Nouveau Recueil de Farces Françaises deM. Picot,
p. XVII—XXXIV.
2 ) C’est la ballade qui commence par:
J’ay ung arbre de la plante d’amours.
Elle a été publiée depuis dans un recueil rarissime: Rondeaulx et
Ballades inédits d’Alain chartier, publiés d’après un ms.
de la Bibliothèque Méjanes, à Aix. Caen, 1846. Elle y porte le no. 3,
M. J. Payne l’a traduite en anglais dans sa version des Oeuvres de
Villon p. 133 ; il n’est que juste de remarquer que M. Payne n’y a pas
reconnu la moindre trace de la main du poète.
*) M. Campaux. p. 64, d’apres ms. fr. Bibl. Nat. 1707, f°. 47. Con¬
statons que la transcription de M. Campaux est extrêmement défectueuse.
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210
présent elle figure sous le titre de Ballade joyeuse
des taverniers parmi les poésies attribuées
à Villon 1 ); il est à peine nécessaire d’observer que
rien n’y trahit soit la pensée, soit la main du poète.
Prompsault, dans son édition de 1832, outre les
vers dont il augmenta le Petit et le Grand Testa¬
ment, donna dix vers à la ballade du débat du
corps et du coeur de Villon, et cinq nouvelles
ballades aux oeuvres diverses*); toutes ces poé-
On rencontre cette ballade assez souvent dans des mss, du XVe et du
XVIe siècles, p, e. ms. fr. 2206, Bibl. Nat. f°. 178. Une auuotation du
copiste (Ballade contre ceulx qui mectent de l'eaue an
vin ou contre noz enemy) prouve sa giande popularité et le
différent usage qu’on en pouvait faire.
*) E d. J a n u e t, p. 174, suivant une version différente de celle de
M. Campaux.
2 ) E d. P r o m p s a u 11, p. 42 ; ce sont d’abord le troisième dixain du
Débat, tiré du Jardin de Plaisance, éd. Verard, f°. CVIII (la
strophe se trouve aussi au n°. LIII de la Bibl. de Stockholm, f°. 34),
la Ballade Villon, ms. fr. Bibl. Nat. n°. 1104, f°. 30. (Jannet
p. 110), puis deux ballades tirées du ms. D. (voir p. 79 de cette
brochure) ; leur authenticité n’est pas douteuse ; on ne saurait en dire
autant des deux suivantes: la Ballade des povres Housseurs
(Jann. p. 119) et la Ballade contre les Mesdisans delà
Franc e (Jann. p. 121). Pour cette dernière ballade Prompsanlt se
fonde sur l’autorité du ms. fr. Bibl Nat 12490, un des volumes du Re¬
cueil de I. Robertet. En effet on l’y trouve, f°. 98, fermant la série des
ballades de Villon dont le ms. donne une copie; mais il faut observer
que l’autorité de ce ms. est nulle, la copie qu’il renferme des œuvres de
Villon étant certainement faite d’après une édition imprimée. Un feuillet
de garde, sur lequel la ballade se trouvait écrite, peut avoir donné lieu
à l’erreur; car elle jouissait de la plus grande popularité; on la ren*
contre presque partout : au Jardin de Plaisance f°. CC. (séparée
par une grande distance des ballades de Villon qui sont au f°. CVIII)»
parmi,,les premières plaquettes imprimées (Ane. Poés. Franç. V. 320),
dans les recueils mss. des poésies du XVe siècle, comme ms. fr. Bibl.
Nat. 2 3 75, f°. 32, n°, 2206, f°. 181 etc. Aucun de ces livres ne
l’attribue à Villon ; au contraire le n°. 2206 la donne au milieu de six
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211
sies ont acquis droit de cité parmi l’œuvre reconnue
et légitime de Villon et cependant pour deux de ces
ballades, celle des povres housseurs et la Bal¬
lade contre les mesdisans de la France, ce
droit est plus que suspect, presque nul. La question
est plus compliquée pour un groupe de poèmes dont
on doit aussi la découverte au zèle de Prompsaultet
qu’il a publié en appendice, comme supplément aux
œuvres de Villon. ') Nous traiterons ce problème
plus tard, en remarquant toutefois dès à présent que
le jugement, porté sur la valeur poétique du Dit
de la Naissance, comme Prompsault l’appelle,
doit, en tout cas, céder le pas aux preuves matérielles
et extérieures qui pourraient être alléguées en sa
faveur.
M. Campaux, dans son Etude sur Villon.
1859, avait recueilli une moisson de poésies nou¬
velles, ballades et rondeaux, plus ample encore que
celle de Prompsault. Suivant l’exemple de Lenglet-
Dufresnoy, dont le travail est resté manuscrit, M,
Campaux avait mis à contribution le Jardin de
ou sept ballades authentiques de M e s c h i n o t et sans me prononcer ici
catégoriquement sur la paternité de la Ballade, il faut constater qu’elle
est d’une façon plus antique que celles de Villon* le milieu où elle se
trouve au Jardin de Plaisance le prouve du reste. La Ballade
des povres Housseurs (pour l’explication de ce mot, voir M. G.
Paris, Revue Critique année 1867, n°. 16), suivant Prompsault (p. 53),
se trouve intercalée parmi les autres ballades de Villon au Jardin de
Plaisance; „j’ai dû la prendre,” dit-il, comme s’il avait eu la main
forcée, „et en enrichir mon édition.” Il paraît qu’on n’a jamais pris la
peine de contrôler l’assertion de Prompsault t en effet la ballade des
Housseurs, au lieu d’être au milieu des poésies de Villon, en clôt la
série (f°. CIX), et celles-ci devant commencer et finir quelque part, il n’y a
aucune raison qui nous oblige à accueillir une ballade étrangère dans la
série.
*) Ed. Prompsault, p. 469, ss ; e d. J a n n e t, p. 105—110.
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212
Plaisance et en avait rapporté un choix de pièces
qui lui semblaient, de la façon la moins équi¬
voque, faire allusion aux circonstances les
plus caractéristiques de la vie du poète.*).
Les différents éditeurs, venus après l’éloquent ami de la
poésie de Villon, MM. Jannet, Lacroix et Moland,
à leur tour fait ont lait un choix dans le choix de M.
Campaux, et ainsi s’est constituée la ‘rubrique des
poésies attribuées à Villon, qu’on ajoute généra¬
lement aux éditions modernes.
L’œuvre du poète en est-elle enrichie réellement?
On a donné comme raison pour les garder en ap¬
pendice aux poésies authentiques de Villon, que si
elles n’étaient pas le produit de la muse du maître
lui-même, au moins on y devait reconnaître les traces
de son influence, et on s’est laissé aller à parler de
l’école de Villon. Cependant si l’on pouvait démontrer,
pièces en main, que le plus grand nombre de ces
ballades et rondeaux doit son existence soit aux
maîtres, soit aux contemporains de Villon!
Prenons un exemple. M. Campaux *) cite un rondeau
du Jardin de Plaisance, qui commence par:
De mon faict je ne scay que dire ,
et à propos des derniers vers:
A son gré parler je l’écoute,
Puis emprès elle je m’accoute
Sans luy vouloir riens contredire ;
il sՎcrie: Ȉ moins de supposer une imitation qui
aurait été jusqu’au plagiat, on reconnaîtra que
l’auteur des derniers vers de ce rondeau- est le
J ) M. Campaux, 1. 1. p. 331.
2 ) 1. 1. p. 344; Jannet, p, 135.
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I
i
I 213
I?même que l’auteur du h. 56 du Grand-Testament.”').
ï(ï Plagiat ou non, l’auteur du rondeau est un person-
■es nage tout à fait différent du bohème de génie qui a
4r écrit le grand-Testament. La suscription du rondeau
i: dans un manuscrit bien connu, renfermant les pro-
I ductions poétiques du cercle de Charles d’Orléans, »)
;! nous apprend son nom, Blosseville, un des fa-
i: miliers du duc, qu’il avait suivi en Angleterre et cer¬
tainement l’aîné de Villon d’une trentaine d’années.
Ce simple nom mis en l’umière, traîne après lui
tout un brillant cortège de talents poétiques qui ont
chanté leurs amours et leurs déceptions à peu près
comme Villon est censé avoir chanté les siennes,
avec cette différence pourtant que leur réputation
s’est éteinte dans un profond oubli, tandis que toutes
les étincelles de leur foyer poétique se sont rassem-
J ) Notons que la comparaison avec les vers du Grand-Test, cloche un peu :
Quoy que j e lui voulsisse dire,
Elle estoit preste d’escouter,
Sans ni* accorder ne contredire;
mais on n’y voit pas de si près quand on est emporté par son sujet et
son argumentation.
*) Ms. fr. B i b 1. Nat. 9 223, f°. 38 ; le ms. (M. d’Héricault l’a
décrit , Poésies de Ch. d’Orléans, II, 291.) contient plus de trente
rondeaux de Blosseville ; une ballade sur la mort de la dauphine
Marguérite d’Ecosse (f°. 65) précise le temps où il vivait ; un rondeau
fort curieux d’Antoine de Guise (f°. 64) montre l’estime où son talent
poétique était tenu par ses amis:
Blosseville , noble escuier,
Tous ces fatraz je vous envoyé
Avant qu’ilz aillent aultre voye,
Donnez leur ung tour du mestier.
Pour d’autres détails sur la vie et les œuvres de Blosseville, voir la
notice de 3L de Montaiglon en tête du Débat du viel et du
jeune. Ane. Poé s. Franç. IX. 216 ss.
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214
blées comme une auréole autour de la tête pelée du
vagabond.
Ce n’est pas ici le lieu de restituer à leurs diffé¬
rents auteurs les poésies attribuées à Villon.
Ce que nous avons voulu montrer par un seul exem¬
ple, c’est qu’avant d’aller glaner parmi les rondeaux
anonymes du Jardin de Plaisance des poésies
de Villon, il n’est pas superflu de s’orienter dans ce
champ inculte jusqu’ici, qu’on appelle l’histoire lit¬
téraire du XV e siècle.
Est-ce qu’il est donc si difficile de trouver des vers
inconnus de Villon dans le Jardin de Plaisance?
Mais non! Voici un huitain, le deuxième de la Bal¬
lade des Proverbes (Jannet, p. 116), qu’on a né¬
gligé d’y cueillir ') :
Tant parle-on qu’on se contredit;
Tant vault bon bruyt que grâce acquise:
Tant promet-on qu’on se desdit ;
Tant prie-on que chose est acquise
5 Tant plus est chère et plus requise;
Tant la quiert-on qu’on y parvient ;
Tant plus commune moins est quise;
Tant crie l’on Noël qu’il vient.
Et le rondeau suivant *) doit être attribué à Villon,
si l’on accepte la théorie assez plausible de Promp-
sault que l’éditeur du Jardin de Plaisance met
à la suite les unes des autres toutes les pièces qui
appartiennent au même poète:
l ) Jardin de Plaisance, éd. Verard, s. d. f°. CVIII. Le ms.
de Stockholm, f°. 24, donne anssi ce huitain. Nous notons les variantes sui¬
vantes : vs. 3. B. s e d e s d i t. I. d. P. s’en d. — d. B. et plnsest
qui se. I. d. P. plus est requise. — 7. B. et moins requise. —
s ) Jardin de Plaisance, f°. CIX, entre la Ballade des •
Proverbes et celle contre les langues envieuses.
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2 15
RONDEL.
Jenin l’anemy, *)
Va-t-en aux estuves
Et toy là Tenu,
Jenin etc.
Si te lave nud
Et te baigne ès cuves
Jenin etc.
Ceci n’est qu’une boutade sans sel, et l’addition à
la Ballade des proverbes présente, s’il se peut,
encore moins d’intérêt. Aussi avons-nous mieux à
offrir en compensation des ballades que nous avons
élaguées de l’œuvre de Villon, non pas parce que
l’inédit ou le quasi-inédit en soi a pour nous des
charmes, mais parce que nous croyons qu’il faut
augmenter autant que possible l’œuvre du poète,
d’abord pour pouvoir déterminer plus exactement la
chronologie de ses poésies, en second lieu pour avoir
une base plus large d’où partir à la decouverte de
poèmes inconnus.
Or, la premières condition pour le succès des re¬
cherches ultérieures, c’est que la base soit bien solide
et que les poésies de Villon soient toutes bien au¬
thentiques. Sous ce rapport du moins les deux bal¬
lades que nous allons publier ne laissent rien à
désirer; le poète les a signées de son nom, leur envoi
porte en acrostiche: Villon *). La première est
1 ) Il faut lire probablement au lieu de Jenin l’anemy, Jenin
Lavenu ou L’avenu.
2 ) Comp. p. 146 nt. 2. Nous connaissons une troisième ballade qui pos¬
sède cet acrostiche, l’avant-derniére des cinq ballades e n j argon ,
que l’on trouve au ms. de Stockholm, f°. 26. Nous l’aurions donnée ici
avec les autres, si nous n’avions lu récemment une notice dans le Figaro j
annonçant la prochaine publication d’un livre de M. Yitu sur le Jargon
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216
donnée par le ms. de Stockholm, si souvent cité
dans le cours de notre travail; elle s’y trouve au
troisième feuillet, étant précédée de la ballade
d’Alain Chartier :
Il n’est dangier que de villain *),
et suivie d’une autre ballade dont l’auteur nous est
resté inconnu:
Qui ne contreffait l’amoureux *).
La ballade de Villon, que nous sachons, n’a jamais
été imprimée, et en tant que copie manuscrite,nous
connaissons seulement celle de Stockholm.
Ceci n’est pas le cas pour la seconde ballade que
nous publions plus loin. Elle a été connue de longue
date, mais comme l’œuvre d’Alain Chartier; on la
trouve déjà dans les premières éditions de ce poète,
imprimées sous le titre: Les fais maistre Alain
Chartier; de là elle est passée dans l’édition de
Galliot du Pré etc. Ce qui doit nous étonner davan¬
tage, elle est comprise dans un des grands recueils
manuscrits des œuvres d’Alain Chartier 5 ); la place
de Villon, où il utiliserait cinq ballades inédites du poète. Evidemment
ce sont les ballades du ms. de Stockholm que l'éminent critique a en
vue, dès lors nous pouvons tranquillement laisser le soin de publier la
ballade à des mains plus compétentes que les nôtres,
’) Le ms. Lansdowne 380, du Brit. Muséum, comme nous l’avons
rémarqué , p. 49, donne explicitement cette ballade à Chartier ; elle y
est appelée la Ballade faicte et composée par le doulx
poète maistre A. Chartier,
2 ) Le scribe du recueil semble avoir rangé parfois les pièces d’après
leur contenu ou la façon dont elles étaient écrites. On ne peut donc nul¬
lement inférer de la place, occupée par cette ballade, qu’elle est aussi l’œuvre
de Villon; d’ailleurs le ton courtisanesque qui y règne, exclut cette
supposition.
3 ) m s. 1 r. B i b 1. N a t. 8 3 3, f®. 193, Le manuscrit a été décrit par
Paulin Paris, VI. 386 ; il est du commencement du XVIe siècle.
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217
qu’elle y occupe, sa présence au dernier feuillet,
nous donne peut-être la clef du mystère, comment
une ballade de Villon s’est fourvoyée parmi les poé¬
sies du docte secrétaire de Charles VII; elle nous
paraît avoir été écrite à l’origine par le poète lui-
même sur un feuillet de garde ou sur une des feuilles
abondantes d’un de ces livres copiés à la hâte et
négligemment, qui servaient de base aux scribes pour
leurs travaux de commande '). Le scribe aura trans¬
crit tout ce qui lui venait sous la main, et voilà
Villon enté sur Chartier. Le même brouillon semble
avoir été l’original des éditions imprimées J ); du moins
ces éditions, tout comme le ms., font suivre notre
ballade par un rondeau et un fragment qui pourraient
être attribués avec quelque raison à la main du même
auteur.
Le rondeau n’est pas tout à fait indigne de
Villon, quoiqu’il me semble plutôt une copie d’une
chanson appartenant au cercle de Charles d’Orléans:
La mercy dieu je vis tousiours,
Quelque desplaisir que je porte ;
Bon vouloir ma douleur supporte,
Mais j’ay passé tous mes bons jours,
Sans avoir ayde ne secours ;
Doulcement mon temps je déporté,
La mercy dieu etc.
*) Il reste encore grand nombre de ces livrets de scribe; p. e. le ms.
Bibl. de Bourgogne n 9 . 10959 de la Salle d’A. de la Sale est l’original
de la copie, faite par Mielot ou un de ses disciples, qui existe sous le n°.
9287 de la même bibliothèque. L’état de ces livrets avec leurs croquis de
miniatures nous est le mieux représenté par le ms. du Petit Jehan
de Saintré, n°. 9547 ; comp. aussi le n°. 9629, brouillon de l’histoire
de (xilion deTrasignyes, Bibl. de Bourgogne. Villon lui-même
a-t-il exercé pendant quelque temps le métier de scribe ?
3) P. Paris, 1. 1.
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Je n’ay plus que faire d’amours ,
Désormais ne m’en plaist la sorte,
Aux autres du tout m’en rapporte ,
Car quant à moy j’ay fait mon cours :
La mercy dieu etc.
Quant au fragment, on y verra difficilement la
trace de l’esprit du poète:
Trop sont à grief meschief livrez
Cueurs qui d’amours sont enyvrez,
En la fin encor le seau ras,
Quant ton temps perdu y auras,
Et degastée ta jeunesse
En ceste dolente léesse.
Se tu peuz encores tant vivre,
Que d’amours te voie delivre,
Le temps qu’auras perdu plourras
Mais recouvrer ne le pourras,
Encor se par tout en eschappes.
Car en l’amour ou tu t’entrappes,
Maints y perdent, bien dire l’os,
Sens, temps , chatel, corps, ame et los.
Enfin voici les deux ballades, qui n’ont pas besoin
de commentaire.
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BALLADE.
I.
Il n’est soing que quant on a fain,
Ne service que d’envieux,
Ne mascher qu’ung botel de foing,
Ne fort guet que de homme enivreux,
5 Ne clémence que felonnie,
N’asseurence que de peureux,
Ne foy que de homme qui regnye,
Ne bon conseil que d’amoureux.
IL
Il n’est engendrement qu’en boing,
Ne bon bruit que de homme benny,
Ne riz qu’après ung cop de poing,
Ne lotz que debtes mectre en ny,
5 Ne vraye amour qu’en flaterye,
N’encontre que de maleureux,
Ne vray rapport que menterye,
Ne bon conseil etc.
Var. ms. Stockh. /. 8 . II. 8 . III. 8 . IV. 8 . Ne bien
conseille que a. — II. 41. lotz ; orthographe du ms.
pour los, renommée', ce mot revient f°. 7 .
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220
III.
Ne tel repos que vivre en soing,
N’oneur porter que dire fy,
Ne soy vanter que de faulx coing,
Ne santé que de homme boufîy,
5 Ne hault vouloir que couardye,
Ne conseil que de furieux,
Ne doulceur qu’en femme estourdye,
Ne bon conseil que d’amoureulx.
IV.
«foulez-vous que vérité vous dye,
'—'1 n’est jouer qu’en maladie
fectre vraye que tragedye,
fasche homme que chevalereux ,
5 Orrible son que melodye,
Ze bon conseil etc.
Var. IV. 1 Nous n'avons pas changé la leçon du nts-,
peut-être voulez vous ne faisait que deux syllabes .
4L. m s. homs. — 5 . ms. horrible. —
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BALLADE.
I.
Hommes failliz despourveuz de raison,
Desnaturez et hors de congnoissance,
Desmis de sens, comblés de desraison,
Fols abusez, plains de descongnoissance,
5 Qui procurez contre vostre naissance,
Youz soubzmettant à détestable mort
Par lascheté; las que ne vous remort
L’orribleté qui à honte vous maine;
Voyez comment maint jeune homme en est mort,
10 Par offenser et prendre autruy demaine.
IL
Chascun en soy voye sa mesprison,
Ne nous vengons, prenons en pacience;
Nous congnoissons que ce monde est prison
Aux vertueux franchis d’impacience ;
5 Batre, touiller, pour ce n’est pas science,
Tollir, ravir, piller, meurtrir à tort.
Var. Nous suivons Péd. Galliot du Pré, 1529 . f°.
CCCXXXIX v", — I. 3. ms. 833. f ~. 193. du sens. —
O. tn s. soubzmettans. — 7. é d. Galliot. homs ; a br év a-
t i o n mal résolue, ms. jeunes bons est m. —
Var, II. 4 . é d. franchise d'imp. — 5 . je pense qu' i l
faut lire percer (une maison) au lieu de pour ee. —
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De Dieu ne chault, de vérité se tort
Qui en telz faitz sa jeunesse deraaine,
Dont à la fin ses poingz doloreux tort,
10 Par offenser et prendre autruy demaine.
III.
Que vault piper, flater en trahyson,
Quester, menter, affirmer sans fiance,
Farcer, tromper, artifier poyson,
Vivre en péché, dormir en deffiance
5 De son prochain, sans avoir confiance;
Pour ce conclus: de bien faisons effort,
Reprenons cœur, ayons en Dieu confort,
Nous n’avons jour certain en la sepmaine;
De noz maulx ont noz parens le ressort
10 Par offencer et prendre autruy demaine.
IV.
<ivons en paix, exterminons discord,
i—eunes et vieulx, soyons tous d’ung accord,
na loy le veult, l’apostre le ramaine
licitement en l’epistre rommaine;
Ordre nous fault, estât ou aucun port,
Zottons ces pointz, ne laissons le vrayport
Par offencer et prendre autruy demaine.
V. é d. trop vérité se dort ; voir Cotgrave , se tordre —
se fourvoyer. — ///, I. ms. rire en t. — 3 . é d. Forcer . —
FIN.
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TABLE ALPHABÉTIQUE.
abatre (pain); 191, 6.
abreuvoir, 110.
acrostiches, 146, 147, nt. 1 ; 215,
aguet (d’>; 178, 3.
•ai ss - e , 36.
-ai =a ei; 36.
nt. 2.
-aient, 80.
-aige ~ -âge, 39 .
aiguiser, 13, 131, nt. 3.
-ail ss -aii^ 39
alliance-, 200, 8,
-an s= -en, 36.
-an =s -on, 36 .
-aou = - au , 3 g
-ar ss - er , 42
Aristote, 16 .
asne ra yé, 125, nt.
as signer, 74.
assommer; 180, 8
atours, 30, nt. 1.
" aM ==- 0 , 36.
' aM = - 0U , 37.
4.
aulmoire , 106, nt. 2.
autentique, 46, nt. 1.
Averroès, 16, nt. 2; 46.
ay — et, 36.
billart; 186, 3.
blancs (monnaie); 185, 6.
blancs (les piez), 24.
Blosseville, 213, nt. 2.
boesme , 44.
bon , 62, nt. 1.
bonne (estre en b.); 195, 2.
bonne (mettre à b.); 195, 7.
bourreletz , 30, nt. 1.
brayes , 93, nt. 1; 1 7 0, 6.
bruire , 164, 7.
bruit; 164, 5.
c et g, 94, nt. 2.
c (confondu avec h.), 102, 103.
cadéSy 33.
canari , 126, nt. 1; 182, 2.
Cardon (Jacques), 143, nt. 2.
ce (pour se), 26—28; 157, 3;
198, 7.
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ce (dans les mss.), 99, nt. 2; 200, 4.
ce (ces) (usagedu pron.démonstr);
473, 4; 178, 4; 188, 3.
Cent Nouv. Nouv., 70, nt. 2; 75,
nt. 1 ; 116, nt. 2 .
Nouv., 91; 14, nt. 1.
ces (pour ses), 26—28; 161, 2 .
changon; 174, 5.
Chartier( Alain),131-133;216,nt 1 .
chasser; 174, 2.
Chastellet; 179, 8 .
chevaucher; 19.1, 7.
chiens (et oiseaux), 125, nt. 4.
Cholet; 182, 1.
clercs; 170, 1 .
coing (frapper en c.), 137, nt. 1.
collaieralles (espèces); 197, 3 nt.
comique (suggestion); 125, nt. 4,
donner; 125, nt. 4, en friche;
125, nt. 4, sur pied; 125, nt.
4, en parolles; 169, 3, tenir;
175, 8 , paix et aise; 183, 7,
pois au lard; 191, 7, chevau¬
cher, 194, 7, donner entendre,
comique (effet de la parenthèse);
164, 7; 165, 5; 171, 3.
complant , 137, nt. 1.
conjugaison, 40.
conseiller, 57, nt. 2.
cramillières; 170, 6 .
crosse , 88 , 89, nt. 1.
cueur, 121; 16., 5.
curé (cuer), 52.
dangiers; 159, 1.
débriser; 157, 8 .
déchassé , 165, 4.
dédoublement des consonnes, 41.
deffaçon, 140, nt. 1; 158, 3.
départir, 58—60.
dcsmesler; 200 , 2 .
desnuez; 184, 6 .
desprins; 184, 3.
diamant, 125, nt. 1.
don (en pur d.); 167, 1.
donner , 125, nt. 4; (entendre)
194, 7.
•e = -ai, 25, 37, 42, nt 2.
-e = -er, 42, nt. 2; 85.
-e ~ -o, 37.
e et i, 42, nt. 2.
elle; 160, 4.
employer, 57, nt. 1.
-en 1 = -an, 37.
enchâssé; 165, 5.
en fondu; 182, 8 .
engrongne; 189, 4.
enmoujflé; 200, 7.
-eus — -ans; 14, 28—31.
enseignes, 53; 89; 101; 103, nt
2 et 3, 125, nt! 2; 192, 1.
dnserré; 187, 6 .
entreoublier; 195, 1.
envers; 183, 4.
•er, 52.
esclore, 21.
escot; 166, 6 .
esloingner; 162, 2 .
esparti; 200, 7.
espèces, 197, 6 .
esperit; 196, 3.
espicière; 193, 2.
essoine; 187, 5.
establis; 178, 4.
estaulx; 63, nt. 3; (soubz lese),
188, 3.
estrangler; 180, 8 .
esvertuer; 192, 2.
extimative; 197, nt. ; 198, 2.
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225
faillir (au besoing); 161, 6.
faire (verbe auxiliaire), 54. •
fantasie ; 131, nt. 2; 199, 2.
fenestre ; 173, 8.
Figuier (Grand), 53.
prier , 61, nt 2.
foiz (à la f.); 182, 2.
jormative ; 197, nt.; 198, 3.
forsprendre; 147, 7.
frain (aux dents); 156, 4.
franc, 102, nt. 1.
» (au collier); 156, 4.
frappier , 42.
(en g.) ; 165, 5.
£*an; 167, 4.
glui; 182, 4.
gluyons , 182, 4.
Greban (Simon), 132, nt. 1.
9 re sse (de haulte g.); 168, 6.
grongnée; 189, 4.
heaulme; 178, 2.
housectux (laisser les h.); 133, 8.
Jardin de Plaisance; 25, nt. 1.
je (confondu avec il), 108, 109,
nt. 1.
Jehan; 193, 1.
~ier, 39.
imaginative; 131, nt. 2.
impartir, 58, nt. 1.
imprimés (anciens), 70; 75; 77;
86, nt. 2; 95, nt. 4.
intéllectudlles; 197, 8.
Joyes de Mariage (les XV), 129,
nt. 1.
juchier (la pie), 63.
lard; 183, 7.
légièrement; 170, 5.
li = luy, 31—34.
li=zles, 31, 33.
iîrrl’y, 31, 32.
lier; 196, 3.
lubre ; 12, nt. 2.
mais, 43, 44; 170, 6; 201, 7.
Malpensé, 108, nt. 2.
marchand (bon m.); 181, 3.
Marchant (Perrenet), 145—148.
Marchant (Ythier), 145, nt. 1.
martir , 123, nt, 1; 160, 7.
mémoire ; 197, 4, nt.
Merle (Germain de), 70.
Merle (Jehan de), 69.
mettre sus, 125, nt. 3.
mieux (estre, valoir de m.); 151,4.
millésime (usage du XVe siècle);
151, 1.
mi-partie (impartie), 58, nt. 1.
mirouer ; 188, 7.
moins (être du m.); 192, 8.
Molinet (auteur d’une rhétorique),
80, nt. 2.
mortier ; 192, 1.
mourir; 160, 7.
moustarde ; 193, 4.
Noël; 156, 2.
nominatif singulier, 31, 40.
nomination; 185, 1.
obstant ce que ; 171, 4.
obvier; 159, 1.
-i oient , 80, 113, nt. 1.
oppinative, 131, nt. 2; 197, 7,
nt.
organes; 199, 3.
ou = au, 40.
-ou — -eu, 38.
oubliance, 131.
-ouer — -oir, 37.
-ouir un -uir, 31.
ouvrir, 15.
15
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oye (une grasse o.); 167, 5.
par (confondu avec dix) 85, nt 3.
par (confondu avec eu), 85.
par (pour) (confondu avec je), 86.
Pasques; 172, 6.
pie (jucliier la p.), 63.
Pierre-au-Let; 179, 6.
piétons; 178, 3.
pigons; 187, 5.
plant, 137, 1.
planter; 137, nt. 1; 176, 8.
pois (au veau, au lard); 183, 7.
poupart; 173. 7.
pour (avec l’infinitif), 64, nt. 1.
pinson, 123, nt. 1; '157, 7.
procès; 168, 8; tenir p.; 175, 6.
promettre (mons et vaulx); 169, 3.
puisque; 200, 1.
qiC et c\ 107, nt. 1.
queloigne; 162, 4.
qui (confondu avec que), 104.
qui (par qui grâce), 74.
r (confondu avec o), 94.
rains , 22; 176, 6.
rais, 23; 176, 6.
recompenser; 171, 2,
recouvrer; 171, 7.
reculer; 166, 4.
relaiz; 163, 6.
respondre, 61, nt. 2.
riblis, 65; 179, 5.
Roman de la Rose, 121; 156, 4, 6.
rubis , 65; 179, 5.
rue (monos.); 186, 2.
s (confondue avec l ), 27, 54.
Saint-Esprit; 171, 3.
Saint-Mor; 193, 3.
saints (amoureux), 123.
seigneur (confondu avec ser>
gent), 53.
semblans; 161, 2.
sensitif, 131; 198, 1.
ses = ces; 159, 4; 172, 6; 178,
4; 195, 3.
sèz; 175. 8.
signes; 190, 5.
similative; 197, nt.; 198, 3.
sommelées, 42.
soret (de Boulogne), 73; !6$A
soudure, 123, nt. 1.
sur; 171, 7; 183, 3.
surquerir; 174, 8.
suspens (en), 131, nt. % 192,5
talion, 102.
tailler; 177, 7.
tartavellerie, 76, nt. 1.
tarteveler, 76, nt. 1*
tastonner, -178, 4.
tenir {lent, teint), 34,35,
fief); 169, 3.
tieulx, 41.
tordre , (se), 222, nt. ^
trappe (dessoubz la t.), 1 »
trou; 176, 5.
trousser (au col), 103, nt.
-u = -ou, 39. . |
Vallée (Robert), 143; 168, •
mZ/ée (tenir, promettre mon
v.); 169, 3.
veau; 183, 7.
Végèce, 126, nt. 3.
vénérieux; 158, 7.
Guillaume), 112; 16*’
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, h. IL 2; 125, nt
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227
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Villon, Grand-Test. h. IV, 8; 80,
nt. 1.
» h. VI, 4; 109,
nt. 1.
» h. VII, 8; 71,
» h. IX; 139,
nt. 1.
» h. X, 6, 7; 25.
» h. XI, 2, 99.
» h. XII; 11-17.
* h. XII. 5; 131,
nt. 3.
» h. XII, 8; 46.
» h. XVI,6;125,
nt. 4.
» h. XVII, 7; 33.
» h. XIX, 4; 76,
nt. 1,
» h. XX, 7; 46.
» h.XXIII,7;29.
» h. XXV, 8;83.
» h. XXIX, 7;
80, nt. 1.
» h. XXXII, 3;
45, 46.
» h. XXXVI, 2;
52.
» h. XXXIX, 7;
29.
» (Jann.) p. 36;
94.
Villon, Grand-Test.
»
»
»
»
»
»
»
y>
»
h.XLVI,7;75.
h. L. 6; 109, »
nt. 1.
h. L, 7; 125, »
nt. 4.
h.LXV,5;148. »
nt, 2.
h. LXXIII, 3
53.
h. LXXIII, 8;
47.
(Jann.) p. 55;
27, 28.
h. LXXXIII,
3; 34.
(Jann.) p. 57,
58;146,147.
h. XCIV, 5;
109, nt. 1.
h. C, 5; 40,
nt. 1.
h. CIII, 3; 80,
nt. 1.
(Jann.) p. 69;
' 62—64.
h. CXVI,1 ;69.
h. CXXIII, 6;
85.
h. CXXIX, 5;
85, nt. 2.
h. CXXIX, 6;
34.
(Jann.) p. 74,
75; 147,
nt. 1.
h. CXXX, 7:
107, nt. 2.
h. CXXXI, 1;
26.
(Jann.) p. 80;
80, nt. 1.
h. CXLIII, 2;
85, nt. 2.
(Jann.) p. 87*,
118, nt. 1.
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oye (une grasse o.); 167, 5.
par (confondu avec dix) 85, nt 3.
par (confondu avec en ), 85.
par (pour) (confondu avec je), 86.
Pasques; 172, 6.
pie (jucliier la p.), 63.
Pierre-au-Let; 179, 6.
piétons; 178, 3.
pigons; 187, 5.
plant, 137, 1.
planter; 137, nt. 1; 176, 8.
pois (au veau, au lard); 183, 7.
poupart; 173. 7.
pour (avec l’infinitif), 64, nt. 1.
pinson, 123, nt. i ; '157, 7.
procès; 168, 8; tenir p.; 175, 6.
promettre (mons et vaulx); 169, 3.
puisque; 200, 1.
qiC et c\ 107, nt. 1.
queloigne; 162, 4.
qui (confondu avec que), 104.
qui (par qui grâce), 74.
r (confondu avec o), 94.
rains , 22; 176, 6.
rais, 23; 176, 6.
recompenser; 171, 2,
recouvrer; 171, 7.
reculer; 166, 4.
relaiz; 163, 6.
respondre, 61, nt. 2.
riblis, 65; 179, 5.
Roman de la Rose, 121; 156, 4, 6.
rubis, 65; 179, 5.
rue (monos.); 186, 2.
s (confondue avec l ), 27, 54.
Saint-Esprit; 171, 3.
Saint-Mor; 193, 3.
saints (amoureux), 123.
seigneur (confondu avec sep
gcnt), 53.
semblans; 161, 2.
sensitif, 131; 198, 1.
ses =. ces; 159, 1; 172, 6; 17&
4; 195, 3.
sèz; 175. 8.
signes; 190, 5.
similative; 197, nt.; 198, 3.
sommelées, 42.
soret (de Boulogne), 73; 162,
soudure, 123, nt. 1.
sur; 171, 7; 183, 3.
sur quérir; 174, 8.
suspens (en), 131, nt. 2; 192, 5.
tahon, 102.
tailler; 177, 7.
tartavellerie, 76, nt. 1.
tartcveler , 76, nt. 1.
tastonner, 178, 4.
tenir ( tent, teint), 34, 35,61. (er-
fief); 169, 3.
tieulx, 41.
tordre, (se), 222, nt.
trappe (dessoubz la t.); 187, 6.
trou; 176, 5.
trousser (au col), 103, nt. 3.
-u = -ou, 39.
Vallée (Robert), 143; 168, 1. 1
vallée (tenir, promettre monte
v.); 169, 3.
veau; 183, 7.
Végèce, 126, nt. 3.
vénérieux; 158, 7.
vielz, 41.
Villon (Guillaume), 112; 164, f
Villon, Grand-Test, et livre i
l’Exil, 131, nt. v
» h. IL 2; 125, ntl
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227
Villon, Grand-Test. h. IV, 8; 80,
I Villon, Grand-Test. h. LXXIII, 3
nt. 1.
53.
»
h. VI, 4; 109,
»
h. LXXIII, 8;
nt. 1.
47.
»
h. VII, 8; 71,
»
(Jann.) p. 55;
»
h. IX; 139,
27, 28.
nt. 1.
»
h. LXXXIII,
»
h. X, 6, 7; 25.
3; 34.
»
h. XI, 2, 99.
»
(Jann.) p. 57,
»
h. XII; 11-17.
58;146,147.
»
h. XII. 5; 131,
»
h. XCIV, 5;
nt. 3.
109, nt. 1.
»
h. XII, 8; 46.
»
h. C, 5; 40,
»
h. XVI,6;125,
nt. 1.
nt. 4.
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h. CIII, 3; 80,
»
h. XVII, 7; 33.
nt. 1.
»
h. XIX, 4; 76,
1
(Jann.) p. 69;
nt. 1,
62—64.
»
h. XX, 7; 46.
))
h. CXVI,1 ;69.
»
h.XXIII,7;29.
y>
h. CXXIII, 6;
»
h. XXV, 8;83.
85.
»
h. XXIX, 7;
»
h. CXXIX, 5;
80, nt. 1.
85, nt. 2.
»
h. XXXII, 3;
»
h. CXXIX, 6;
45, 46.
34.
»
h. XXXVI, 2;
»
(Jann.) p. 74,
52.
75; 147,
»
h. XXXIX, 7;
nt. 1.
29.
x>
h. CXXX, 7:
»
(Jann.) p. 36;
107, nt. 2.
94.
»
h. CXXXI, 1;
»
h.XLVI,7;75.
26.
»
h. L. 6; 109,
»
(Jann.) p. 80;
nt. 1.
80, nt. 1.
»
h. L, 7; 125,
h. CXLIII, 2;
nt. 4.
85, nt. 2.
»
h.LXV,5;148.
»
(Jann.) p. 87;
nt, 2.
118, nt. 1.
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228
Villon, Grand-Test. h. CLIV, 2: vivre (se v.), 99, nt. i.
168, 1. vollière; 187, 6.
» h. CLXVÜI, voulentéj 82, nt. 1.
4; 29, nt.l. vouloir , 82, nt. 1.
» (Jann.)p.il3,
114; 139,
nt. 1.
FIN DE LA TABLE ALPHABÉTIQUÈ.
5, ligne 15, au 1:
H l note 1, „
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5, ligne 15,
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7, note 1,
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15, note 2,
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Froissard.
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19, ligne 22,
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1480,
1475.
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21, ligne 23,
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regard, n
égard.
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36, note 1,
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ms. Coislin a.
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42, ligne 15,
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en ey, „
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43, ligne 26,
ajoutez enfermez pour enserrez , P. T. XXIX, 6.
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47. ligne 7,
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49, note 1,
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60. ligne 13,
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56, ligne 9,
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no as semble, „
nous semble pour le moment
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72, ligne 2,
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possédait, „
possédait.
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74, note 3,
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p. 61, nt. 2.
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99, note 1,
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109, note 1,
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huitain X, „
huitain VI.
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impourvenz „
impourveuz.
Page 113, ligne 7,
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changement „
changement.
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wons „
nous ,
Page 114. note, 1,
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défectuense, „
défectueuse.
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donc „
donc.
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grands changements, lisez changements.
Page 136, ligne 13,
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cueur, lisez coeur.
Page 137, note 1,
rt
V
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sièle, „
siècle.
Page 169, ligne 10,
n
V
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a ses, „
à ses.
Page 169, note,
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valle.
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G Y MN k SIUM
MET ZESJAEI&EE CUESUS
»
TE
LEIDEN.
JAARCURSUS
1880—1881.
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3 T y-, <57-5
j ' ~2-\ ,3
Boek- en steen-drukkerij van De Breuk & Smits-
f
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GYINASIUM
MET ZESJARIGEN CURSUS
TE
LEIDEN.
VERSLAG AANGAANDE DEN JAARCURSUS
1880 - 1881 .
CURATOREN.
Mr. C. G o c k, President.
Prof. P. L. R ij k e,
Prof. G. G. C o b e t,
Prof. A. K u e n e n ,
Prof. P. A. van der Lith,
Prof. J. E. van Iterson.
Secretaris : Mr. F. W a s.
LEERAREN.
Voor de oude talen : Dr. H. W. van der Mey, rector.
Dr. J. G. Vollgraff, conrector.
Dr. J. J. H a r t m a n.
B. Kruytbosch.
Voor de nieuwe talen : Dr. P. J. B1 o k, ( nederlandsch ).
J. J. A. A. F r a n t z e n ( hoogduitsch .
en tijdelijk fransch).
T. P1 u m m e r, ( engelsch).
Voor de geschiedenis : Dr. W. G. G. B ij v a n c k.
Dr. P. J. B1 o k.
Voor de aardrijkskunde : Dr. W. G. G. B ij v a n c k.
Voor de wiskunde : Dr. J. G. v a n D e v e n t e r.
Voordenatuur-enscheik.:Dr. J. Camper t.
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Voor denatuurl. historié: Dr. P. P. C. Hoek.
Yoor het hebreeuwsch: Dr. M. Th. Houtsma.
In het personeel van leeraren is dit jaar geen verandering
gekomen.
LEERLINGEN.
(Aanwezig bij het begin van den cursus, 4 September 1880).
Vijfde Klasse: J. H. Goudsmit, R. J. G. Dam s té, A.
Desertine, G. H. Dee, L. Knappert.L. M.
de Laat de Kanter, H. K. J. van Noorden.
Vierde Klasse : YV. C. Koopmansvan Boekeren, 0.
W. Sip k e s, H. G. H a g e n, W. A. d e L a a t de
Kanter, J. H. Willebrands, P. Wijn, P. H.
Scholten, J. H. de Tries, A. A. Andreson,
C. L. G. van Venetie.
Derde Klasse : Th. v a n H o y t e m a, J. P. K u e n e n, D.
A. II. van E c k, F. van P r a a g, J. W. G. Ko lff,
J. S u r i n g a r, J. B. K n o 11 n e r u s, C.O.Sc-
g e r s, T. A. M. R ij k, W. Th. M. W e e b e r s, M.
M. A. v a n R h ij n, P. B u y s, H. L. O o r t, J. A.
S p r u y t, P. A. van Noorden, F. G. H. Ger-
1 i n g s, J. J. II a g e n , H. J. B o o 1, A. J. G r o e n,
P. van E c k.
Tweede Klasse : F. A. V. Harloff, P. L. E. Vijzelaar,
M. P. Sipkes, C. D. Ou we hand, F. J. Los,
W. G. B o o r s m a , G. H. M i 11 e n a a r, R. A. B a r-
men ’t Loo, J. vanBinsbergen, P.J. Boon,
W. B. Oort, G. Mulié, C. Bleckmann, A.
B o e r s, E. II. K r u y f f, A. L e e r s, Ph. S c i p.
de Laat de Kanter, B. Formijne, A. Rut¬
gers van der Loeff, H. R. van Maasdijk.
Eerste Klasse.: N. van Hamel, L. A. G. Kolff, A. D.
W'empe, J. Aequo y, S L. Blok, E E. Boom-
k a m p, 11. J. Cou veé, A. Drucker, 0. van
E ck, A. G. H. Graafland, J. J.G. Bierens de
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Haan, H. C. Hartevelt, J. G. Plate, D. J.
den Beer Poortugael, J. van Rhijn, J. B.
W. P. Roelants, P. H. Ro s en s te in, J. C. M.
Timmmermans.
Ben 16 en September 1880 heeft E. H. Kruyff, den le»
December 1880 C. L. C. van Venetie, terstond na de
kerstvacantie B. B a r m e n ’t L o o, den Februari 1881
N. van Hamel, den le» Juni 1881 S. L. Blok het gym-
nasium verlaten ; N. v a n H a m e 1 om te Amsterdam, waar
zijne ouders zich met der woon gevestigd hebben, het gym-
nasiaal onderwijs voort te zetten, de anderen om tôt andere
werkzaamheden over te gaan.
Daarentegen is den 13 en December V. N. de S tur 1er tôt
de eerste kl., den 29 e n Maart 1881 J. H. de Roode tôt de
tweede kl., den lien April 1881 J. L. G. Schroedervan
der K o 1 k tôt de derde kl. toegelaten.
De examens zijn gehouden 4, 5 en 6 Juli. Na den afloop
hebben II.H. Curatoren besloten tôt de volgende
BEVORDERINGEN :
Van de eerste klasse tôt de tweede :
L. A. C. K o 1 ff, J. A c q u o y, A. D. Wem p e, J. v a n
Rhijn, D. J. den Beer Poortugael, J. C. M. Tira¬
na e r m a n s, A. Drucker, J. H. de Roode, 0. van
Eck, H. J. Couvée, J. G. J. Bierens de Haan, P.
H. Rosenstein.
Van de tweede klasse tôt de derde:
M. P. Sipkes, C. D. Ouwehand, A.* Rutgers van
der Loeff, W.G. Boorsma, G. Bleckmann, J. van
Binsbergen, V. A. F. Harloff, J. L. C. Schroeder
van der Kolk, G. H. M i 11 e n a a r, F. J. L o s, H. R.
van Maasdijk, B. Formijne, G. Mulié, P. Boon.
Van de derde klasse tôt de vierde :
D. A. II. v a n E c k , J. P. Ku e n e n, J. W. G. K o 1 ff,
F. van P r a a g, W. Th. M. W e e b e r s , P. B u y s, J. S u-
ringar, G. 0. Segers,P. A. van Noorden, H. L.
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0 o r t, J. B. Knottnerus, T. A. M. R ij k , Th. van
H o y t e m a.
De leerling H. J. B o o 1 zal op eigen verlangen iiog één
jaar de lessen der derde klasse volgen.
Van de vierde klasse tôt de vijfde :
0. W. Sipkes, H. G. Ilagen, J. H. Willebrands,
W. C. Koopmans van Boekeren, W. A. de Laat
de Kanter, A. A. Andreson, J. H. de Vries, P. H.
S c h o 11 e n , P. W ij n.
Van de vijfde klasse tôt de Hoogeschool :
J. H. Goudsmit, R. J. G. Damsté, A. Desertine,
H. K. J. van Noorden, C. H. Dee, L. Knappert,
L. M. de Laat de Kanter; de beide eersten onder ver-
gunning om met het liouden van eene oratiuncula afscheid
te nemen van het gymnasium.
Tevens zijn toen voor de verschillende vakken van onder-
wijs toegewezen de volgende
PRIJZEN :
Voor de oude talen.
m
In de I e kl. aan : Kolff, Acquoy, Werape, van E c k,
van Rhijn,denBeerPoortugael,
Gr a a fl and, Timmermans, Harte-
velt, Bierens de Ha an, Couvée,
Rosenstein, Roelants, Boom-
k a m p, Drucker, Plate.
» » 2e » » Sipkes, Ouwehand, Boorsma, Los,
van Binsbergen, Bleckmann,
Rutgers van der Loeff, Mille-
naar, Harloff, van Maasdijk, Oort,
Vijzelaar,Boon.
» » 3 e > » D. A. H. vanEck, Kuenen, Kolff,
Suringar, van Praag, Buys, Wee-
bers, Segers, van Noorden, van
H o y t e m a, Knottnerus, Oort, Bool.
» > 4 e » ) Sipkes, Hagen, de Laat de Kan-
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ter, deVries, KoopmansvanBoe-
keren, And reson, Willebrands,
In de 5e kl. aan : G o u d s m i t, Damsté, Desertine,
van Noorden, Dee, Knappert.
Voor de nieuwe talen.
In de kl. aan : den Beer Poortugael, Kolff, van
Rhijn, Acquoy, Drucker, Tira-
mermans, Hartevelt, Wempe,
Plate.
» > 2 e » » van Binsbergen, Boorsma, Los,
Sipkes, Bleckmann, de Laat de
Kanter, Ouwehand, Rutgers van
derLoeff, Forraijne, Millenaa r.
» » 3 e » » Kuenen, D. A. H. vanEck, Rijk,
van Noorden, van Rhijn, Weebers,
Segers, van Praag, P. vanEck,
Kolff, Buys, Ilagen, Oort.
»»4e» » Sipkes, Willebrands,Hagen,de
Vries, Koopmans van Boekeren.
» » 5 e » » D e s e r t i n e, Kn a p p e r t, G o u d s m i t,
van Noorden, Dee, Damsté, de
Laat de Kanter.
Voor de geschiedenis en aardrijkskunde.
In de I e kl. aan : van Rhijn, van Eck, Acquoy,
Kolff, Plate, Timmermans, Boom-
kamp, den Beer Poortugael,
Wempe.
» » 2 e » » Los, Rutgers van derLoeff, For-
mijne, Bleckmann, van Binsber¬
gen, Ouwehand, Sipkes, Harloff,
van Maasdijk, Millenaar, Oort.
» » 3« » » Kuenen, D. A. H. vanEck, P. van
Eck, Segers, Kolff, Weebers,
Groen, van Praag, Knottnerus,
S u r i n g a r, Buys.
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In de 4« kl. aan : S i p k e s , Hagen, de LaatdeKan-
ter, Scholten, Koopmans van
Boekeren, Willebrands, Wijn.
» » 5® » » Damsté, Dee, Desertine, G o u d-
smit, de Laat de Kanter, Knap-
pert, van Noorden.
Voor de wiskunde.
In de I e kl. aan : K o 1 f f, van Rhijn, Wempe, den
Beer Poortugael, Aequo y. Boom-
k a m p, Couvée.
» t> 2 e » » üuwehand, Sipkes, Formijne,
Boorsma, Bleckmann, Vijzelaar,
M i 11 e n a a r, Boorsma, van M a a s-
dijk, Rutgers van der Loeff.
» » 3® » » D. A. H. van Eck, Kuenen, Surin-
gar, Kolff, Buys, Knotterus,
Weebers, Spruyt,van Praag.
» > 4 e » » Sipkes, Hagen, Andreson, Koop¬
mans van Boekeren, Scholten,
Willebrands, W ij n.
Voor de natuurlijke historié.
In de I e kl. aan: Boomkamp, Drucker, van Eck,
Bierens de H a a n, Kolff, van Rhijn,
Roelants, Acquoy, Wempe, R o-
senstein, Graafland, Couvée,
Hartevelt, Plate, den Beer Poor¬
tugael.
> » 2 e » » Formijne, Sipkes, Ouwehand, van
Binsbergen, van Maasdijk, Oort,
Los, de Laat de Kanter, Mille¬
naar, B o o r s m a, Ru t ge r s va n d e r
Loeff, Vijzelaar.
Het eerste toelatingsexamen is gehouden op Donderdag en
Vrijdag, 7 en 8 Juli. Hiervoor waren opgekomen 18 exami-
nandi, van welke toegelaten zijn tôt de I e klasse 11 , t. w. :
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9
J. Blaak, J. J. van Dissel, F. Dozy, M. Félix,
A. G r a f t d ij k, C. J. d e J o n g, D. d e K n e g t, J. Ko-
ning, J. J, Modderman, A. W. V o o r s , H. W e r t-
heim; tôt de 2e kl. 1 , t. w. : Th. B. Pleyte, tôt de 3 e
kl. 2 , t. w. : J. J. d e R o o d e en W. C. Th. van d e r
Schalk, welke laatste echter geen leerling van l:et gym-
nasium geworden is.
Het tweede toelatingsexamen is gehouden op Donderdag 1
September. Hieraan namen 5 examinandi deel, van welke 1
tôt de le klasse toegelaten is, t. w. : J, Jannette Walen
De openbare promolie en prijsuitdeeling is gehouden op
Zaterdag 24 September, onder leiding van den conrector, bij
ontstentenis van den rector, die door de gevolgen eener ziekte
verhinderd was.
Bij die gelegenheid werd de gratiarum actio voor de le
kl. uitgesproken door L. A. C. K o I f 1' in het fransch, voor
de 2 e klasse door M. P. S i p k e s in het hoogduitsch , voor
de 3 e klasse door D. A. H. van E c k in het engelsch, voor
de 4e klasse door 0. W. S i p k e s in het lalijn,
De leerlingen der 5 e klasse J. H. G o u d s m i t en R. J. G.
D a m s l ê hielden eene oratiuncula, de eerste de Horatio, de
tweede de Aristophanis Pluto.
Vôôr den aanvang van den nieuwen cursus hebben nog de
volgende leerlingen het gymnasium verlaten : E. E. Boom-
k a m p, G. A. L e e r s en W. B. 0 o r t, om tôt andere werk-
zaamheden overtegaan; C Bleckmann en A Rutgers
van d e r L o e f f, om aan andere gymnasia in steden , waar
hunne ouders zich met der woon gevestigd hebben, het on-
derwijs voorltezetten ; A. A. A n d r e s o n en P. II. S c h o 1-
t e n, om aan de Universiteit te studeeren, de eerste voor
het doctoraat in de medicijnen, de tweede voor het docloraat
in de rechtsgeleerdheid ; P W ij n , om zich voor het vak van
arts te bekwamen.
De nieuwe cursus is op Zaterdag 3 September begonnen
met 72 leerlingen, die aldus in de klassen verdeeld zijn :
Vijfde klasse : 0. W. S i p k e s, H. G. II a g e n , J. H. W i 1-
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lebrands, W. C. Koopmans van Boeke-
ren, W. A. de Laat de K a nier, J. II. de
V r i e s.
Vierde klasse : D. A. H. v a n E c k , J. P. K u e n e n, J. W.
G. Kolff, F. van Praag, W. Th. M. W.eebers,
P. B u y s, J. S u r i n g a r , C. 0. S e g e r s, P. .4.
van Noorden, U. L. Oort, J. B. Kn ottne-
ru s, T. A. M. R ij k, Th. van Hoylcma.
Derde klasse: H. J. Bool, P. van Eck, F. G. H. Ger-
11 n g, A. J. G r o e n , J. J. Il a g e n, M. A. v a n
Rhijn, J. A. Spruyt, M. P. Sipkes, C. D. Ouwe-
hand, W. G. Boorsma, J. van Binsbergen,
V. A. F. Harloff, J. L. G. Schroeder van
der Kolk, G. H. M il] en a a r, F. J. Los, H. R.
van M a a s d ij k, B. F o r m ij n e, C. M u 1 i é, P.
Boon, J. J. de Roode.
Tweede klasse : A. Boers, Ph. Scip, de Laat de K a n-
t'e r, P. L. E. V ij z e 1 a a r, L. A. G. K o 1 f I,
J. Acquov, A. D. Werape, J. van Rhijn,
D. J. den Beer P o o r t u g a e 1, J. C. M. T i ra¬
mer ma ns, A. Drucker, J. H. de Roode, 0.
van Eck, H. J. Couvée, J. C. J. Bierens de
Haan, P. II. Rosenstein, Th. B. P l e y t e.
Eerste klasse: A. G. H. Graafland, H. C. Hartevelt,
J. G. Plate, J. B. W. P. R o e la n t s, V. N. d e
Sturler, J. Blaak, J. J. van Dissel, F. Do-
zy, M. Félix, A. Graftdijk.C. J. deJong,
D. de Knegt.J. Koning, J. J. Modderman,
A. W. Voors,J. Jannette Walen, H. Wert-
h e i m.
Bovendien is er één toehoorder voor latijn, grieksch, ne-
derlandsch, hoogduitsch, geschiedenis, en aardrijkskunde in
de 4 e klasse, t. w. : 0. S c h r ô d e r s.
Januari 1882. H. W. VAN DER ME Y.
Gymnasii rector.
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OMSCHRIJ VING
VAN DE
VEREISCHTEN VOOH HET EXAMEN VAN TOELATING
IN DE EERSTE KLASSE VAN HET GYMNASIUM
TE LEIDEN.
Lezen.
Duidelijk en nauwkeurig lezen van gemakkelijk proza en een-
voudige poezie, waarbij de examinandus moet toonen het ge-
lezene te verstaan.
ichrifven.
Met eene loopende hand zoo duidelijk en nauwkeurig schrij-
ven, dat de karakters der letters goed uitkomen.
Rekenen-
Kennis van:
de inrichting en het gebruik van het tientallig stelsel (bedre-
venheid in het uitspreken en schrijven van getallen);
de hoofdbewerking met geheele getallen;
den grootsten gemeenen deeler en het kleinste gemeene veelvoud;
de deelbaarheid der getallen;
de eigenschappen der gewone breuken en de bewerking daar-
mede;
de eigenschappen der liendeelige breuken en de bewerkingen
daarmede ;
het metrieke stelsel.
Door het oplossen van eenvoudige vraagstukken moet de
examinandus blijken geven dat hij het boven opgenoemde
grondig verstaat.
Nederlandsche teal.
De examinandus moet bekend zijn:
1. met de beginselen der woordvorming, dus met de reede-
deelen en met de voornaamste veranderingen, welke zij
door verbuiging en vervoeging kunnen ondergaan ;
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n
2. met de beginselen der woordvoeging, dus met de voor-
naamste bepalingen aangaande onderwerp, gezegde, voor-
werp, bijstelling enz. ;
3. met de hoofdregels der nieuwe speliing.
De examinandus moet eenige vaardigheid hebben in het
schriftelijk uildrukken van zijne gedachten in hetnederlansch,
blijkende uit het juiste gebruik van eenige opgegeven woor-
den in eenvoudige zinnen.
Fransche taal.
Vaardig en met eene goede uilspraak lezen van gemakke-
lijk fransch proza en vertalen daarvan in het nederlandsch*
Vertalen van eenvoudige volzinnen uit het nederlandsch M
het fransch.
Bekendheid met de eersle beginselen der spraakkunst, daar-
onder begrepen de regelmatige en de meest gebruikelijke on-
regelmatige werkwoorden.
Geiehleitenlg.
Bekendheid met de voornaamste tijdperken, gebeurtenissen
en personen der vaderlandsche en met de allervoornaamste
der nieuwe geschiedenis, in zooverre ze in betrekking staan
tôt die van het vaderland.
Aardrljkskunde.
Het berg- en rivierstelsel van Europa in groote hoofdlre
ken. De Europeesche landen met enkele voorname steden.
Grondige kennis van Nederland en eenige kennis van onz
Overzeesche Bezittingen.
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13
PROGRAMMA VAN HET ONDERWIJS.
EERSTE KLASSE.
Lat||n. De Heer Kruytbosch . •.8 uren.
Vormleer: verbuiging en vervoeging. De allereerste regels
der woordvoeging mondeling. Vertaling uit het nederlandsch
in het latijn en omgekeerd. Ontleding en vertaling van zeer
geraakkelijk proza.
Nederlandsch. De Heer Blok.3 uren.
Vormleer. Dictées. Opstellen. Ontledingen. Stijloefeningen.
Oefeningen in ’t lezen. Spelregels.
Fransch. De Heer Frantzen .. 4 uren.
Uitspraak. Spraakkunst: het lidwoord, het zelfst. naamw.
en het bijvoeg. naamw. Vertalingen uit het nederlandsch
in het fransch en omgekeerd. Dictées.
Geschiedenis. De Heer Blok .4 uren.
De vaderlandsche geschiedenis (2 uren) tôt 1648.
De algemeene geschiedenis (2 uren): overzicht der oude
geschiedenis.
Aardr{|kskunde. De Heer Bijyanck .3 uren.
Inleiding tôt de géographie. Nederland.
Inleiding tôt de géographie van Europa.
Wisknnde. De Heer Van Dgvbnter .4 uren.
Algebra.
De hoofdbewerkingen met geheele algebraïsche vormen.
Merkwaardige quotienten. Ontbinding in factoren. Grootste
gemeene deeler en kleinst gemeene veelvoud van geheele
vormen. Eenvoudige vraagslukken, die aanleiding geven
tôt vergelijkingen van den 1 ea graad met één onbekende.
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14
Mcelkunde.
Onlslaan van de rechtlijnige figuren. Het verband tusschen
de elementen der rechtlijnige ingesloten figuren. Toepas-
sing van eenvoudige vraagstukken.
Natuuriyke Historié. De Heer Hoek .2 uren.
Dierkunde: gewervelde dieren.
Plantkunde: vormleer volgens schriltelijke opgaven. Na
1 Àpril behandeling van op de les aanwezige bloeiende
planten.
TWEEDE KLASSE.
Latyn. De Heer Kruytbosch
als ergeen zesde klasse is. . . . .5 uren.
Herhaling en voortzetting der vormleer. De voornaamste
regels der woordvoeging. Yertaling uit het nederlandsch
in het latijn. Lektuur van Caesar B. 6.
als er een zesde klasse is .6 uren.
Leerstof als boven en lectuur van Nepos.
De Heer Van der Mey
als er geen zesde klasse is.1 uur.
Lektuur van Nepos en Phaedrus.
alsereenzesdeklasseis .niet.
Grieksch. De Heer Hartman.6 uren.
Vormleer: verbuiging en vervoeging. Vertaling uit het
nederlandsch in het grieksch en omgekeerd.
Nederlandsch. De lleer Blok .2 uren.
Spraakkunst: Woordvoeging. Dictées. Opstellen. Ontledin-
gen. Stijloefeningen. Oefeningen in ’t lezen. Spelregels.
Fransch. De Heer Frantzen.3 uren.
Spraakkunst: voornaamwoorden en onregelmatige werk-
woorden. Vertaling uit het nederlandsch in het fransch
en omgekeerd. Dictées.
■oogduttscb. De Heer Frantzen . 3 uren.
Uitspraak. Gronden der spraakleer, tôt de sterke verba.
Verlalingen uit het nederlandsch in het hoogduitsch en
omgekeerd. Dictées.
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15
Geschiedenis. De Heer Blok .3 uren.
De vaderlandsche geschiedenis (1 uur) na 1648.
Algemeene geschiedenis (2 uren): de Middel-Eeuwen.
Aardrijkskunde. De Heer BlJVANCK .2 uren.
Géographie van Europa.
Wlskwnde. De Heer Van Deventer.
alsergeenzesde klasseis.4 uren.
anders..3 uren.
Algebra.
Behandeling der geheele algebraïsche wortelvormen. Ge-
broken wortelvormen. Binomium van Newton. Vraagstuk-
ken, die aanleiding geven tôt vergelijkingen van den l en
graad met één onbekende.,
Meetkunde.
Gelÿkvormigheid van driehoeken en veelhoeken.
De cirkel (begin). Vraagstukken.
Natuurlijke Historié. De Heer Hoek .2 uren.
Gewervelde dieren en van de ongewervelde : weekdieren
en gelede dieren.
Plantkunde: Voortzetting van de behandeling der vorm-
leer; bespreken van bouw en functie der gewichtigste
organen; determineeren van planten.
DERDE KLASSE.
Latyn. De Heer Hartman
als er geen zesde klasse is .7 uren.
Herhaling der étymologie. Syntaxis uit een beknopt hand-
boek. Themata.
Lektuur van Caesar, Sallustius, Ovidius.
als er een zesde klasse is .4 uren.
Leerstof als boven, behalve lektuur van Ovidius.
De Heer Kruytbosch.
als er geen zesde klasse is.niet.
anders .2 uren.
Lektuur van Ovidius.
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16
Grlcksch. De Heer Kruytbosch ....... 6 uren.
De geheele buigingsleer. Eenige hoofdregels der Syntaxis.
Themata.
Lektuur van Xenophon, Anacreontea enz.
Nederiandscb. De lleer Blok.2 uren.
Stijloefeningen door ’t vertalen van gemakkelijk latijnsch,
fransch, hoogduitsch proza. Opstellen. Lezing van stuk-
ken uit schrijvers der 18 e en 19 e eeuw, met overzicht van
de letterkundige geschiedenis.
Fransch. De Heer Frantzen.2 uren.
Voortzelling der spraakkunst: onregelmatige werkwoorden,
gebruik der tijden en der wijzen. Vertaling uit het neder-
landsch in het fransch en omgekeerd. Cursorische lektuur.
Hoogduitsch. De Heer Frantzen .2 uren.
Voortzetting der spraakkunst, sterke verba. Herhaling en
uitbreiding van het geleerde. Vertaling uit het neder-
landsch in het hoogduitsch en omgekeerd.
Engeisch. De Heer Plummer ..3 uren.
Uitspraak. Gronden der spraakleer. Vertaling uit het ne-
derlandsch in het engelsch en omgekeerd.
Geschiedenis. De Heer Bijvanck .3 uren.
Vaderlandsche geschiedenis tôt heden.
Algemeene geschiedenis: van de hervorming tôt heden.
Aardrijkskunde. De Heer Bijvanck .2 uren.
De werelddeeleri buiten Europa.
Wiskunde. De Heer Van Deventer.
als er geen zesde klasse is ..... 4 uren.
anders .3 uren.
Algebra.
Wortellrekking uit getallen. Théorie der vergelijkingen.
Vraagstukken.
Meetkunde.
In- en omgeschreven veelhoeken. Omtrek van den cirkel.
Berekening der lengte van cirkelbogen. Vraagstukken.
Begin der inhouden.
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VIERDE KLASSE.
Latijn. De Heer Hartman.
als er geen zesde klasse is .8 uren.
anders .6 of 7 uren.
Themata over de geheele syntaxis. Lektuur van Sallustius,
Livius, Gicero, Virgilius, Ovidius.
Grleksch. De Heer Vollgraff.
als er geen zesde klasse is .7 uren.
Herhaling der étymologie. Syntaxis. Leer van het ionisch
dialect.
Lektuur van Xenophon, Anacreontea, Homerus en andere
schrijvers.
als er een zesde klasse is .4 uren.
Leerstof als boven, behalve lektuur van Homerus.
De Heer Hartman.
als er geen zesde klasse is .niet
anders .3 uren.
Lektuur van Epische poëzie.
Alederiandsch. De Heer Blok .2 uren.
Stijloefeningen door ’t vertalen van gemakkelijk latijnsch
en grieksch proza, van iransch, hoogduitsch en engelsch.
Opstellen. Lezing van stukken uit schrijvers der 18 e en
19 e eeuw, met overzicht van de lelterkundige geschiedenis.
Franaeh. De Heer Frantzen .2 uren.
Yoortzetting der spraakkunsl: Bijwoorden, voorzetsels en
voegwoorden. Vertaling uit het nederlandsch in het fransch
en omgekeerd.
Lektuur van klassieke en moderne schrijvers.
Moosduttach. De Heer Frantzen .2 uren.
Yoortzetting der spraakkunst: tijden en wijzen, voorzetsels
en voegwoorden. Vertaling uit het nederlandsch in het
hoogduitsch en omgekeerd.
Lektuur van klassieke schrijvers.
Ba*eisch. De Heer Plummer .3 uren.
Yertaaloefeningen uit het nederlandsch in het engelsch
en omgekeerd. Dictées.
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18
«esehledenl». De Heer Bijvanck .2 uren.
Oude geschiedenis, vooral die der Grieken.
Aar«iri|k»knnd<>. De Heer Bijvanck .1 uur.
Oude aardrijkskunde.
Wiskuade. De Heer Van Deventer.
als er geen zesde klasse is.4 uren.
and ers.3 uren.
Algebra.
Théorie der vergelijkingen (vervolg). Wortels uit wortel-
vormen. Gebroken en negatieve exponenten. Vraagstukken.
Meetkunde.
Inhouden der rechtlijnige figuren en der cirkels. Vraag¬
stukken. Begin van de stereometrie.
VIJFDE KLASSE.
Latu». De Heer Van der Mky.
als er geen zesde klasse is . . . . . .7 uren.
a n d e r s... .5 uren.
Voortgezette behandeling der étymologie en syntaxis met
schriftelijke oefeningen.
Lektuur van Ovidius, Livius, Terentius en andere schrijvers.
De Heer Hartman.
als er geen zesde klasse is.niet
anders .2 uren.
Cursorische lektuur van prozaschrijvers.
Grleksch. De Heer Vollgraff . 7 uren.
Herhaling der étymologie. Syntaxis. Lektuur van Homerus,
Lysias, Herodotus en andere schrijvers.
Nederlandach. De Heer Blok .2 uren.
Stijloefeningen door ’t vertalen van latijnsch proza. Op-
stellen. Overzicht van de letterkunde tôt hjel laatst der
18e eeuw door lezing van schrijvers.
Fransch. De Heer Frantzen .1 uur.
Herhaling der spraakkunst. Synonymen. Lektuur van slukken
uit klassieke'schrijvers. Overzicht van de letterkunde.
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Moogdultseh. De Heer Frantzen..2 uren.
Herhaling der spraakkunst. Lektuur van stukken uit klas-
sieke schrijvers. Overzicht van de letterkunde.
Engeiseh. De Heer Plummer .. 2 uren.
Lezing en vertaling van uitgezochte stukken. Opstellen.
Dictées.
«eschiedenis. De Heer Bijvanck.2 uren.
Romeinsche geschiedenis.
wiakunde. De Heer Van Deventer .5 uren.
Algebra.
Reeksen. Logarithmen. Exponentiëele vergelijkingen. Vraag-
stukken.
Mectkunde.
Stereometrie. Vraagstukken. Goniometrie. Trigonométrie
(viakke en bolvormige).
Nttnar* en Sehelkunde. De Heer GaMPERT ... 2 uren.
Natuurkunde: algemeene eigenschappen ; evenwicht enbe-
weging van vaste, vloeibare en gasvormige lichamén ; warmte.
Nlatuurlijke Historié, De Heer Hoek .2 uren.
Samenstel der hoogere dieren, uitgaande van den bouw
van den mensch.
Anatomie en physiologie van de plant.
ZESDE KLASSE.
Lat||n. De Heer Van der Mey .7 uren.
Herhaling en voorlgezette behandeling der étymologie en
syntaxis, met schriftelijke oefeningen.
Lektuur van Livius, Terentius, Tacitus, Vergilius, Hora-
tius enz.
Antiquiteiten : magistraten, wetten, provinciën enz.
Grlekaeh. De Heer Vollgraff .8 uren.
Herhaling der étymologie. Syntaxis. Lektuur van Thucydi¬
des, Homerus, Aristophanes, fragmenten uit de tragici en
lyrici.
Nederlnndseh. De Ileer Blok .1 uur.
Stijloefeningen, vooral door vertaling.
Letterkunde: enkele schrijvers wat uitvoeriger.
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Fransch. De Heer Frantzen .1 uur.
Lektuur voornamelijk van schrijvers der 19® eeuw.
Vertaling in het fransch van eenvoudig duitsch proza.
HoogduKsch. De Heer Frantzen. \ uur.
Lektuur van nieuwe schrijvers en van Lessing’s Hambur-
gisphe Dramaturgie. Vertaling van eenvoudig fransch proza
in het duitsch.
Engelsch. De Heer Plummer. .. \ uur.
Lezing en vertaling van uitgezochte stukken. Opstellen.
Dictées.
CSeschiedenis. De Heer Bijvanck. ...... 3 uren.
Algemeene herhaling en behandeling meer in bijzonder-
heden van de nieuwe geschiedenis sinds den vrede van
Utrecht.
Aardr(|kskunde. De Heer Bijvanck .1 uur.
Behandeling van hoofdpunten uit de wiskundige en de
natuurkundige aardrijkskunde.
Wiskunde. De Heer Van Deventer .5 uren.
Algebra.
Herhaling en toepassing op eenvoudige vraagslukken van
het geleerde.
Meetkunde.
Goniometrie, trigonométrie en de beginselen der vlakke
coôrdinatenleer.
ülatuur- en Schelknnde. De Heer CAMPERT ... 2 uren.
Natuurkunde : electriciteit, geluid, licht.
Scheikunde: uitbreiding van hetgeen in de vijfde klasse
geleerd is.
Watuurltike Historié. De Heer Hoek . 2 uren.
Morphologie van de hoogere dieren; bespreking van de
voor de geneeskundigen belangrijke lagere diervormen.
Anatomie en physiologie van de plant. Beoefening van de
phanerogamen. Flora van Nederland.
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OPGAVE DER LEERBOEKEN EN SCHRUVERS
VOOR DEN
JAARCURSUS 1881—1882.
TOOR HET LATIJIT.
In de le Klasse: J. N. Madvig, Latijnsche Spraakleer roor scholen (f3,15).—
J a c o b s en D ô r i n g , Lat. Leesbock voor eerslbeginnenden »
le deel, (Utrecht 1876) (f 1,25). — C. W. V o I c k e, le stukje.
(f 0.50).
• • 2e • J. N. M a d v i g, Lat. Spraakleer. — R e i t z , Lat. Thcmala, her-
Zien door VV. G. B r* i 11, (f 1,50). — C a e s a r (Ed. Teubner)
(fl). — Phaedrus (Ed. Teubner) (f0,20‘..— Nepos
(Ed. Cobet) (f0,60).
» » 3e > J. N. M a d v i g , Lat. Spraakleer. — J. J. Hartman, Beknopt
leerboek der Latijnsche Syntaxis (fl). — Reitz, Lat. the-
mala. — Caesar (Ed. Teubner). — Ovidius (Ed. Teubner)
(f 1,90). — Sa lias tins (Ed. Teubner) (I 1,2Q). — M.
Seyffert, Palaestra Musarum , 1er Theil 8e auflage (f 1).
Andere schrijvers en stukken , die gedurende deu cursus zullen
opgegeven worden.
» > 4e > J. N. Madvig, Lat. Spraakleer. — Reitz, Lat. lhemala. —
Livius <E<I. Teubner) (f0,65 elk deellje). — Ovidius
(Ed. Teubner). — Vergilius (Ed. Teubner) (f0,90.) —
• Sallustius (Ed. Teubner). — Aulus Gellius (Ed.
Tenbner) (f2,15). Andere schr\jvers en stukken, die gedurende
den cursus zullen opgegeven worden.
» » 5e • J. N. Madvig, Lat. Spraakleer. — Reitz, Lat. themata.—
Livius |Ed. Teubner). — Ovidius (Ed. Teubner). —
Vergilius (Ed. Teubner). — H o r a t i u s (Ed. Teubner)
(f0,65). — Terentius (Ed. Teubner) (f0,80). Andere
schrijvers en stukken, die gedurende den cursns zullen opge¬
geven worden.
• • 6e • J. N. Ma dv i g, Lat. Spraakleer. L i v i u s (Ed. Teubner).— Ho-
rat i us t Ed. Teubner). — Terentius (Ed. Teubner). —
Dr. J. W o 11 j e r, Serta Romana (f 1,90). C o r n. T a c i t i de
vita et moribus Julii Agricolae liber, ed. J. J. Cornelissen (f 0,25).
NB. leder leerling zal, ten minsie m het tweede jaar, mocten hcbben : Engel-
bregt, Latijnsch Woordenboek 3e druk (f9,75) en ten minste in het derde
jaar Ldbker, Reallexion des Class. Alleithums fur Gymn. 5e Aufl. 1877
Teubner (f7,80*; of Lûbker, Klnssisch Woordenboek door Dr. i. I). van
Hoevell 1858 (f9,50j.
TOOR HET GRIEKSCH.
Id de 2e Klasse: Pluygers, Leerboek der Grieksche taal (4e editie f3,60).—
Grieksche oefeningen voor eeistbeginnenden van Fr. Dübner,
laatste druk. (f 1,90). — v. d. Es, Opslellen ter vertaling
in het Grieksch , le stnk (f 1,25). — Dr. D. M. K a n, Grieksch
leesboek voor eerslbeginnenden, Groningen 1863 (F 1,70).
• » 3e • Pluygers, Lbk der Gr. taal. — Ekker, Opslellen ter ver¬
taling Jn bat Grieksch, le Afd. (f 1,50).— Xenophontis
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Hellenica en Anabasis (Ed. Cobet) (elk f 1,20). — Anacréon-
te a (Ed. Teubner) (f0,65). ,
lu de 4e klasse : Pluygers. — Ekker, Opst. ter vert, in het Gr. le Afd. — 1
H o mer us (Ed. Teubner, llias fl, Odyssea fl). — Xeno-
phon. — Lysias (Ed. Cobet) (f 1,20). Andere schrjjvers en
stukken, die gedurciuie deu cursus zullen opgegeven worden.
» • 5e • Ploygers. — Ekker, 2e Afd, (1,'0). H orner os. — He*
r o do lus (Ed. Teubner) (fl ,80). Uebersicht über den Hero- '
dotischen Dialect von K. Abicht (Teubner 1870) (f0,30).—
Aristophanes (Ed. Teubner) (f2). — Lucianos (Ed.
Teubner. 3 deelen à f 1,40). Andere schrgvers en stukken, die lt
gedurende dcn cursus zullen opgegeven worden.
» • 6e » P 1 u y g e r s. — Ekker, 2e Afd. — Homoru 8. — Euri¬
pide s (Ed. Teubner) (( 3,70). — Thucydides (Ed. van
Herwerden», laler optegeven welk deel. Andere schrÿvers en
stukken, die gedurende den cursus zolleo opgegeven worden.
NB. leder lecrling zal, ten miuste in het derde jaar, moeten hebben : Bost,
Grieksch-Hollandsch Woordenboek , bewerkt door v. d. E s. Groningen, 1876.
5e druk. (f 9,75).
YOOR HET HEBREEUWSCH.
(On verpl ich t.)
In de 5e Klasse: C. L. Vosen, Kurze Anleitung zura Erlernen der Hebrâïschen
Sprache fur Gymnasia und für das Privatstudiom. 12e uinge-
arbeitete Auflage, Freiburg im Breisgau 1874. (f0,80).
In de 6e Klasse: Eene Hebreeuwscbe bijbeluilgare.
Wordt aanbevolen : W. Gese ni us, Hebràisches und Chaldii-
sches Handwôrterbuch über das Alte Testament. Leipzig, (f 8,10). U
YOOR HET NEDERLANDSCH*
In de le Klasse: Dr. P. J. Cosijn, Üeknopte Nederl. Spraakknnst (f 0,90). —
Dr. P. J. Cosijn, Oefeningen bij de Nederl. spraakk. (f 0,90).—
A. W. Stellwagen, Slijloefeningen le deel (fO,GO). —^•Léo¬
pold, Van Eigen Bodem , 4e deeltje (f0,30). \\
• » 2e • Dr. P. J. Cosijn, Oefeningen. — Stellwagen, Stgloefeningen. s
le deel. — Léopold, Van Eigen Bodem, 4e en 5e deeltje j
(f0,35 en f0,40).
• «3e • M. en L. L e o p o 1 d, Een sleutel. Rij van oorspronkelÿke sluk-
ken, 2e dl. (f3). Andere scbrrjvers en stukken, die gedurende ^
den cursus zullen opgegeven worden.
• • 4e • M. eu L. Léopold, Een sleutel. Rij van oorspronkelpe stukken.
• • 5e • Léopold, Hoofdpersonen uit de Nederl, Letterk. (f 2,50).
• » 6e » Léopold, Hoofdpersonen enz. als boven.
N B. leder leerling zal moeten hebben: De Vriesen TeWinkel, Woordenlijst (1,70).
YOOR HET FRAHSCH.
In de le Klasse: Dubois, Grammaire française, 2 me année (f0,60). — Dubois,
Recueil de thèmes, 2 me année (f 0,60). — Fables deLaFontaine
(f 0,50). — H e r r i g, Premières lectures françaises, hollandscbe
uilgave (1 0,90).
• • 2e • Dubois, Grammaire française, 3®* année.— Dubois, Recueil
de thèmes, 3®* année. — Fables de La Fontaine. — 1 :
Herrig et Borguy, La France Litérnire. (f 2,75).
• . 3e » Dubois, Grammaire française, S®*année. — Dubois, Recueil
de thèmes. — Herrig et Burguy, La France Litéraire. —
S n s a n, Oefeningen (f 0,90). . H
• » 4e • Dubois, Grammaire française, 3*»® année. — Dubois,
Recueil de thèmes. — S u s a n, Oefeningen. — H e r r i g et , «
Rurguy, La France Litéraire. — .Marchai et Ve 1 der- .
mao, La France Contemporaine (f 1,90). — J. Sandean,
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Mademoiselle de la Seiglière. (f0,20). Andere schrijvers en stuk-
ken, die gedurende den cursus zullen opgegeven worden.
lu de 5e klasse: Molière, Le Bourgeois Gentilhomme. — Herrig et Burguy,
La France Litéraire.— Racine, Àthalie (f0,20).— Victor
Hugo,’Heruani (f0,20). — Sardou, Patrie. - Marchai
et V e I d e r m a n, La France Contemporaine. Andere schrÿvers
en stukkcn , die gedurende den cursus zullen opgegeven worden.
» • 6e • Comédies modernes.
TOOR HET HOOGDU1TSCH.
In de 2« Klasse : M ü 11 e r, Hoogduitsche Spraakkunst, le deel (fl). — J o h. A.
Léopold, Deutsches Lesebuch, 1er Theil. (f 1,50). — G e 1-
le r i*s Fabeln if0,H0).
» • 3e » S pru y t, Hochdeulsche Sprachlehre (H,25).— Sprnyt.Oefe-
ningen (f0,75). — Léopold, Deutsches Lesebuch, 2e Theil
(1,50).
• * 4e • Spruyt, Hochdeutsche Sprachlehre. — S p r u y t, Oefenin-
gen. — Léopold, Lesebuch 2er Theil. — Obermflller,
Leilfaden z. D. i. d. Literalurgeschichle (fl).— Schiller,
Wilhelm Tell (f 0,15). Andere schrÿvers en stukken, die gedu¬
rende den cursus zullen opgegeven worden.
• • 5e • Schiller, Braut von Messina (f0,15). — Goethe, Iphigenie
auf Tauri9. Andere schrijvers en stukken, die gedurende den
cursus zullen opgegeven worden.
• » 6e » Leasing, Hamburgische Dramaturgie. — Geibel, Sopho-
nisbe, und andere Stücke.
TOOR HET ENGELSCH.
lu de 3e Klasse : C o w a n en Maatjes: Engelsche Spraakkunst (fl,20). —
Go mm 1 s English Ileader 2e Ed. (1,25).
• » 4e . Léopold, Stofgoud (f0,30.) — Herrig, British Classical
Authors (f 2,95). — Go mm’s Engl. Reader.
• » 5e » Herrig, British Classical Authors.
• • 6e • Pickwick (f 0,70). — Childe Harold (f 1).
NB. Ieder Leerling zal een bruikbaar Handwoordenboek voor de Engelsche Taal
moeten hebben , zoo als : K r a m e r s , Pocket Dictionary (f 1,50). — Als grooter
Woordenboek wordt dat van Servaas de Bruin aanbevolen (f8.40).
TOOR DE GESCHIEDE3IS*
lu de le Klasse; J. W. G. van Oordt, Korte schets der Oude Geschiedenis.
(10,90). — J. W. G. van Oordt, Chronologisch overzicht.
(f 0,30). — W ij n n e , Beknopte Geschiedenis van bel Vader-
land, (f 1,75). — H. H e r m a n s en D r. J. W o 11 j e r, Atlas
der Algemeeue eu Vaderlandsche geschiedenis, te Groningen bg
Wolters (compleet f2,90).
' * 2e • J. W. G. van Oordt, Middeleeuwen (f!,60). — J. W. G.
van Oordt, Chronologisch overzicht. (f 0.30). — W ij n n e ,
Beknopte Geschiedenis van hel Vaderland. (f 1,75). — Hu¬
bert», Historisch Geographische Allas der Algemeene en
Nederl. Geschiedenis (laatste druk (f 4,50 of f5,90), of voor
ben, die deze Allas nog niet hebben, die van H. Hermans
en Dr. J. Woltjer.
• • 3e > J. w, G. van Oordt, Overzicht der N ieuwe Geschiedenis. (f 2).
• • 4e, 5e en 6e kl: J. W. G. v a n Oordt, de drie opgegeven leerboeken.
TOOR DE ÂARDRIJKSKUADE*
Inde le Klasse: F. Bruins, het Wereldrond. le gedeelte. 1878. (f 1,25).
• » 2e , . » 2e » » (f 1,90).
■ 1 3e » » » • 5e» » (f 2,75).
» ■ 4c Klasse: H. K ie p e r t, Leilfaden der Allen Géographie (f 1,10). — Kie-
pert, Atlas Autiquus (f3,90).
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io de 6e Klasse: de vorige leerboeken.
Bovendien worden voor de le, 2e, 3e en 4e klasse aanbevolen : P, R. B#s,
Schoolatlas der geheele aarde. 1877. (f2,9ü), en R. R. Rÿkens, Schoolatlas
?an Nederland. (f 2,90).
YOOR DE AlfTIQUITEITEN, MYTHOLOGIE ER
HISTORIA LITTERARIA.
In aile Klassen: Stoll, Handboek der Gr.en Rom. Godsdienstleer eu Mythologie
door M e h I e r, (f 2).
In de 5e Klasse. Handboek der Romeinsche Anliqniteiten door J. G. Schlimraer,
Tweede omgewerkte eo Terbelerde druk , Groningen, Wolters
1877, ( f 3,90). — t. d. Es, Grieksche Auliquiteiten, (Groningen
1873). (f2).
, . 6e • de Torige leerboeken.
YOOR DE WISKVNDE*
leetknnde.
In de le klasse: J. Versluys, Nieuw leerboek der vlakke meetknnde. 1881
(f 1,25». — Kapteyn, Oefeningen ter toepassing Tan de
beginselen der meetkunde (f 0,75).
• • 2e » I. C, Eger, Leerboek der vlakke Meetknnde (f 2,90). — Kap¬
teyn, Oefeningen enz.
• • 3e • dezelfde boeken.
» • 4e * P. Tan Geer, Leerboek der Meetknnde. 2e deel (f 1,85). —
Kapteyn, Oefeningen ter toepassing enz.
» » 5e » P. Tan Geer, Leerboek der Meetknnde. 2e deel. — Kap¬
teyn, Oefeningen enz. — P. Tan Geer, Lobalto*s leerboek
der rechlltjnige en bolvormige driehoeksmeting. (f 2,25).
• » 6e » de vorige leerboeken. Het boek overds oôrdinatenleer zal la ter
opgegeven worden.
NB. leder leerling moel in het bezit zÿn Tan eene passerdoos.
Stelkunde.
In de le klasse: Verzameling Tan Algebraïsche Traagstnkkeo Tan Dr. Ednard
H e i s, bewerkt door Dr. D. Van Lankeren Matthes
en 1. W. Te sc h 3e druk, Haarlem (f 1,80).
• r 2e en de 5e klasse: helzelfde boek als in de eerste klasse.
• • 4e klasse bovendien : Logarilhmenlafel van Witstein (f 1,30).
t • 5e > dezelfde boeken als in de Tierde.
• » 6e • de vorige leerboeken.
YOOR DE NATUUR- EN SCHEIKUNDE.
In de 5e Klasse: Beknopt leerboek der Nalnurkunde door Dr. H. vnn de Stadt.
Eerste stuk, 2e druk. Tjeenk Willink 1881 (M,26).
• > 6e • Het vorige leerboek. 2e stnk. (f 1,65).
YOOR DE KATUURLIJKE HISTORIE.
In de le Klasse: Dr. M. Sa! tarda, Plant- en DierkOnde. 5e druk, Groningen,
Wolters (f 3,75).
» » 2e » Het vorige leerboek. — W, F. R. Suringar, Zakflora,ofhand-
leiding tôt het bepalen van de in Nederlaud wildgroeiende
plantes (Leeuwarden Hugo Suringar) (f 3,75).
> • 5e Thomé, Lehrbuch der Botanik. Vieweg & S. Braunschweig.
(f 1,95). — Thomé, Lehrbuch der Zoologie. Vieweg & S.
Braunschweig. (f 1,95).
» • 6e » de vorige leerboeken.
NB. Het wordt iederen leerling aangeraden de boeken reeds dadelijk, als zÿ nng
nieuw zijn , in een stevigen schoolband te làten binden. Op den dnur b dit
veel voordeeliger, boewel de aanschafüng dan ook iets aster moge kosten.
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